‹ L'archéologie chrétienneChapitre 5 sur 68 · DÉCORATION DES CATACOMBES* I. — LES ÉLÉMENTS DÉCORATIFS · texte numérisé non relu

DÉCORATION DES CATACOMBES* I. — LES ÉLÉMENTS DÉCORATIFS

A l'exemple des Egyptiens, des Grecs, des Etrusques, les Romains décoraient les chambres où reposaient leurs morts. Ce luxe funéraire, dont témoignent les charmants tombeaux de la voie Latine, avec leurs marbres, leurs peintures, les stucs délicats de leurs plafonds, était devenu au i®'^ siècle une habitude, une exigence à laquelle personne ne tentait d'échapper. Les Juifs eux-mêmes oubliaient à Rome leurs préjugés, leur haine instinctive de Part, pour égayer de pein-

I. De Rossi, R. 5., t. !•'. — Crowe et Cavalcasblle^ t. I«'. — PoHL, Die altchristliche Fresko-und Mosaik • Malerei, — MuNTZ, Études sur l'histoire de la Peinture et de l'Iconographie chrétiennes. — Becker, Die Wandgemalde der romischen KatU' komben, Géra, 1876,

jtf L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

tures les caveaux de leurs catacombes. Il eût été bizarre que, converti au christianisme, le Romain renonçât à ce goût du décor qui lui était inné; et la nouvelle Eglise ne songea pas à demander pareil sacrifice. Aussi, dès que les chrétiens commencèrent à creuser des sépultures, ils se mirent à les décorer, chaque famille, chaque corporation ornant, selon sa fortune, le caveau dont elle était propriétaire, sans qu'il y eût, en apparence du moins, rien de changé aux éléments du décor.

Les revêtements de marbre ont presque partout disparu dans les pillages successifs des catacombes; mais la restauration idéale proposée par M. de Rossi pour la célèbre crypte des papes, au cimetière de Calliste (fig. i5), nous présente un exemple accompli d'une chapelle dont le marbre fait l'unique décor; l'exemple est tardif à la vérité, et nous reporte au temps de Damase et de Sixte III. Le sol et les murs sont dallés de marbre africain; deux colonnes surmontées d'un entablement où pendait un rideau séparent la partie de la chapelle destinée au public de l'enceinte réservée que ferme un chancel à jour. Dans l'enceinte, l'autel s'élève sur un gradin de marbre, devant le siège épiscopal où fut décapité Sixte II.

Mieux que le marbre, le stuc se prêtait aux fines décorations. On peut voir encore, dans la partie la plus ancienne du cimetière de Priscille, à la voûte et aux deux portes de la jolie chapelle que les gardiens des fouilles nomment, on ne sait pourquoi. Chapelle grecque, des ornements de stuc, festons et rinceaux de feuillage d'une exécution si parfaite, qu'on les a justement attribués à l'époque des premiers Antonins

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(fig. i). Au cimetière de Domitille, la voûte d'une galerie du iv« siècle, sur laquelle s'ouvrent deux grandes absides couvertes de peintures, est rehaussée, à Pimitation des maisons romaines ou des basiliques, de larges caissons de stuc. On n'a pu retrouver ce cubîculum de la voie Latine où Bosio avait vu et dessiné toute une décoration de stuc, des rinceaux de vigne, mêlés d'amours, enveloppant les pilastres et courant sur la voûte, autour d'une image en relief du Bon Pasteur. Au cimetière de Prétextât, le stuc est remplacé par la terre cuite (fig. 12); enfin, dans les galeries plus pauvres, au iii« siècle et plus tard, lorsque le marbre, le stuc et la terre cuite font défaut, il n'est pas rare de rencontrer le tuf grossièrement taillé, en cordons le long des voûtes, en pilastres munis de leurs chapiteaux près des arcosoUa des cryptes.

Ces premiers ornements ne sont toutefois qu'une préparation et la base en quelque sorte du décor des catacombes. De ce décor, la sculpture et la peinture sont les éléments réels, mais d'importance tellement inégale que l'on peut aisément négliger le premier. Le mystère et l'obscurité des catacombes n'étaient guère favorables à la sculpture; aussi verrons-nous que les seuls marbres sculptés qui y pénétrèrent avant la Paix de l'Eglise furent des sarcophages sans caractère manifestement chrétien. Ce qui tient lieu de figures sculptées, ce sont les dessins à la pointe, ces graffiti^ dont l'inépuisable variété reproduit, sur les tablettes de marbre des tombes, le cycle presque entier des sujets peints; on ne saurait séparer l'étude des graffiti de celle des peintures sans s'exposer à de continuelles

redites. La mosaïque, à part deux très intéressants portraits (fig. 21), n'a pas laissé de traces notables dans les cimetières chrétiens. Mais Part des catacombes, c'est uniquement la peinture; la peinture a eu l'honneur d'exprimer les premières inspirations chrétiennes, et, malgré des ruines et des pertes irréparables, nous les a transmises dans toute leur pieuse fraîcheur.

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