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LA MUSE DE VILLON

Les maturités martelées

De ses seins blets nous touchent plus

Que les neiges immaculées

Des nénés qu'on n'a point élus.

Fi du lys qu'aux fronts la chlorose Aristocratique a semé !

Elle, quand sa joue est moins rose, C'est qu'hier elle a trop aimé.

Pour se venger des pénuries, Quand la faim aiguise ses crocs, La goinfre s'attable aux frairies Dont la ruse a rempli les brocs.

Ce n'est point l'amoureuse niaise Qui fait au Printemps les yeux doux ; Elle ne se pâme point d'aise A propos d'un carré de choux.

Myosotis et marguerites, Fleurs aux yeux bleus de pleurs lavés.

Belles sans doute, sont proscrites Des fanges noires des pavés.

Plus que le site ombreux où joue L'enfant Avril sentimental, O Lutèce, elle aime ta boue, Ton gris paysage natal,

Le lacis des ruelles gueuses Où poussent comme champignons Aux grises façades fongueuses Encorbellements et pignons.

Elle sait tapis franc et bouge Que la gent truandière élit.

Si donc vous emmenez la gouge, Ne vous enquérez point d'un lit.

La Ribaude sait mainte auberge Où, loin des archers indiscrets, L'on fait fête au clerc qu'on héberge, Pour le mieux détrousser après.

Si de bonne grâce il ne cède Son épargne en criant : quartier l La bonne hôtesse appelle à l'aide Ceux qui font l'amoureux métier :

Montigny, qui trouve banale La mort en travers, décidés A la fin longitudinale, Leloup, Chollet, pipeurs de dés !

Or, tant la garce est gente et frisque, Qu'en dépit des galants truphés, Peu chault du meschef et du risque, Tous les hommes en sont coiffés 1

Mais foin d'un amant qui larmoie Et meurt dans un style transi Quand sa divinité n'octroie Le don d'amoureuse merci.

Tels airs lui débrident le ventre D'un rire énorme et pétotant, Et la commère dit : « Vieux chantre, « Mais où sont les neiges d'antan ? »

Pourtant, ô contraste, la gouge Qui saoule lâche tout de go Les mots nus, marqués au fer rouge, Grimaçants, lépreux, de l'argot,

Sa bouche qu'emmièle la Muse Sait d'un raffinement subtil Nous émerveiller quand elle use De la douce langue dVil.

Sur les flacons bus jusqu'aux lies Dans les bouges aux noirs plafonds D'ineffables mélancolies Hantent parfois ses yeux profonds.

Elle dit, pour l'amant qui lèche Ses seins d'un baiser aviné, Sa douce ballade plus fraîche Qu'un chant de mère au nouveau-né.

Ou si le hoquet de l'orgie Lui scande un bacchique quatrain, Aux hanaps sa lèvre rougi e Pleure un vers morne pour refrain.

Un doux les à la Vierge « reine « Des infernaux palus », un lai A Jeanne « la bonne Lorraine », Rachète un obscène couplet.

Comme un cri de chouette nous navre D'un rauque hululement aux morts, Sur sa jeunesse, blanc cadavre, Stride le cri de son remords.

Parfois ses défuntes années Se levant du fond du cercueil Lui montrent leurs Heurs profanées, Tout mort jusqu'à l'ultime orgueil.

Et cette femelle pansue Du truand blême et de l'escroc, Qui comme une chemise sue Le rut, et le vin comme un broc,

Au milieu des entremetteuses, Sorcières au bec de vautour, Voleuses d'enfants, ribotteuses, Elle aime encor d'un saint amour

Sa mère, « povrette ancienne », Aux yeux ingénus, au grand cœur, « D'un vieux moustier paroissienne, « Où le ciel est peint dans le chœur »

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