‹ L'archéologie chrétienneChapitre 38 sur 68 · L'ASSISTANCE DES SAINTS · texte numérisé non relu

L'ASSISTANCE DES SAINTS

entre deux jeunes saints qui écartent devant elle les rideaux brodés suspendus à une tringle (fig, ii3).

L'inscription qui l'accompagne donne plus de prix encore à une célèbre peinture découverte par M, de Rossi au cimetière des S*" Nérée et Achillée, derrière Tabside de la basilique, dans un étroit cubiculum où dut

Fig. 115. — Crante introduite au paradis par deux saints

(cimetière de Cyriaque).

être déposé le sarcophage de sainte Pétronille (fig. 1 14). C'est là, tout auprès de cette tombe illustre, que fut creusé un arcosoUuni pour la matrone Vénéranda, « ensevelie le VII des ides de janvier », aux environs de l'an 356. La fresque de Varcosolium, dont la moitié gauche a péri, nous montre, dans le jardin du paradis que symbolise un arbuste en fleurs, Vénéranda, richement vêtue d'une dalmatique, les cheveux serrés dans une sorte de bandeau blanc ondulé que recouvre un voile aux extrémités frangées et brodées de pourpre : elle lève les mains au ciel, tandis que sur la droite s'approche Pétronille, simplement vêtue et sans voile, comme une dame romaine en tenue d'intérieur. La

lia L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

sainte touche sa cliente d'un geste affectueux, et indique de la main une ciste pleine de volumes au-dessus de laquelle les Évangiles sont ouverts : c'est la source du

salut; ainsi, sur une fresque de Naples, les quatre Evangiles sont déployés autour de l'orante Vîtalia.

Rien ne plaide mieux que cette belle peinture Tantiquité du culte des saints. Une fresque contemporaine du cimetière d'Ostrianus présente une sainte et un saint devant lesquels un homme s*iocline avec respect;

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peut-être sommes-nous en présence de saint Pierre et âe sainte Émérentienne, car c'est proche d'ici que le grand apôtre baptisait et que la martyre fut ensevelie. Un marbre de ce même cimetière, sur lequel sont grossièrement gravés une orante et deux saints, ajoute un nouveau détail à la scène habituelle : un des saints tient à la main une lampe allumée. Cette lanipe est Téternelle lumière du Christ, selon les aaes des martyrs de Carthage, oii se trouve le récit suivant : « Renus, qui avait été avec nous, étant pris de sommeil, vit paraître des hommes un à un ; lesquels s'avançant, des lampes étaient portées au-devant de chacun d'eux; et celui que la lampe n'avait point précédé, lui-même n'avançait point. Et quand nous eûmes passé avec nos lampes, il s'éveilla. Et lorsqu'il nous l'eut Épiiaphe'*prôw'nani de narré, nous nous réjouîmes dans Vagtr Veranas , . , . (Musée de Laleran).

la confiance que nous marchions

avec le Christ, qui est une lampe pour nos pieds, et qui est un verbe, le verbe de Dieu, s

Les saints protecteurs quel'art chrétien, à l'exemple des liturgies funéraires, invoque le plus volontiers, sont tout naturellement les princes des apôtres : « Puisse l'accueillir le saint apôtre Pierre, à qui Dieu a donné les clefs du royaume des deux; puisse l'assister le saint apôtre Paul, qui fut jugé digne d'être un vase d'élection! » Fresques des catacombes, sarcophages et verres dorés les réunissent aux côtés de l'oranie. A Naples,

dans une chambre de la catacombe supérieure, un arcoso/iam du IV* siècle représente saint Paul introduisant au paradis le défunt Laurentius, qui porte à la main gauche une couronne; en face, une seconde peinture représente saint Pierre assistant un défunt anonyme. Au fond d'un arcosolium du v* siècle, dans la crypte de

de s* Janvier i Naplu.

Gaudiosus, saint Pierre, assisté d'un saint inconnu, étend le bras vers le défunt Pascentius, de taille plus petite, qui s^approche de lui les mains respectueusement voilées.

