‹ L'ArchbitectureChapitre 6 sur 6 · MOYEN AGE. — VIII' ET IX! SIÈCLES. — VANTAUX EN FONTE DE BRONZE · texte numérisé non relu

MOYEN AGE. — VIII' ET IX! SIÈCLES. — VANTAUX EN FONTE DE BRONZE

Mais, une autre remarque vient confirmer notre opinion, et établir, s’il est nécessaire, ta distance qui sépare ces vantaux de ceux des Romains. Cette remarque consiste dans la présence de certaine défectuosité inhérente à une époque île décadence et qui dénote, de la part des artistes de Charlemagne, un égal manque de science et de goût. Le lecteur comprend que nous voulons signaler ce défaut, presque complet, des raccords aux angles des panneaux ; car, par suite d'une imprévoyante négligence, la disposition des motifs d’ornement n'offre plus cette régularité, cette symétrie qui distinguait les oeuvres antiques. A en juger par ces battants, les artistes du VIII* siècle paraissent avoir agi un peu au hasard et s’être fort peu souciés de ces raccords, puisqu'aux grauds comme aux petits vantaux, l’on en trouve à peine quelques-uns, et ce défaut me fait supposer qu'ils ont procédé sans calcul ni combinaison. Moins préoccupé, peut-être , des règles ou des exigences de la symétrie que de la recherche d'une ornementation riche, l'artiste semble avoir porté toute son attention sur celle-ci. Très-vraisemblablement, il s’est borné, dans l’étude de son dessin, au décor des moulures et sans trop s’inquiéter de leur» proportions par rapport aux dimensions des panneaux, et il eu est résulté que l'échelle des motifs n'éfaut [tas exactement calculée, la plupart ne se raccordent pas. Tout nous engage donc à admettre que l’on se contenta de créer un moule en baguette qu’ou disposa, comme cadre, autour des panneaux. De pareils défauts accusent bien l’inexpérience, le peu de goût et l'imprévoyance d'individus copiant et composant sans avoir les notions et le sentiment de l’art, et ces maladresses administrent la preuve d'une ignorance dans la pratique et les combinaisons de la chose; aussi, ne saurions-nous les signaler assez à nos lecteurs; car, de leur constatation jaillit une lumière qui nous montre les conditions dans lesquelles se trouvaient alors les artistes, de même qu’elle nous révèle aussi l’état particulier de l’art à celte époque du règne de Charlemagne.

Le champ des panneaux est lisse, et, à l’exception de ceux où l’on a placé des têtes de lion , tout prouve qu’il n’avait aucun autre décor. Devons-nous en conclure que les artistes n’auraient su y introduire des œuvres de la plastique ? Evidemment, non, puisque les têtes de lion sont modelées et qu'elles ont un. certain caractère. Du reste, les sculptures en ivoire et les miuiaturcs de celle époque démontrent suffisamment qu’ils pratiquaient l'art du dessin et qu'ils auraient pu composer et exécuter des sujets en relief. Il faut donc croire qu'il entrait dans la pensée du compositeur du ne les point orner, et, en cela peut-être , convient-il de supposer qu'il y a eu intention, c’est-à-dire question de goût, afin de mieux faire ressortir le décor des encadrements; l’adoption de ce système donne ainsi une graude importance aux tètes de lion, qui se détachent beaucoup plus heureusement sur un champ nu.

Par la même raison, qui, peut-être , avait engage Charlemagne et ses artistes à imiter Rome comine mode du décor des panneaux , on disposa aussi , à portée de la main, des poignées nécessaires au mouvemeut des vantaux, et cette nécessité fournit l'occasion d’un nouvel emprunt. Ce fut encore aux Romains qu’on parait avoir eu recours. A l'époque de leur apogée, ces grands zélateurs du luxe avaient donné une certaine richesse à celte partie décorative, partie que leur goût s'était aussi complu à traduire sous des formes diverses, parmi lesquelles nous désignerons: la tête de Méduse, celle du lion (*) et d'autres motifs plus ou moins ornés. On comprend, en ce qui concerne la première de ces figures, que la religion chréticune ait dû la rejeter parce qu'elle procédait du polythéisme, et Charlemagne, en effet, ne l’employa point; mais, rien ne s’opposait à ce. tpie le choix du prince ne s’arrêtât sur la représentation du roi des animaux. Frappé, sans doute, de l’effet que produisaient ces têtes, Charles en ordonna probablement une imitation sur

[Il ATTiQiirris D iiEBU LAsit» ; Bronzrs, Tom. l ,r , page Î7. Nous pourions en citer d'autres exemples.

