‹ L'arbre de NoëlChapitre 24 sur 43 · CHRISTOPHE LE MAUX · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE LE MAUX

Conte inandais.

Cliristophe est le fils d'une veuve qui occupe une petite ferme, bon garçon, mais un peu simple. Les gens de son village l'appellent par dérision : Christophe le malin. Un jour sa mère l'envoie à la foire acheter une faux. En s'en revenant il se met à faire tournoyer cette faux si maladroitement qu'elle lui échappe des mains, tombe sur un agneau et le tue.

ft Sot garçon que tu es, lui dit sa mère, pour éviter tout accident, il fallait mettre cette faux dans ane des voitures de paille ou de foin que nos voisins ramènent au village.

— Pardonnez-moi, répond humblement Christophe, une autre fois, je serai mieux avisé. »

La semaine suivante, elle l'envoie acheter des aiguilles en lui recommandant bien de ne pas les perdre,

« Soyez tranquille,» s'écrie-t-il avec confiance II va et revient tout triomphant.

« Eh bien I Christophe, où sont mes aiguilles?

— Ah 1 elles sont en sûreté. En sortant de la boutique où je les avais achetées, j'aperçois la voiture de notre voisin Doyle chargée de foin. J'ai mis là les aiguilles, elles sont en sûreté.

— Oui, en sûreté , dit la mère, si bien en sûreté qu'il n'y a plus moyen de les retrouver ; tu aurais dû les piquer dans ton chapeau.

— Pardonnez-moi, répond Christophe, une autre fois, je serai mieux avisé. »

La semaine suivante, par une chaude journée Christophe va chercher à une lieue de distance une petite provision de beurre. Se souvenant du dernier conseil de sa mère, il pose ce beurre dans son chapeau, et le chapeau sur sa tête. On peut se figurer dans quel état il rentre au logis, le beurre fondu par les chaleurs et coulant sur ses joues.

Sa mère découragée n'osait plus lui confier la Rîoindre commission. Cependant un jour elle se détermine à l'envoyer encore au marché pour y vendre une paire de poulets :

« Écoute, lui dit-elle, n'accepte pas le premier prix qu'on t'offrira. Attends le second.

— Très-bien, » répond Christophe.

Le voilà sur le marché. Un chaland s'approche.

« Vou]oz-voi:s trois francs de vos poulels?

— Merci, ma mère m'a dit de ne pas accepter le premier prix qu'on m'offrirait, mais d'attendre le second.

— Elle a grandement raison, votre mère. Eh! bien, voici mon second prix : Deux francs.

— Soit. Il me semble que j'aurais mieux fait d'accepter votre première proposition. Mais pui.<^que je suis le conseil de ma mère, elle ne peut me blâmer. »

Après cette nouvelle équipée, Clirisîophe fut condamné à rester au logis. Sa mère savait qu'on se moquait d'elle et de lui. Un matin pourtant, elle veut encore faire un essai, et elle lui dit;

« Va vendre cette brebis au marché. Mais ne te laisse pas encore tromper, ne la livre qu'au plus haut prix.

— Bien, répond Christophe, cette fois je connais mon afifaire.

— Combien ce mouton ? lui demande un boucher.

— Ma mère m'a dit de ne le céder que pour le plus haut prix.

— Vingt francs?

— Est-ce le plus haut prix?

— A peu près.

— A moi la laine et la bcte, dit un garçon en grimpant sur une cclielle.

— Combien?

— Cinq francs.

— C'est bien loin de vingt, répliijuc timidement Christophe.

— Oui, mais voyez jusqu'où monte cette échelle. Dans tout le marché, il n'y a pas un prix plus haut que le mien.

— Vous avez raison. La brebis est à vous. » Dès ce jour le bon Christophe ne fut plus en

voyc nulle part, ni pour vendre ni pour acheter.

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