Cette dernière fresque, ainsi que d'autres peintures napolitaines, de même époque ou plus tardives, qui représentent également des défunts au ciel, se distingue par un détail sans doute emprunté au symbolisme des tombes africaines (p. 325) : des cierges sont allumés aux côtés de la figure orante et des saints proteaeurs.

DERNIÈRES FRESQUES DES CATACOMBES. i$9

C'est un souvenir des flambeaux qui brûlaient auprès des morts et dans les sanctuaires des martyrs, un signe d'honneur, et surtout un symbole de la foi et de la gloire céleste. La plus remarquable de ces fresques nous montre saint Janvier, couronné d'un nimbe pareil à celui du Christ, orant entre deux candélabres près desquels sont debout la matrone Cominia et sa fille Nicatiola (fig. ii6). Cet emblème des cierges allumés n'a guère pénétré au delà de Naples ; on ne le rencontre qu'une fois k Rome, sur une épitaphe du v« siècle (fig. II 5).

IMAGES DU CHRIST, DE LA VIERGE ET DES SAINTS. DERNIÈRES FRESQUES DES CATACOMBES*.

Les compositions historiques empruntées aux récits de l'Evangile, qui offrent à l'art nouveau, mosaïque ou miniature, une série presque inépuisable d'images, ne se rencontrent guère aux catacombes, ou doivent presque toujours y être interprétées symboliquement. Vers la fin du IV® siècle, quelques scènes de la vie du Christ sont empruntées aux bas-reliefs des sarcophages : au cimetière de S* Sébastien, une petite image de la crèche que domine un buste de Jésus (fig. 117); au cimetière de Cyriaque, un Reniement de saint Pierre, qui fait pendant à une composition biblique de même origine, les Hébreux recueillant la manne dans le désert. A

I. De Rossi, R. 5., t. I, II et ÏII; Bull., i865, 1877, 1884, i885. — RoLLER, ch. xciv et suiv. — Garrucci, t. I.

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Naples, la voussure d'un arcosoHum, dans la catacombe inférieure de S' Janvier, porte une figure de Christ imberbe qui paraît monter au ciel, les jambes nues , les vêtements flottants; mais c'est à peine si l'on peut distinguer encore cette image sommaire de l'Ascension.

La seule peinture qui mérite plus qu'une mention, en dehors du cycle habituel des sujets funéraires, appartient à une petite catacombe grecque voisine d'Alexandrie , que M. Wescher visita et décrivit en i865.

Le souterrain, dont l'entrée est à mi-côte d'une colline, se divise en trois parties communiquant de plain-pied : un vestibule avec une abside et une exèdre ; une salle

Fig. iiB, — Fresque

catacombe d'Alexandrie.

carrée avec trois niches formant chapelles ; une longue galerie percée de loca régulièrement alignés. Le vestibule ainsi que les chapelles sont ornés de fresques,

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peut-être exécutées au m® ou au iv® siècle, mais certainement repeintes au vi«. La partie la plus intéressante de ce décor est une frise peinte au-dessus de Pexèdre semi-circulaire du vestibule (fig. ii8). Elle comprend trois groupes disposés avec science et souplesse dans un paysage semé d'arbres. A gauche sont les Noces de Cana, où des légendes grecques, peintes en rouge auprès des figures, signalent Jésus, la Vierge, des serviteurs. Au centre de la frise, le Christ, assis sur les coussins d'un trône et entouré des apôtres Pierre et André, opère la multiplication des poissons et des pains. A droite enfin, plusieurs convives sont attablés, mangeant les eulogies du Christ (le mot eulogie, ou bénédiction^ désignait, aux premiers siècles, le pain et le vin consacrés ; remplacé en ce sens par le mot Eucharistiej d'origine aussi ancienne, il devint l'appellation du pain bénit).

On a comparé la fresque d'Alexandrie aux peintures dogmatiques du cimetière de Galliste. Mais l'intention mystique n'y est pas évidente : au lieu de ce symbolisme abrégé des catacombes romaines, qui se restreint aux figures essentielles et demande au spectateur un effort d'interprétation, nous avons ici une scène vivante, aux attitudes variées, un libre et pittoresque développement. D'irréparables dégâts ne permettent malheureusement plus d'apprécier le style et la couleur de ce monument si précieux.

