SOUVENIR D'ENFANCE
Poésie danoise, par Baggesen.
Il fut un temps où j'étais très-petit. Je n'avais pas trois pieds de hauteur. Lorsque je songe à ce temps de bonheur, mes larmes coulent, et j'y songe souvent.
Je jouais dans les bras de ma mère; je galopais à cheval sur les genoux de mon aïeul, et je ne connaissais ni trouble, ni souci, ni tristesse, pas plus que l'argent, le grec ou Galathée.
Il me semblait alors que notre monde était beau coup moins grand, mais aussi beaucoup moins mé chant. Je regardais les étoiles briller au-dessus de ma tète, et j'aurais voulu avoir des oiles pour aller les prendre.
Je regardais la lune s'incliner au bord de l'eau,
L ARBRE DE NOCL. 103
et je me disais : Que ne suis-je là ! Je pourrais en mesurer la largeur et voir comme elle est ronde et belle.
Je regardais le soleil se coucher à l'occident, au sein des vagues dorées de la mer, et le matin se relever d'un autre côté pour éclairer le ciel.
Et je pensais à un Dieu tout-puissant qui m'a créé, moi et ce beau soleil, et toutes ces planètes qui brillent d'un pôle à l'autre.
Mes lèvres d'enfant répétaient avec piété la prière que m'avait apprise ma mère : « 0 mon Dieu ! fais que je tâche toujours d'être sage, d'être bon et de t'obéir. »
Je priais pour mes parents, pour mes frères et sœurs, pour toute la ville, pour le roî, que je ne connaissais pas, et pour les mendiants que je voyais passer devant moi.
Ils ont fui, ils ont fui, les jours heureux de mon
lOk l'arbre de X02L.
enfance. Mon repos s'est enfui avec eux. Maintenant, il ne me reste plus que le souvenir de ce temps de joie. 0 Dieu, fais que je ne le perde jamais l