‹ L'arbre de NoëlChapitre 21 sur 43 · EN SUISSE · texte numérisé non relu

EN SUISSE

n fut un temps où, sur cette montagne couverte maintenant de glaces éternelles, des essaims d'abeilles produisaient un miel aromatique, où des vaches superbes, paissant toute l'année dans de gras pâturages, remplissaient d'un . lait onctueux les seaux de la fermière, où le laboureur obtenait par un faible travail d'abondantes récoltes. Mais les habitants de cette terre féconde se laissèrent aveugler par l'éclat de leur fortune et égarer par l'orgueil, ce péché de Satan. Ils s'enivrèrent de la jouissance de leurs richesses ; ils oublièrent qu'à la possession des biens de ce monde est attaché un devoir, un rigoureux devoir d'hospitalité et de charité. Au lieu de faire un sage emploi de leurs trésors, ils ne

sen servirent que pour se plonger dans une indigne mollesse, ou dans des tourbillons de fêtes voluptueuses. Ils fermèrent leurs oreilles aux supplications des malheureux, chassèrent le pauvre du seuil de leurs demeures, et Dieu les punit.

Un de ces mauvais riches s'était fait construire, sur les pentes verdoyantes de la Blumisalpe, une maison splendide, pour y demeurer ayec d'indignes compagnons. Le lait le plus pur était versé chaque matin dans des baignoires, et les escaliers des terrasses de ses jardins étaient faits, dit la légende, non pas avec des blocs de pierre, mais avec de bons et beaux fromages. Le Sardanapale des montagnes avait hérité de tous les domaines de son père, et,

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tandis qu'il en faisait un tel usage, sa vieille mère, reléguée au fond de la vallée, vivait dans la

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La pauvre vieille ayantfroid, ayant faim, vient un jour invoquer sa pitié, et il la repousse rudement. Elle lui dit qu'elle est faible et ne peut plus travailler, qu'elle est seule dans sa cabane, indigente sans secours, infirme sans appui. Elle le prie de lui accorder seulement les miettes de son festin, et un refuge dans ses étables, à côté de ses animaux, et il lui ordonne de se retirer. Elle lui montre ses joues ridées par la douleur plus encore que par l'âge, ses bras amaigris, ses bras qui l'ont porté quand il était petit, et il la menace delà faire chascer par ses domestiques.

Alors, elle s'éloigne, la malheureuse. Elle redescend dans sa cabane. Si cruel que soit l'outrage qu'élis vient de subir, elle ne peut maudire le fils qu'elle a enfanté, qu'elle a nourri et bercé. Mais, tandis qu'elle chemine d'un pied débile, le front baissé, des sanglots, qu'elle ne peut contenir, s'échappent de son cœur oppressé, et des larmes amères coulent de ses yeux. Dieu compte les larmes de la mère outragée.

A peine était-elle arrivée dans le vallon, que l'ouragan vengeur éclate. Le fils ignominieux voit son liabilation frappée par la foudre, ses trésors, ses bestiaux consumés par les flammes. Lui-même ne peut échapper à ce feu du ciel. Il y périt avec ses honteux compagnons, et les champs, dont les produits ne servaient qu'à solder ses débauches, sont couverts d'une masse de neige qui ne fondra plus, et à la place où sa mère implorait vainement sa

compassion, l'ébranlement du sol a creusé un abîme, et là où sont tombées les larmes de cette mère désolée, on voit à présent tomber goutte à goutte les larmes froides des glaciers éternels.

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