En dehors des compositions symboliques ou historiques, les catacombes reçoivent, après la Paix de l'Église, un certain nombre de fresques tout inspirées du décor des basiliques, médaillons ou bustes du Christ

i6a L'ARCHÉOLOGIE CHRETIENNE.

et de la Vierge, figures isolées ou groupées des saintes et des saints. Il ne faut point, devant les images du Christ peintes au centre des plafonds ou aux voûtes des arcosoUa, se souvenir des controverses qui divisè-

rent les docteurs du ni' et du iv siècle, les plus nombreux inclinant à croire, d'après Isaïe, que le Fils de Dieu avait été dépourvu de beauté, allant même, avec TertuUien et saint Cyrille d'Alexandrie, jusqu'à lui donner des formes abjectes; d'autres, avec saintJérôme et saint Jean Chrysostome, lui faisant conquérir les

DERNIÈRES FRESQUES DES CATACOMBES. I63 âmes par la beauté de ses traits autant que par ses discours. Ce sont les œuvres des artistes chrétiens, non les discussions des Pères, qui nous montrent comment le peuple se figurait Jésus; nous y sentons persister, à travers le changement de foi, l'idée païenne si vivace de la beauté des immortels. Les peintres des catacombes, comme les mosaïstes et les sculpteurs, ont représenté Jésus sous un double aspect. Jusqu'au

v' siècle, il est jeune et imberbe; il sourit, son visage s'encadre de longs cheveux ondulés (fig. 117}. Puis, sous l'influence de Part officiel, le type idéal, sans disparaître entièrement (fig. 124), fait place au type historique, barbu et solennel, créé par les mosaïstes (fig. 1 19). Cette noble figure, pleine de sérénité, que nous avons vue au cimetière des S" Pierre et Marcellin (fig. 108), se transforme peu à peu; au ix siècle, elle est devenue épaisse ou farouche [fig. i23). Un buste de la catacombe de Gaudiosus, à Naples, est remarquable par le caractère oriental du visage, dont les yeux très écartés et la barbe longue, divisée en deux touffes, font songer à l'étrange Crucifix miraculeux de Lucques.

i6t L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

La première fresque où Marie apparaisse vraiment comme la Vierge-Mère, et dans l'attitude hiératique que reproduiront tant de fois les Madones byzantines, c'est la célèbre image du cimetière ostrien (fig. 120). Sans lui attribuer, comme faisait le P. Marchi, l'antiquité la plus haute, il nous sufRra, pour marquer son extrême importance, de dire qu'elle est antérieure de près nsiécleauconcile

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d'Éphèse (43 1), où fut établi contre l'hérésie des Nestoriens le dogme de la virginité de la Mère de Dieu. L'œuvre est unique aux catacombes. Les fresques aux trois quarts effacées qui, dans la crypte de S' Valentin transformée en cel- Fig. lai. - Flaque du cavMi. 1;^^ racontent la vie

de aainle Cécile.

de la Vierge et du

Christ avec des détails tirés des Evangiles apocryphes, tels que la Guérison de Salomé et le Bain de l'Enfant Jésus, appartiennent vraiment à l'art des basiliques et reproduisent, au vu" siècle, des compositions que les miniatures avaient déjà fixées. Elles doivent être placées, dans l'étude des origines de la peinture italienne, à côté des fresques de l'église souterraine de S' Clément, où l'on peut suivre, époque par époque, les ( céments de l'art du moyen âge.

DERNIÈRES FRESQUES DES CATACOMBES. ifij

Parmi ces dernières fresques des catacombes, les plus intéressantes sont sans contredit les images de saints, peintes dans les cryptes vénérées à l'occasion des pèlerinages qui se succédèrent du v° au ix* siècle. Il faut dire cependant que ces images hiératiques, comme celles qui ornent les verres à fond d'or, sont précieuses pour Phistoire du culte des saints, plutôt que pour leur iconographie; c'est dans les mosaïques et dans les miniatures qu'il faut chercher les caractéristiques des saints.

Flg. I

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