VERS SAPH1QUES
T{eddidi carmen, docilit modcrum Vatis Tiorati.
VJIT{C D'ULYSSE
Jadis tronc rigide en la lumière pure, Le style Achéen à la double courbure L'asservit, pliant aux buts inexorables Le puissant érable.
Et seul le tendra, — tant le fèvre a contraint Le bois dans la corne et la corne en l'airain, — Seul encochera le frémissant carreau Le bras d'un héros.
Mais nul ne connaît sous ses haillons serviles Les puissantes mains du destructeur de villes; Nul n'ôte le masque à cette comédie Du Roi qui mendie,
Et qui doit gagner contre un gueux des chemins- Son droit sur le seuil à tendre aussi la main, N'opposer au coup visant l'hôte sacré Qu'un rire acéré.
11 voit les Rivaux dépeupler ses érables, Crier à sa faim qu'elle affame les tables, Et d'impurs désirs qui toute l'enveloppent Souiller Pénélope.
Ah ! la chose juste et secourable, l'Arc ! Qui comme un mouton égorgé dans un parc Abat l'adultère et le pillard... Mais Zeus Tempère Odusseus.
La prudence, comme une neige s'épanche, Tombe froidement des rudes barbes blanches Sur la dangereuse ardeur de la colère, Et fait l'âme claire.
Tel le Circonspect désarme les piliers De la lance aiguë et du rond bouclier : La fuite aux mains nues ira heurter en vain Les portes d'airain.
Jupiter tonnant démente les superbes, Un sombre devin les fouaille de son verbe, La nuit déployant ses ailes colossales Oppresse les salles.
Némésis est là, dans l'ombre, qui pour voir Ceux qu'elle a marqués lève son voile noir, Et laisse couler de ses cruels yeux pers L'arrêt qui les perd.
Enfin voici l'Arc 1 A le bander s'irrite Inutilement l'orgueil des Parasites.
Car aux lâches mains, Minerve, tu n'accordes D'en tendre la corde.
Par son envergure et par son bec de fer Jl ressemble au large oiseau de Jupiter, L'aigle et lui, de l'homme ou du Dieu outragés Les prompts messagers.
Des riches pavés, où ses guenilles glissent,
Demi-nu, se dresse un musculeux Ulysse.
11 a saisi l'arme, et sous son crâne chauve
Brûle un oeil de fauve.
Comme un maître en l'art de la lyre, tordant La corde sur la cheville qui la tend, Sans effort l'Archer bande l'arc insoumis. Et ses ennemis
Pâlissent ! L'essai de la corde fidèle Rend un son strident comme un cri d'hirondelle. Mais ores que soient à ces faces félonnes Les flèches, aiglonnes !
Les jeux sans péril, Antinous, sont clos. Ta lèvre flairait un doux vin de Chios ; Et que ta pensée était loin de la mort Sur la coupe d'or 1
Tombe ! qu'un sang noir élargisse les flaques De vin rose. Tombe aussi, lâche Eurymaque, Qui d'une rançon crus écarter le geste Des Parques funestes.
Qu'un rubis éclate en l'ivoire du cou.
Les traits durs ont faim comme la dent du loup. Et, plantés de dards, les Chefs semblent des faons^ Qu'affolent les taons.
Et toujours l'arc tinte. Et les flèches mortelles Sifflent. Et la mort hurle, gémit, ou bèJe. Mais au doux chanteur Phémios, s'il embrasse Tes genoux, fais grâce,
O toi qui combats toujours pour la beauté, Qui sus par le verbe et le fer racheter Pénélope, comme aux rivages sanglants Hélène aux bras blancs.
Plaise aux amants l'Arc argenté de Diane, D'où sur les bois bleus et la mer océane Pleuvent paiement les silences qui pleurent, Les rêves qui leurrent ;
L'Aède aimera — Prince dépossédé, Que sa force nue et son luth bien bandé Aux seuils profanés dresse beau et cruel, — Cet arc immortel,
Frère de )a lyre irritée, où se choquent Les haines d'airain dans le vers d'Archiloque ; Car la même fraude à sa justice il courbe, Et les mêmes fourbes,
Les vils prétendants à notre bien royaJ, Qui souillent les lits de cèdre et de santal, Et dans les festins osent leur front lier De notre laurier.
J(0SS1GJV0L
Lts velours fastueux du soir drapent le fût Bleuissant des vieux ormes ;
Et les bois apaisés ont des soupirs confus De femmes qui s'endorment.
Réveillez-vous, Dryade et Nymphe 1 Eveille-toi,
Ame lourde et fanée, Car tu vas retrouver ce soir le jeune émoi
De ta seizième année.
Déjà l'ombre tressaille, et le lyrique oiseau,
Aussitôt qu'il prélude, Fait jaillir une source et trembler un roseau
Dans le coeur le plus rude.
Mais, aux Muses sacré, crains de troubler ce lieu
Et la branche fidèle Où revient chaque nuit se révéler un dieu,
Et se cacher une aile.
Car l'ombre seule est sûre au chanteur ; et le sang
Dont cette plume est rousse Enseigne que toujours le caillou du méchant
Vise la gorge douce.
De geais rauques et bleus la gloire aime assortir
Les clinquants de sa jupe :
O flûte d'or, éteins les muables saphirs,
Avec les sottes huppes.
Et puisque doit l'hiver, sous un buisson, mouler
La neige à ton squelette, Que l'orgueil du génie enfle aux plus hautes clefs
Ton gosier de poète.
Chante comme le vent sur l'orgue des roseaux ;
Et, pour t'ouïr, soudaines, Qu'à leurs glauques plafonds les déesses des eaux
Surgissent jusqu'à l'aîne.
Pour les Dames d'antan, que préserve un sonnet
Vendosmois de la cendre, Chante, et pour l'aubépin, dont s'aime couronner
L'Ombre qui fut Cassandre.
Celui, dont le chant doit périr, chante à l'écart.
Chante î — Aux célestes portes, — Chante si doucement — que se penche Ronsard,
Et t'approuve Desportes.
2i janvier 1918.