‹ L'arbre de NoëlChapitre 22 sur 43 · CLAXGHE COM-ME NEIGE · texte numérisé non relu

CLAXGHE COM-ME NEIGE

Il y avait une fois une reine qui se désolait de n"avoir pas d'enfants. Un jour d'hiver, elle travaillait à une broderie attachée à un cadre d'ébène, et de temps à autre regardait les flocons de neige tombant sur le sol. Dans sa distraction, elle se piqua, et une goutte de sang jaillit de son doigt.

« Ahl dit-elle, que je voudrais avoir une tîlle dont les lèvres seraient rouges comme ce sang, la peau blanche comme cette neige, les cheveux noirs comme ce bois d'ébène. »

Quelque temps après, ses vœux étaient exauces. Elle devintmère d'une fille qui avait les lèvres rou- '^es, les cheveux noirs, et le corps si blanc qu'on l'appela Blanche comme neige. L'heureuse mère ne jouit pas longtemps de son bonheur. Lile mou-

rut, et le roi se remaria avec une ferame d'un rare beauté, et d'un orgueil non moins extraordinaire. Elle était si ambitieuse qu'elle se considérait comme la plus admirable personne du monde. Quelquefois elle s'enfermait dans sa chambre et se plaçant devant un miroir magique, elle lui disait :

0 mon miroir fidèle, Réponds-moi, réponds-moi, Quelle est la femme la plus belle?

Et le miroir répondait :

C'est toi, c'est loi.

Cependant Blanche comme neige grandissait, et de jour en jour devenait plus gracieuse et plus charmante. Elle n'avait encore que sept ans, et déjà personne ne pouvait la voir sans en être émerveillé. Un jour, la fière reine s'asseyant de nouveau devant son miroir lui dit :

0 mon miroir fidèle. Réponds-moi, réponds-moi.

Quelle est la femme la plus belle?

Le miroir répondit :

Ce n'est plus toi, ce n'est plus toi.

Blanche de neige est la plus belle.

A ces mots, l'orgueilleuse reine se sentit une

douleur au cœur comme s on l'avait frappée d'un :oup de poignard, et en même temps conçut une haine mortelle pour l'innocente Blanche. Dans l'ardeur de cette haine, elle ne pouvait plus ni jour ni nuit trouver aucun repos. Pour assouvir sa féroce passion, elle appela un de ses valets et lui dit : « 11 faut que Blanche périsse. Tu vas la conduire dans la forêt et tu la tueras, et pour me prouver que mes ordres sont ponctuellement exécutés, tu me rapporteras son foie et ses poumons. »

Le domestique emmena Blanche dans les profondeurs de la forêt et tira son couteau de chasse pour accomplir le crime qui lui était commandé. La douce enfant pleurait et le suppliait d'avoir pitié d'elle disant qu'elle n'avait fait aucun mal, et qu'elle désirait tant vivre !

Ses prières, ses regards émurent celui qui avait promis d'être son bourreau: « Non, dit-il, je ne puis verser le sang de cette innocente créature. Je l'abandonnerai dans ce bois. Si les bêtes sauvages la dévorent, ce sera le crime de la reine et non pas le mien. »

Ainsi fut fait. Le domestique tua un chevreau, 3n détacha le foie et les poumons et les porta à la reine qui se dit avec un féroce orgueil : « Enfin, ma rivale est morte, etnuUe autre femme au monde n'est si belle que moi. »

La pauvre Blanche de neige abandonnée dans la forêt n'était pas morte, mais bien inquiète et bien malheureuse. Pour la première fois de sa vie, elio

\\k l'arbre de NOËL.

posait ses petits pieds sur de rudes cailloux; elle «narchait à travers les épines qui déchiraient ses k'ètements, et elle voyait des bêtes sauvages. Mais ;:es animaux ne lui firent aucun mal. A son aspect, ils se retirèrent dans leurs repaires, et elle marcha tout le jour et traversa sept montagnes.

Le soir, elle arriva près d'une toute petite, toute petite maison. Elle était fatiguée ; elle avait faim et soif. Elle entra dans cette petite maison, où tout était très-propre et très-bien arrangé. Il y avait là une petite table, et sur cette petite table couverte d'une nappe blanche sans tache, sept petites assiettes, sept petites fourchettes, sept petits couteaux, sept petits verres, et le long du mur sept jolis petits lits. Blanche mangea quelque peu de ce qui était dans les assiettes, but une goutte de vin de chaque verre, puis se mit au lit dans un des sept petits lits, ht sa prière et s'endormit d'un bon sommeil.

Quelques moments après, les maîtres du logis entrèrent. C'étaient sept petits mineurs portant leur lampe à leur ceinture. Tout de suite, ils virent •|u"on avait pénétré dans leur demeure. L'un d'eux iit:

« Qui a pris un morceau de mon pain? »

Et les autres successivement :

« Qui a touché à ma fourchette ?

— Qui a mangé de mes légumes?

