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POUR LES SERVANTES

VOICI LJl SERVANTE DU SEIGNEUR

Vierge, pardon ! si ta T\obe pleine de grâces

"Frôle en ces vers impurs celle des pauvres garces,

Qui dirent comme toi, mais elles pour leur perte:

v Ancitla Domini, j'obéirai au Maître ! »

Et qui tendres aussi, belles, et de ton âge,

Ont rencontré sur leur chemin l'homme et pas l'Ange.

Ecce Ancilla Domini

Quand sur le fond des cèdres noirs le couchant d'or Encensait tes retours des puits de Galilée ; Que tes yeux, seuls vivants dans ta face voilée, S'attendrissaient vers la bourgade amoncelée En cubes de chaux pâle aux pentes du Thabor;

M«lle robe d'Asie aux graviers du chemin, Où l'ombre t'abattait, inverse, bleue, et lente ; L'urne à l'épaule, et toi-même Urne étincelante, Quand le soir attestait de roses violentes L'anneau de cuivre du menuisier sur ta main ;

Quand le be! étranger qui musiquait sa voix Disait : « Je vous salue, ô fille de Judée, » Par l'extase au miracle aussitôt accordée, Que fis-tu de Joseph, du Dieu persuadée? Ah! s'il t'avait menti l'amour du roi des rois?

Si, songeant que Thamar au lit trop fréquenté Fut ton aïeule; si, confrontant le mystère De sa couche innocente et de ton sein prospère, Joseph t'avait quittée, en refusant un père Au déplorable espoir de ta fécondité?

11 t'aimait, il se tut, le cœur dans tes tenailles ; L'ouvrier a nourri le fils de l'Olympien. Et vers toi maintenant, Image au ciel chrétien, Se tournent les yeux creux des mères sans soutien, Les bontés pour le maître accouchant sur la paille.

O Servante, promue au grand lit du Seigneur, Sœur divine de la petite pécheresse, Trop crédule, qui voulait bien être déesse ! Regarde la, saignant d'une amour larronnesse, Pleurer sur le Jésus qui terre sa douleur.

Je vous salue, Marie.

7{0SE HAJ{EL, SERVANTE A USJEUX

Ba

LLADE.

Longue oreille de cuir, Peau d'âne Patauge aux bourbiers des dindons.

Mais quand la nuit, dans sa cabane, Ne l'insultent plus les fredons Des porchers, mille corindons Flambent ! Une fée opportune Vêt sa chair, piquée aux chardons, D'une robe couleur de lune.

Ses pauvres doigts, truffés de tannes, Pour tout luth raclant ses bidons, Rose aussi tout le jour ahane.

Puis sur l'humble tablier, dont L'extase brise le cordon, A la rêveuse sans pécune Une Muse aussi fait le don D'une robe couleur de lune.

Mais nasillard comme une cane, Son vers boîte et traîne bedon.

« Gloire à la lyre paysanne ! »

Rose, aux brocards préfère donc Notre silence — ce pardon, — Aux stèles la fosse commune, Dont la nuit drape l'abandon D'une robe couleur de lune.

Pour tes vers — ta pire infortune Dans ta main qui sent le gardon Notre pitié comme une thune !

Et Dieu te fasse au ciel guerdon D'une robe couleur de lune.

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