‹ L'Arc d'UlysseChapitre 28 sur 34 · LE VET{$ EST W740J{TEL · texte numérisé non relu

LE VET{$ EST W740J{TEL

Le poème forgé de ta chair sur l'er.clume, Te vient de quel passé de Roi ou de Sylvain? Un aïeul te possède et doucement te vainc. Le vers que tu croyais engendrer, tu i 'exhumes.

Et il te survivra. — Sous le bouleau des brumes, Ou le pin grec, né de ta bouche en l'air divin, Il ne meurt plus ; mille arcs s'irriteront en vain Vers son cri sur la neige et son sang sur sa plume.

Du palimpseste obscur l'Ode se lève et luit; Le vieil Aède, mort de silence et de nuit, Chante réincarné dans un fils de lumière.

Tous les vers détrônés attendent leur rayon, Même ce legs narquois, braqué sur des sorcières, Qui gèle en une crypte et lamente Villon (i).

i3 février iyi S.

(i) Le Roman perdu du Pet-tu-Diable, grossoyc par Tabarie, et que V.Uon composa contre M"* de Bruyère et ses suivantes.

JE TTAl JAMAIS JIJMÉ MES VE}{S QUE NOUVEAU-NÉS

Je n'ai jamais aimé mes vers que nouveau-nés, Et tièdes de mon souffle avant qu'il s'évapore. Mais à mes propres yeux le temps les décolore, Et voilà sur la nue un palais ruiné.

Une image y brillait qu'aujourd'hui je repousse A peine si le vers s'imprègne d'elle encor; Ainsi qu'au lit foulé de l'Absente, un fil d'or Atteste le sommeil blondin et î'aîne rousse.

Court mirage ! La vie, ancellè aux tâches promptes, Contre la molle empreinte et le cheveu fervent Vient ouvrir la fenêtre, et appelle le vent, Et refait le lit clos sur fa joie ou sa honte.

Court prestige des mots refroidis, de la couche Où le genou n'est plus de feu pour le genou, De ce qui fut la lave et n'est plus qu'un caillou, De la strophe que ne roucoule plus la bouche.

Mon rêve devant moi vit, obstacle à ma main, Non déesse de marbre aux yeux blancs, non Sylvaine Dont le crin dans l'agate ondoie avec la veine, Non sein mûr qui boutonne et le doit au carmin.

Devant mes yeux intérieurs épanouie, La forme pure luit sous ta lampe, ô Psyché, Et la gorge concrète, et le Yentre touché Font ma main palpitante et ma nuit éblouie

Mais s'il me faut tisser mon rêve dans la laine, Que ferai-je de toi, chère Image? — Artemk;, Furtive entre les pins, et ruée? ou, parmi Les roseaux, à l'émoi d'Endymion soudaine?

T'armerai-je de l'arc, la tunique de bysse Agrafée à l'épaule, écourtée au genou ? Dois-je, pour te garder de i'épir.e et du houx, Croiser la bandelette à ta cheville lisse?

Mais non. Point de carquois; que jaillisse la torche! Ceins d'un bandeau ce front qu'un croissant fait turquin ; Sois Pbœbé-Lucifère, ôte ce brodequin; Nulle ronce au parvis du temple qui t'écorche.

Tu n'es plus Artemis... — Effacée et lointaine, Pourtant tu l'esencor sous d'autres attributs. Ce pied est prêt au bond, l'œil mesure le but Au javelot qui va boire le cou des daines. ■

Mais qui le sait que moi ? Et moi-même demain

— Pour que se fane un songe il suffit d'une aurore, —

Je l'aurai oublié; de l'œuvre s'évapore

Ce qu'ébaucha le rêve et n'a fixé la main.

LE PJ{EMJEJ{ JtJ(T1STE

L'Image.

L'Urus dort. LElepbas antiquus est vautré

Dans la vase, et barrit faiblement dans son somme.

Aucune faim ne gronde autour de Solutré,

C'est l'aube. Un couple sort de la grotte des Hommes.

Au ras du ciel un cerf paît l'herbeux horizon. 11 brame tendrement vers l'ennemi qu'il hume. Mais des taureaux grillés brûle un dernier tison ; Le chasseur n'a pas faim de viande, et son flanc fume.

Son crâne épaissement feutré s'est dans la nuit Fêlé d'un stupre énorme et griffu comme une ourse. De l'ombre se déchire ; à sa tempe bruit Le tendre clapotis d'une lèvre de source.

Le Cri n'est que d'hier ciselé par le Mot.

Déjà le Rêve humain, qu'effeuille la rafale

Des brutaux appétits, projette un fin rameau

Sur l'œuf crânien du grand blond Dolichocéphale.

Sa compagne ponctue une animalité Touchante d'un crin fauve où sa jambe se dore, Elle noie et disperse au vent cisir l'âpreté De la nuit et de ses yeux verts de Carnivore.

Par la savane )Is vont vers le couvert, frôlés D'ailes et de rayons. Un grand arbre à l'orée, Un nerveux tronc érige aux gazons crespelés Les tumescences de la forêt vers la prée.

Lorsque sous sa paix verte ils entrent enlacés, Un nain, d'une coudée, y brandit sa sagaie, Là, sur l'écorce... Us vont droit au geste dressé : Mais l'ennemi n'est plus sur l'arbre qu'une raie.

Un fin burin de corne ou d'os a de l'aubier

Fait éclore la silhouette indélébile

Du nain qui vise un faon... Us crient vers ce gibier :

La bête les déçoit d'une fuite immobile.

— Faut-il croire ce que n'ont pas dit les Vieillards ? Et leur émoi religieux sans culte encore Tend les bras vers le ciel aux fentes des brouillards Où cuit la venaison saignante de l'aurore.

La femme a bien penché sa soif au vivier clair, Et sait qu'une autre y boit, face inverse et furtive, Et qu'une insaisissable soeur double dans l'air Sa voix, avec sa joue éparse dans l'eau vive.

Quand il libère au bois subtil l'âme du feu, L'homme a vu passer dans la flamme aiguë et torse Les chiens de soufre et les vautours au rostre bleu, Formes captives qui mordent, crient, et s'efforcer,!:,

Formes souffrantes de son tragique destin. Mais le vu ni le feu n'ont conté le mystère De fa Face qui ne coule ni ne s'éteint : Longtemps le couple songe au fixe sagittaire.

En eux l'Image a suscité de la beauté.

Devant l'idéaliste humanité qui rêve

A tressailli la carnassière humanité.

Et le burin qui crée émeut l'épieu qui crève.

Oh î dans la nouveauté de la terre, celui Qui fe premier rôda sans arc sur les collines, Litote et non l'assassin des sous-bois bleus, où luit Be fa plume ocellée et des fuites félines.

Doux chasseur, dont la proie est le mystérieux Et. le fugace de la Plante et de !a Bête, Dont un goût patient longtemps plisse les yeux Pour limiter le Beau de frontières secrètes !

Demain va voir éc'03 l'univers cérébral, Où l'Art avec ses choix très ténèbres purifie La nature, étendant ton domaine ancesti-a! Horsr au terrain de chasse et de ta propre vie.

L'Art peuple ton silence et ton recueillement, Des matins que tu n'as pas vécus il réveille Les roses dans les vents pâmés, et le tourment Et c'est le Dieu caché derrière la Merveille.

Page 1