‹ L'Arc d'UlysseChapitre 14 sur 34 · LES SERVANTES DE PÉNÉLOPE · texte numérisé non relu

LES SERVANTES DE PÉNÉLOPE

Fuis la jeunesse des servantes, qui dénoue Le luxe insolent d'un beau crin,

11 te sied de servir les seules Muses. Crains Une intendante aux belles joues.

Lorsque tu dors, furtive, elle quitte ta couche, Et court se vendre à ton voisin,

Qui parmi les baisers grapille sur sa bouche Tes secrets comme des raisins.

Tel, sur son lit de peaux de brebis et de vaches,

Ulysse, aux corridors obscurs.

Méditant l'Arc sonore et la Joute des Haches,

Surprit les commerces impurs

Des servantes qui ri»«*, em s'échappant des chambres,

Et vont choyer las Prétendants De viandes, de vins, de leurs corps frottés d'ambre,

Et de mensonge à belles dents.

La nuit, les jeunes bras, tannés par les lessives,

Se targuent de moire et de fleur ; Car où rôde Vénus, une fièvre offensive

Emplit les misérables coeurs.

Mais le fort de leurs mois ferait tourner les sauces Dont l'âge gourmand fait grand cas;

Et tu dois préférer à leurs caresses fausses L'amitié d'un vin délicat.

Tu fuiras Melantho, tu prendras Euryclée,

Au pas lent, à l'agile main, Pour que de torches d'or et de sagesse ailée

Minerve éclaire tes chemins..

MEILLEUR AVIS A Mario Mazzolani

Dans ta jeune servante admire le contraste

Des beaux flancs faits pour la luxure et des yeux chastes,

Et ce balancement sensuel des vaisseaux

Que leur château-d'-arrière assied bien sur les eaux.

Je veux que la pudeur redresse un col farouche, Mais qu'un doux poids de chair s'incline vers ma bouche.

Si près d'un jeune corps comment peux-tu dormir, Ces chaudes nuits de juin, sans le faire gémir?

Sans t'en aller surprendre au lit tiède de baumes Sa bouchette qui baise en rêvant un fantôme,

Et peut-être te nomme en un parc enchanté ? L'ombre ardente palpite à ses seins de clarté.

De ses genoux, qu'un mol abattement sépare, Le nocturne rayon sculpte un marbre de Pare.

Qui pourrait respirer sa fleur chaude, et la voir, Sans trembler, faune, au bord du jardin rose et noir?

Car Je jour elle est serve, et nue elle est déesse...

— Que dis-tu? Qu'elle est pure, et tu crains sa sagesse?

Tu n'a pas deviné au miel de ses regards Que sera sans refus au jeune maître Agar.

L'aimes-tu mieux des jeux d'un butor avilie, Que tu ne cueilles point cet ceijlet d'Italie ?

Elle apporte l'aiguière... Allons, rends d'une main Doucement promenée hommage au sang romain.

L'émoi brûle sa joue, et loin qu'elle te boude Vois l'extase incliner sa tête sur son coude.

Possède sur ses yeux le mystère des pleurs... Non, elle rit, l'oiselle ayant pris l'oiseleur.

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