‹ L'ArchbitectureChapitre 5 sur 6 · VANTAUX DE L’ÉGLISE DE NOTRE-DAME, A AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

VANTAUX DE L’ÉGLISE DE NOTRE-DAME, A AIX-LA-CHAPELLE

Ravenne. — Le système d’omeiuentaliou dénote la surcharge, et il accuse une époque de dégénérescence, c’est-à-dire les mêmes errements d’abus où tombèrent les artistes romains vers le milieu de l’empire, abus qui précipitèrent la chute de l'art et dont le déplorable apogée, traduit sur les monuments de Constantiu et des papes, ses successeurs, se voyait encore lorsque Charlemagne visita l'Italie. Cette manière de voir dans l'art, qui était probablement celle de l’époque, dut sans doute agir sur l’esprit de ce prince et sur celui des artistes chargés d’exécuter les monuments d’Aix.

Nous avons avancé que la majeure partie des éléments décoratifs semblait empruntée à l’ancien art romain; il nous faut maintenant apprendre que les artistes de l'époque carolingienne les traduisirent d’une manière plus ou moins défigurée. Comme étude graduée de déformation, ce serait, certes, un travail curieux que celui où l'on réunirait (et telle est notre intention) les dessins des chapiteaux, bases, chambranles, frontons, etc., de l’époque latine, répondant, comme l'on sait, aux périodes mérovingienno et carolingienne, afin de déterminer, parleur rapprochement, certain air d’afiinité, d’origine et de parenté; c’est, du reste, ce qui ressort lorsqu’on rapproche la sculpture des basiliques de Rome, de Ravenne, etc., de celle du baptistère de Poitiers, de l’église de Montmartre , de la crypte de Jouarre, des ruines de Lorsch, de l’église d'Aix-la-Chapelle, etc. Il en résulte tout un enseignement qui vient donner aux inductions un cachet de certitude, et dévoiler à l’observateur les étapes successives que l’art a parcourues à ces diverses époques. Une telle remarque nous conduit naturellement à cette constatation : dans l’édifice et surtout dans les vantaux d’Aix, le caractère de l’ornementation n’y est plus franchement romain et pur; on y découvre l’introduction d'éléments qui en altèrent les formes; eu un mot, tout nous porte à conclure, par leur comparaison avec les beaux exemples de l’antique, que ces ornements n’oITrenl plus l’élégance ni les proportions de ceux-ci, cl, cela, parce qu'ils sont généralement lourds et inégaux entr’eux ; Ainsi, non-seulement les canaux et les perles ont perdu leurs proportions, mais les oves sont aussi fortement modifiées par le changement d’un membre étranger à l'ornementation romaine. — Les altérations ne se bornent pas aux seules remarques que nous venons de faire. D'autres déformations, non moins flagrantes, frappent encore l’observateur et excitent de nouveau son attention. Il s’agit des pahnettes qui entourent la plaque de laquelle saillent les têtes de lion. A notre avis, on doit encore voir là une nouvelle dérivation romaine, traduite et exprimée par les hommes du moyen âge. — A ces différentes observations, qui ne concernent que les vantaux de la grande porte, il nous faut eu ajouter plusieurs autres qui appartiennent à ceux des petites. Elles ont, selon nous, un tout autre intérêt, en ce qu’elles montrent , d’uue manière plus nette et plus caractéristique , quels furent , d'une part, la marche et l’état de l'art sous Charlemagne, et, de l’autre, l'espace qu'il avait parcouru, c’est-à-dire la distance qui le séparait do son point de départ. le veux parler de l’ornement qui sert de motif aux encadrements des panneaux. A première vue, ce motif parait original et "complètement étranger à tout art antérieur; cependant, lorsqu’on l’examine avec attention , et lorsqu'on cherche à se rendre compte de sa forme, une peusée d'emprunt vient immédiatement se produire à l'esprit, et, bientôt, l'aspect d’un ornement antique et connu semble apparaître dans sa silhouette ; silhouette bien altérée sans doute, mais où l'on distingue encore, même à travers sa déformation, presque tous les éléments constitutifs. Le motif d’ornement, auquel nous faisons allusion et dans lequel nous croyons trouver un rapprochement, est celui qu’on appelle, en terme d’architecture, les rais de cœur.

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