VANTAUX DE L’EGLISE DE NOTRE-DAME, A AIX-LA-CHAPELLE, les \anlaux de sa chapelle, et, depuis lors, le moyen Âge eu fit uu assez fréquent emploi -, seulement, il les traduisit à .sa manière et selou l'esprit de chaque époque (■}. Sur ce uouvenu poiut , tout semblerait doue établir que, comme idée et comme place, ce fut encore une réminiscence que les carolingiens tirèrent de l'antique. — L’examen artistique de ces tètes soulève ' maintenant une question assez délicate à laquelle on n’ose toucher, et dont voici cependant l’exposé succinct : Rapprochées pour la comparaison, il parait avec évidence que ces tètes ne se ressemblent pas; on dirait même que chacune d’elles se rapporte à un type et à un art différent, d’où l’on pourrait presque iuférer la coopération de deux artistes. Vues de face comme de profil, cette différence semble des plus manifestes; toutefois , nous pensons trouver, dans le rendu de la crinière, comme un certain lien de parenté; mais, rien de plue. Malgré cela, sont-elles contemporaines , ou bien l’une de ces deux tètes a-t-elle été faite, avec ses vantaux, à une autre époqueî Question. — Sous le rapport particulier de l’art, l’étude de leur inodoJé est aussi fort intéressante , eu ce qu'elle uous fuit connaître la manière dont on entendait alors les travaux de la plastique, et surtout quel était le faire des artistes du VIH* siècle dans l’interprétation ou la copie des œuvres romaines. On doit avouer qu’il y a loin de la lêle, trouvée à Herculanum, à celles des vantaux de Charlemagne, et nul doute que Nicolas de Pisc ne fut bien autrement habile lorsqu'il travailla d'après l'antique.

Avant de clore ce qui a trait à la partie décorative, qu’on nous permette de noter une dernière observation; elle concerne la nature des ornements. Le relief est, en général, assez méplat, et il n’offre plus ces saillies et ces refouillements qui, dans les compositions grecques ou romaines, jouent uu si grand rôle par l’heureux effet qu'ils produisent des jeux d’ombre et de lumière. Doit-on y voir un nouveau trait d'ignorance ou d’inhabileté à savoir calculer ce qui fut une des grandes qualités des ornemanistes anciens? Pour être justes, nous devons reconnaître qu'aux petits vaulaux, les moulures sont un peu plus accentuées, et cette condition leur donne ccrtaincmcut uu caractère plus énergique. Or, ces différences, assez tranchées, dans les profils, le décor et jusque dans les têtes de lion, tendraient à faire naître la pensée de deux arts, cl conséquemment celle de deux artistes; aussi, n’était la même défectuosité dans le raccord des ornements aux angles et l'analogie de dessin et de rendu dans les criuières, qui indiqueraient une époque contemporaine , je ne serais pas éloigné d’adopter cette manière de voir.

Mais, il est, en admettant l'opinion de la copie, une seconde demande qui découle de la première et qui vient la compléler, pour ainsi dire. Parmi les œuvres qui se trouvaient à Rome ou sur d’autres points de Tltalie, quelles furent celles qui produisirent le plus d'impression suites artistes de Charlemagne et qui curent sur eux le plus d’action? Fut-ce plutôt celles de la bonne époque que les travaux des temps de la décadence ? Je l’ignore. Tout ce qu’il est permis à l'investigateur, c’est de constater les analogies el de signaler les deformations. Sur le reste, on est forcément réduit aux hypothèses ; aussi, le nom, la qualité comme la patrie des artistes uous échappent-ils. Le champ des conjeclnres ouvrant, sur ce dernier point, une large carrière, peut -on reconnaître, avec ceux qui voudraient tout attribuer à Egiuhard, que ces vantaux de même que la chapelle, puissent être le produit ou le résultat des études de ce ministre, épris du livre de Vitruve; d'autre part, y a-t-il plus de vraisemblance dans la supposition qu'ils soient l’œuvre d'un artiste italien, composant, ainsi que cela devait se pratiquer alors, d'après l'autique, c’est-à-dire d'après les monuments romains? ou bien, convient-il mieux de penser qu’on les doive à un ouvrier du Nord, à un moine ou à un laïc, ayant accompagné Charlemagne et dont il aurait suivi les ordres? De ces trois suppositions, il en est, peut-être, une de

(I) Voy. nos Vantaux de icgllit cathédrale , au Puy, et un grand nombre d'autres.

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