IMAGES DU CHRIST ET DE LA VIERGE
L'Annonciation et V Adoration des Mages, — Les prières de PEuchologe grec, qui supplient la Vierge d'intercéder pour les morts auprès de son divin Fils, invoquent en termes précis PAnnonciation. Cette scène gracieuse, que les artistes du moyen âge traiteront avec amour, n'est représentée qu'une fois aux catacombes, sur un plafond du cimetière de Pris cille; la fresque, du II® siècle, qui dut être élégante, serait presque méconnaissable aujourd'hui, si nous ne possédions heureusement la gravure un peu arrangée de Bosio; un dessin colorié, fort exact, de M.
Liell, peut faire apprécier le ravage accompli en moins de trois siècles (fig. 76). La Vierge, assise et les bras appuyés sur un fauteuil, regarde fixement un homme debout devant elle, le bras droit étendu et la désignant du doigt. On hésiterait à reconnaître en cet homme vêtu d'une longue tunique à manches flottantes l'archange aux grandes ailes que peignit Fra Angelico, si l'on ne savait sûrement que l'art chrétien avant la Paix de l'Eglise représente les anges sans ailes. Quelles que soient, sur cette curieuse
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Fig. 76. — L'Annonciation (cimetière de Priscille).
laa L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.
fresque, les controverses des arcliëologues, elle est demeurée unique; sonseos peu évident au premier abord, son défaut de symbolisme devaient l'exclure des grands cycles funéraires.
Il n'en est point de même des peintures qui représentent l'Adoration des Mages; on en connaît une dizaine, dont cinq peut-être antérieures au iv" siècle. Ici la Vierge s'efface derrière l'Knfant; c'est TEnfani adoré par les Mages dont les liturgies des morts in-
voquent le secours. La première peinture de l'Adoration des Mages appartient au cimetière de Priscille; elle occupe, dans la Chapelle grecque, l'arc de voûte qui fait face à la porte principale ; mais c'est à peine si l'on ' peut distinguer sous un voile épais d'incrustation calcaire les formes bleuâtres de la Vierge assise, vers qui trois jeunes hommes semblent courir; la figure de l'Enfant Jésus a disparu tout entière. On le voit, les artistes ont observé de bonne heure la tradition qui Bxait à trois le nombre des Mages, et si parfois ils se sont écartés du type de composition primitif, ce n'a pu être que pour ces raisons de symétrie qui leur étaient particulièrement chères. Ainsi, au cimetière de Domi-
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tille, sur une belle fresque du ni" siècle (fig. 77) les Mages sont au nombre de quaire, également répartis aux deux côtés du siège de la Vierge, qui fait face au spectateur. Un encadrement dentelé, soutenant une série de guirlandes, encadre cette fine peinture, de petite dimension, où dominent de beaux tons rouges.
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Harcellin).
Au cimetière des S" Pierre et Marcellin, une peinture d'arcosolium, de la fin du 111= siècle (fig. 78), ne présente que deux Mages aux côtés de la Vierge, tournée vers la gauche. Le dessin maladroit, l'uniformité du ton brunâtre marquent, si l'on compare cette peinture à la précédente, un déclin très sensible. Notons que les fresques des catacombes, comme plus tard' les
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bas-reliefs funéraires et les mosaïques, donnent presque toujours aux Mages le costume oriental, bonnet, bottines, braies, tunique courte et manteau flottant; la Vierge, vêtue d'une robe que recouvre parfois une dalmatique, la tête couverte à l'ordinaire du long voile des matrones, tient sur ses genoux l'Enfant, emmailloté de langes ou vêtu d'une tunique, parfois même entière-
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ment nu, qui tend les mains aux présents des rois, l'or, l'encens et la myrrhe, apportés sur de larges plats.
La Vierge et le Prophète. — Il est une scène, assez difficile à comprendre, qui a inspiré l'une des meilleures peintures chrétiennes, au cimetière de Priscille. La fresque, que l'on a pu attribuer sans invraisemblance aux premières années du n' siècle, se voit à l'angle d'un plafond, non loin de la Chapelle grecque ; elle fait partie de la décoration d'un /ocus malheureusement dévasté (fig. 79), De la moitié inférieure de cette décoration, il reste une famille d'orants et un Moise frappant le rocher; de la moitié supérieure, un relief de stuc, le Bon Pasteur et deux brebis entre des
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oliviers aux fruits coloriés de rouge, et, sur la droite, le petit groupe que voici dessiné (fi g. 80). Une. jeune femme assise, la tête inclinée et maternellement souriante, tient sur ses genoux un enfant nu, qui s'appuie d'une main à sa poitrine et se retourne pour regarder en arrière, d'un joli mouvement étonné. La femme est une Romaine belle et forte; ses bras vigoureux sont nus, son visage, d'un ovale régulier, un peu large, s'encadre d'épais cheveux noirs que couvre à demi un voile irans parent. La beauté du front puissant et des grands yeux noirs, l'attitude naturelle et vivante de la mère et de l'enfant appellent le souvenir des Madones de Raphaël, Un homme, drapé dans le pallium des philosophes, debout devant la jeune mère, d'une main tient un volumen, de l'autre indique une étoile; cette étoile, nettement tracée au-dessus de la scène, va nous la faire déchiffrer aisément. Il ne s'agit ici ni d'une famille chrétienne, ni d'une sainte Famille, comme on l'a cru souvent; nous avons bien sous les yeux Marie et l'Enfant Jésus; mais
c'est Isaïe qui prophétise devant eux. L'étoile est le soleil, au lever duquel Isaîe compare la venue du Rédempteur (LX, 19); c'est ainsi que le prophète est figuré sur un verre à fond d'or, auprès du soleil rayonnant et de la Vierge orante (fig. 242). Ce qui ajoute encore à la certitude de l'interprétation, c'est la présence, au cimetière de Domitille, d'une fresque tout analogue, mais cruellement endommagée, qui appartient
au m® siècle. Là, au lieu de l'étoile, on voit entre le Prophète et la Vierge portant Jésus une construction en forme de double tour, la Jérusalem dont parle Isaïe :
« Lève-toi, sois illuminée, Jérusalem, car ta lumière est venue, et la gloire du Sei-
Fig.8i - Jésus et la Samaritaine gl^^ur s'est levée SUr toi. » (cimetière de Prétextât). (Is., LX, [.) Est-il nécessaire
enfin de citer les prières de l'Euchologe qui expliquent symboliquement ce beau sujet : a Sauve ceux qui espèrent en toi, mère du soleil qui ne connaît point de coucher, mère de Dieu! »
Images de la vie et des miracles du Christ, — En dehors de la Résurrection de Lazare, que nous avons étudiée, ou des scènes dogmatiques, d'intention toute spéciale, que nous rencontrerons au prochain chapitre, il n'est guère d'images à citer de la vie et des miracles du Christ. Cependant les peintures d'un caveau du II® siècle, au cimetière de Prétextât, mériteraient un examen attentif, si l'on pouvait mieux les connaître