— Qui a bu de mon vin ? » Et enlin l'un deux dit :

« Regardez qui repose dans mon lit. « Tous alors se réunirent devant le petit lit où Blan- :he dormait. A la lueur de leurs lampes, ils regardaient dans une muette surprise la douce enfant, puis ils s'éloignèrent sans faire le moindre bruit pour ne pas troubler son sommeil.

Le lendemain matin, en s'éveillant, Blanche de

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neige fut un peu effrayée, lorsqu'elle vit prCs d'elle CCS sept nains des montagnes. Mais ils lui dirent

doucement qu'elle n'avait rien à craindre, et lui demandèrent d'où elle venait et comment elle s'appelait. Elle leur raconta sa triste histoire, et les nains lui dirent :

« Veux-tu rester avec nous et prendre soin de notre ménage?

— Très-volontiers, » dit Blanche, complètement rassurée par leurs bons regards et leurs amicales paroles.

Elle se mit aussitôt à la besogne, et la continua régulièrement chaque jour. Elle nettoyait les meubles, préparait les repas. Les nains allaient travailler dans les mines d'or et de diamants des montagnes, et à leur retour trouvaient tout en ordre.

Pendant ce temps, la méchante reine se réjouissait de songer qu'elle n'avait plus à craindre aucune rivale. Un jour, elle se remit devant son miroir, et lui dit :

0 mon miroir fidèle, Ne suis-je pas à présent la plus belle? Réponds-moi, réponds-moi.

Et le miroir répondit :

Oui, dans tes grands palais, tes châteaux, tes campagnes; Mais Blanche est sur les sept montagnes, Et Blanche est plus belle que toi.

A cette réponse, l'orgueilleuse femme se sentit de nouveau le cœur déchiré, et de nouveau, elle

résolut de faire périr l'innocente nianclie. Mais j'.omment? Nuit et jour elle cherchait un moyen (raccomplir son sinistre projet. Un matin elle partit, ayant posé, pour qu'on ne la reconnût pas, de faux cheveux sur son front et un emplâtre , sur son visage. Elle partit vêtue d'une robe grossière et portant à la main, comme une marchande ambulante, un panier où elle avait mis divers objets de fantaisie. Elle s'en alla sur les sept montagnes et frappa à la porte de la maisonnette en criant : Achetez, achetez de jolis bijoux.

Les nains avaient bien recommandé à Blanche de se défier de toute figure étrangère. Ils craignaient les émissaires de la reine, et la jeune fille leur avait promis d'être très-prudente. Mais lorsqu'elle vit les belles choses que la marchande avait dans son panier, elle oublia ses promesses. « Voyez cette chaîne d'or et ce bracelet, » disait la perfide marchande. « Voyez ce charmant collier. Voulezvous l'essayer. Je vais moi-même vous l'agrafer sur le col. » Blanche la laissa faire, et l'horrible mégère l'étrangla : « Voilà, dit-elle, en la regardant tomber par terre, voilà pour te punir de ta beauté. » Puis elle s'éloigna.

Quand les nains revinrent, ils trouvèrent la pauvre Blanche étendue par terre, complètement inanimée. Ils se hâtèrent de briser son fatal collier puis ils lui versèrent sur les lèvres quelques gouttes d'une liqueur d'or. Blanche commença à-respirer, puis peu à [jcu revint à la vie et raconta à ses

généreux hôtes ce qui lui était arrivé. « Sois sûre, lui dirent- ils, que cette vieille marchande n'était autre que ton ennemie, la reine. Prends garde et ne laisse entrer ici personne en notre absence. »

En rentrant dans son palais, toute réjouie de ?on affreuse expédition, la reine se mit devant son miroir et dit :

0 mon miroir fidèle, Ne suis-je pas à présent la plus belle? Réponds-moi, réponds-moi.

Et le miroir répondit :

Oui, dans tes grands palais, tes châteaux, les campagnes; Mais Blanche est sur les sept montagnes, Et Blanche est plus belle que toi.

Voilà l'implacable reine furieuse encore et résolue à faire une autre tentative pour anéantir la douce Blanche. Nuit et jour elle y songeait. De nouveau elle se déguisa, et de nouveau se mit en route vêtue comme une marchande étrangère, et portant dans un panier divers objets de luxe. Elle arrive sur les sept montagnes. Elle frappe à la porte de la maisonnette :

« Achetez, achetez, dit-elle, des bijoux charmants. »

Dlanche la regarde par la fenêtre et lui répond

« Retirez-vous; je ne dois laisser entrer ici pcrbOPine.

— Tant pis pour vous, réplique la scélérate; voyez ce peigne en or. Y en a t-il nulle part un pareil. »

Blanche ne put résister au désir de posséder cette parure. Elle ouvrit la porte.

« Laissez-moi, ma belle enfant, lui dit la marchande, vous coiffer comme vous devez l'être. »

En prononçant ces mots, elle •enfonça dans la chevelure de Blanche le peigne qui était empoisonné, et Blanche aussitôt tomba morte.

Le soir, en rentrant au logis, les nains la trouvèrent pâle et froide sur le sol. Ils se hâtèrent de lui enlever le peigne empoisonné, puis la ravivèrent avec leur élixir et l'engagèrent à être plus prudente.

