‹ L'Arc d'UlysseChapitre 19 sur 34 · DU VIEUX PEINTRE AVEC SON MODELE · texte numérisé non relu

DU VIEUX PEINTRE AVEC SON MODELE

« L'aurore s'étonnait que ruisselle un crin fauve

« Près de mon poil chenu sur le même oreiller

« Or, Vénus qui me tint cette nuit éveillé,

« En mon douzième lustre a fleuri mon front chauve.

« Ma vigueur a goûté, des défaillances sauve, « Aprement cet amour, peut-être le dernier ! « J'ai bu le sang des dieux sur un corps printanier, « Qui sent la rose et fait un verger de l'alcôve.

« Penché sur l'or moussu qui voile un antre frais, « J'ai respiré l'automne et les rouges forêts, « Où de l'aubier vivant s'étire la faunesse...

g Ce n'est pas l'heure encor qu'à mes tempes de dieu « Le déclin, menaçant ma trop longue jeunesse, « Effeuille l'œillet pâle et cette rose feu. »

POUK CHARLES BOULEM

]1 a vendu ses veaux, ses colzas ; de gros baire Ravitaillé la ferme et l'auberge à pignon.^ Que fait-il en Auffay de tant d'argent mignon? 11 dit : « Espérez-mé sus ma jument aubère » ;

Mais reste où sa Thaïs de village l'obère. C'est sa bonne. Captif de ce rare chignon, Il renifle, en rouant des yeux de maquignon, Ce fessier hottentot et cette nuque ibère.

C'est la litière chaude à son Pégase. 0 T(us !

Ils lisent « Le Petit Fermier », Lucy Mardrus;

Boulen lui dit ses vers fleurant la crème et l'herbe.

En attendant qu'un jour, il ait, sans vanité, Epousant sa servante imité Colletet, En lui disant ses vers, il imite Malherbe.

Parts ipiJ.

JiOJVDEL

Je muse souvent à l'entrée De l'appartement féminin.

Quand Madame fait sa nonnain, Une chambrière m'agrée.

Je joue en sa robe échancrée ; Mais j'ai si grand peur du venin 1 Je muse souvent à l'entrée De l'appartement féminin.

Je ne me rue à la curée

Des cœurs fiers et des beaux hennins.

Petit chasseur, petit connin.

Des palais que le rêve crée

Je muse souvent à l'entrée.

4 juillet i$i5.

TOUT{ LJl GROSSE MARGOT

Ayant tollu d'un muguet

La bourse avecques prestesse,

Villon et les gens du guet

Sont lors en délicatesse.

Ains, quand maigrit son magot,

Aux famines chez Margot

L'Escholier veult se soustraire.

Beaux vers ne sont beaux ducatz ;

Villon vient conter son cas

Marloupeulx et littérayre.

La ribaulde est au taudis, Jouxte un lict fané, de serge, Où, sur ses reins rebondis Jeune après yieulx se goberge.

Un clerc vient de luy bailler Un r»n«lal pw&r tout loyer.

Le diable arde l'honoraire!

Margot lave à grand fracas, À pleine escuelle, son cas Marlowpeulx et littérayre.

— « Poète, maulvais chaland ! »

Villon riposte : — « Eh ! donzelle, « Gare, avec moy pour guallant, « Aux oublieux d'escarcelle ! »

Adonc pour son chevalier La garce eslut l'escholier.

Chez la Vénus usuraire Muse vescut sans tracas.

Ains point n'est rare ce cas Marloupeulx et littérayre.

Viennent clercs, laïcs, souldards.

Villon, la mine narquoise, Jauche au gousset les pendards, Es hanaps verse cervoise, Et dict : — « Beaux fils, deux escus î « Vénus aime moult Bacchus.

« A l'amonr soëf est contraire. »

Or, mainct béjaune escrocquas, Villon, luy citant ce cas Marloupeulx et littérayre.

Puis : — « Seigneurs, nous reviendrez,. Si liesse eurent vos braguettes î »

D'aultres temps mau clercs madrés Bourse vuyde font goguettes.

Adextre à férir un coup, Maistre Escholier en descoud.

— « Livre lu, frustrer libraire !

« Tost réglez, indélicats, « Paravant d'yssir, ce cas « Marloupeulx et littérayre.

Quand sur le tribut prescrit Aucuns soirs triche la gouge, Villon lui signe un escript Sur son nez camus, en rouge.

« Tu me veux réduire à jeun, « Comme en la geôle de Meung, « D'où me fit le Roy extraire. »

Margot lave es vins muscats Et bande en geignant son cas Marloupeulx et littérayre.

Ta gloire, inclyte filou, Porte dans l'histoire prude La casquette du marlou :

La chose au bourgeois est rude. Sur ton front injurié Je ne vois que le laurier.

La gent critique peut braire; Peu te chaille des choucas Qui croassent sur ton cas Marloupeulx et littérayre.

ECH1T PEHDAm LA GUEJiHE

J!J{7{AS AU CLJtT1{ BEFF7(0J

Arras au clair beffroi renaîtra dans les nues

De sa propre fumée.

Le soir magicien souffle de ses cornues

Des villes enflammées.

Voguera le clocher et vogueront les dômes

Par les humides plaines, Comme Thèbes, Ninive, et les villes fantômes

Depuis l'histoire humaine ;

Comme Jérusalem, dont les chiens ont flairé

Les cadavres épars ; Troie, où s'accoude Hélène, aux cheveux étirés

Par le vent du rempart.

Cinéma du passé, le ciel crépusculaire,

O Reims, pourpre du sacre, Rebâtira tes murs libérés de la terre,

D'or, de gemme et de nacre.

Quand les canons lointains de l'orage, les glaives

De l'éclair, et le vent Ruineront le spectre obstiné, notre rêve

Le refera vivant.

Voici le doux hameau qui revient de la guerre

Dans la Flandre assoupie, Et la lune rassemble à sa lanterne claire

Les moutons de charpie.

Les vieux moulins, jadis prisonniers des collines,

Avec leurs bras perclus, Ont le grave retour des barques pèlerines

Qu'ils ne jalousent plus.

La veuve en noir regarde en la mélancolie

Illusoire des brumes Rentrer le beau soldat en capote pâlie

Dans sa maison posthume.

Pour qu'au front du mourant ne soit pas refusé

Le signe d'oraison, L'Eglise de campagne où il fut baptisé

Accourt à l'horizon.

25 avril 191 S.

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