POUR LA TOMBE D'UN POÈTE TUÉ PAR SES FRÈRES
Tu foules un poète, ô passant, et, tu vois, Nul laurier n'a pitié de cette tombe obscure. En mémoire du Chant, nul relief ne figure Ou l'orgueilleuse lyre ou l'agreste hautbois.
Cy-gît un cceur vaillant ! Dans cette mâle voix.
La fierté des aïeux enflait un grand murmure ;
Mais sur la Terre-aux-beaux- Vergers la race est dure ;
II mourut sans couronne, et c'est mourir deux fois.
En Christ harmonieux il allait vers ses frères, Mais leur dague a puni l'extase téméraire. 11 se tut, son doux lied écrasé sur ses dents.
Ne mesure donc pas son œuvre, mais son âme ; Et si tu veux marquer le crime et l'instrument, Grave sur cette pierre une traîtresse lame.
i3 septembre j^i3.