La cruelle reine, pendant ce temps, s'en retournait toute joyeuse dans son palais. Dès qu'elle y fut arrivée, elle se mit devant sa glace et dit:

0 mon miroir fidèle, Ne suis-je pas à présent la plus belle? Réponds-moi, réponds moi.

Et le miroir répondit :

Jui, dans tes grands palais, tes châteaux, tes campagnes; Mais Blanche est sur les sept montagnes, El Blanche est plus belle que, toi.

«Ah! s'écria la reine dans un accès de rage. Il

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faut qu'elle meure, dussé-je pour lui enlever la vie sacritier la mienne. »

Elle prit des vêtements de paysanne, et se mit en route avec un panier plein de pommes. Parmi ces pommes, il y en avait une adroitement empoisonnée d'un seul côté. Elle alla frapper à la maison - 11 ette en criant :

« Achetez, achetez des fruits excellents.

— Retirez-vous, dit Blanche en la regardant par la fenêtre; je ne puis laisser entrer ici personne, et ne puis rien acheter.

— Très-bien, répliqua la fausse paysanne; je ne suis pas embarrassée pour vendre ces délicieuses pommes. Mais, comme vous avez un visage si doux, tenez, je vous en donne une pour rien.

— Non, merci. Je ne puis l'accepter.

— Pensez- vous qu'elle soit empoisonnée. Voyez, je vais en manger un morceau. Ah! que c'est bon. Jamais vous n'avez rien mangé de pareil. »

En parlant ainsi, la traîtresse mordait le côté do la pomme non empoisonné. Blanche se laissa tenter, prit le fruit appétissant, le porta à ses lèvres et aussitôt tomba morte.

«Voilà pour te punir de ton extravagante beauté, » dit la reine en retournant dans sa demeure. Dès qu'elle y fut entrée, elle se plaça devant sa glace et dit :

0 mon miroir fidèle, Réponds-moi, réponds-moi. Quelle est la femme la plus belle?

Et le miroir répondit :

C'est toi, c'est toi.

« Entin, s'écria-t-elle, c'en est donc fait de moL odieuse rivale. »

Mais les nains étaient désolés. En vain ils avaient essayé de raviver Blanche avec leur liqueur d'or, et avec d'autres élixirs encore plus puissants. Blanche restait froide et inanimée. Ils la pleurèrent pendant trois jours, et les oiseaux de la forêt la pleurèrent aussi. Pourtant les bons petits nains ne pouvaient croire qu'elle fût réellement morte, et à la voir avec son visage si calme, ses joues si fraîches, on devait penser plutôt qu'elle dormait. Ils ne voulurent point l'enterrer. Ils la mirent dans un cercueil en verre sUr lequel ils écrivirent : Ici, repose une fille de roi ; ils placèrent ce cercueil sur une des sept montagnes, et l'un d'eux devait le garder constamment. Blanche resta pendant plusieurs années sans qu'on remarquât sur sa ligure la moindre altération. Ses longs cheveux étaient toujours aussi noirs, ses paupières aussi blanches, ses kvres aussi roses.

Un jour, un beau jeune homme, le lils d'un roi, s'étant égaré à la chasse à travers les sept monta gnes, vit le cercueil, et pria les nains de le lui céder, à quelque prix que ce fût.

« Nous avons, lui dirent-ils, une quantité de métaux précieux. Pour tout l'or du monde nous ne voudrions vendre ce cercueil qui est notre trésor.

— Eh bien, dit le jeune prince, donnez -le-moi. Je ne puis désormais vivre sans voir cette pure et douce figure. Je la ferai placer dans la plus belle chambre de mon palais, et je la vénérerai. Accordez-moi la grâce que je vous demande. »

Les nains, émus de ses accents de cœur, se rendirent à sa prière. Quatre hommes aussitôt prirent le cercueil pour le porter dans le palais du roi. L'un d'eux, en trébuchant sur une racine, imprima au cercueil une secousse qui fit tomber le morceau de pomme empoisonné que Blanche n'avait point avalé, mais qui lui était resté dans la bouche. Aussitôt elle ouvrit les yeux. Elle était ressuscitée. Le jeune prince l'emmena dans son château et l'épousa. Ses noces se célébrèrent en grande pompe. Le prince y invita des souverains et des souveraines de diff'érents pays, entre autres la méchante reine. Quand elle eut fait une toilette superbe, pour captiver tous les regards à cette royale cérémonie, elle se mit devant sa glace et dit :

0 mon miroir fidèle, Réponds-moi, réponds-moi, Quelle est la femme la plus belle ?

Le miroir répondit :

Blanche est plus belle que toi.

A ces mots, la reine cruelle frémit, pâlit, trembla. Ses crimes devaient ctrF connus. En se rappc-

lant les ordres qu'elle avait donnés à son domestiqui pour égorger Blanche, et ses tentatives sur les sept montagnes, elle se sentit saisie d'un tel Cufoi qu'elle en mourut.

îiîûis Blanche vécut longtemps aimée, honorée, et dans son heureux palais de reine n'oublia pas les nains qui avaient été ses bienfaiteurs.

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