DIVERS OBJETS EN OS
L'outillage en os devait être considérable à l'époque de la pierre polie. Les ossements fournissaient en effet une matière première facile à se procurer et d'un emploi avantageux. Les instruments qui ont été faits avec l'os ont disparu en grand nombre. Cependant, grâce à ces conditions favorables qu'ils rencontraient dans les grottes, ils s'en est conservé beaucoup. Les spécimens sont peu communs, mais la série présente de la variété. Il nous reste encore à citer divers objets qui démontrent l'exactitude de cette assertion.
Nous avons aussi remarqué et conservé des instruments en os très soigneusement polis, choisis avec beaucoup d'attention qui offrent l'aspect de l'ivoire. Ces instruments ont de 8 à 14 centimètres de longueur. Leur surface est bombée au milieu des deux côtés. Les extrémités sont susceptibles d'être utilisées. Du reste, il est facile d'y remarquer des traces d'usure. Un autre instrument également en os ayant 8 centimètres de longueur affecte la forme d'une spatule. Une grotte sise à Oyes contenait un objet en os rectiligne ayant environ 8 centimètres. Il a été dédoublé par le temps, qui a séparé les surfaces réunies jadis par les cellules médullaires. Une lame très déliée de 6 centimètres est terminée par une pointe fine arrondie. Un ossement pourvu d'un chas à l'extrémité aurait pu servir d'aiguille. La longueur est de 7 centimètres. La force est considérable. L'instrument pouvait être destiné à des usages grossiers. Enfin un ciseau en os de 1 1 centimètres, bien taillé et poli se trouvait aussi dans les grottes. La matière est d'une grande densité, le tranchant bien aiguisé comme un ciseau d'acier pourrait l'être. Plusieurs grottes contenaient des ossements de différents animaux, des cornes de cerf qui étaient certainement des matériaux gardés en réserve pour un emploi ultérieur. Un canon de cheval a été scié avec le silex, il ne reste plus que les deux tiers de ses parties normales. Un autre canon de cheval conservé intact se trouvait dans une grotte très riche en instruments en os. Un ossement de mouton ou de chèvre a été préparé pour faire des grains de collier. Des entailles circulaires profondes dessinent les grains qui ne sont qu'à l'état d'ébauche et encore adhérant les uns aux autres.
Des cornes de cerf entières ont été aussi retrouvées. Elles n'avaient subi aucune altération. — On ne peut leur attribuer aucun rôle funéraire ; l'artisan les tenait en réserve pour les utiliserait besoin.
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P ARURE S
i] ares ou abondants, les ornements personnels se rencontrent toujours dans les lieux où l'homme a longtemps séjourné. Les motifs qui ont inspiré le choix de ces parures nous échappent, et ne sauraient être sûrement indiqués. Il y a lieu de croire que les mêmes raisons n'ont pas toujours présidé à l'adoption des pièces qui devaient servir à orner le costume de l'homme. Dans un degré de civilisation infime, les objets brillants, d'une forme extraordinaire, pouvaient avoir été employés sans être destinés à rehausser l'éclat de la personne. Cependant Théophile Gautier a pu dire : « L'idéal tourmente les natures même les plus grossières. Le sauvage qui se tatoue, se barbouille de rouge ou de bleu, se passe une arête de poisson dans le nez, obéit à un sentiment confus de beauté. 11 cherche quelque chose au delà de ce qui est; il tâche de perfectionner son type, guidé par une obscure notion d'art : le goût de l'ornement distingue l'homme de la brute plus nettement que toute autre particularité. »
M. Joly, dans un ouvrage classique, n'a pas craint d'affirmer bue dès l'âge de la pierre, et surtout de la pierre polie, l'arsenal de la parure est presque au complet, tant le goût des ornements est naturel à l'homme, et plus encore peut-être à la femme *.
Il est assez difficile néanmoins d'admettre que nos grains de collier grossiers étaient adoptés sous la même influence et dans le même but que les ornements d'un goût délicat, qui paraissent les remplacer dans les civilisations plus avancées. Dans les pays où les populations sont particulièrement adonnées aux travaux des champs, il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui remarquent attentivement et recherchent même tout ce qui revêt un caractère insolite dans les productions de la nature. Souvent on voit ces ouvriers observateurs rentrer au village ornés de quelques objets de formes bizarres. Ces dispositions sont plus accentuées chez les peuples qui ne connaissent pas les produits de l'industrie. L'homme de l'époque néolithique, n'ayant point d'autres ressources que celles qu'il trouvait dans la nature, dut s'emparer avec un empressement avide de tout ce qui sortait du cercle des choses ordinaires.
Quelle que soit du reste l'origine des parures, l'usage en est partout répandu, et elles existent dans les temps les plus reculés. Les grottes de nos stations de la Marne en donnent de nombreuses preuves.
L'usage des colliers remonte aux premières civilisations. Les populations néolithiques les connaissaient. Les sépultures ont en effet donné plusieurs de ces ornements. Il n'est point possible d'élever de doutes sur leur existence attestée par des faits multipliés. Leur emploi est également déterminé d'une manière sûre. Ils ont été trouvés en contact avec les vertèbres cervicales ou bien dans des régions très rapprochées du cou. Les sculptures des grottes néolithiques de la station de Coizard fournissent un témoignage irrécusable de l'emploi des colliers. On voit un des sujets qui sont représentés dans les grottes (pi. n) orné d'un collier dont la partie centrale, pendant sur la poitrine, a été coloriée en jaune.
i. Joly, l'Homme avant les métaux, p. 191.
Les grains dont sont formés les colliers appartiennent à deux genres différents. Les uns sont empruntés à la nature : ce sont des produits qui offraient des conditions avantageuses dans leur forme naturelle et qui se prêtaient au rôle auquel ils étaient destinés. D'autres, au contraire, sont le résultat du travail de l'homme qui les a façonnés selon ses désirs et leur a donné une forme qui se répète souvent d'une manière exacte. Ce sont, en un mot, les produits de l'industrie de l'époque; ils sont dus au travail de l'homme.
Parmi les grains de collier de la première classe, nous avons trouvé le Coscinopora globularis (d'Orb.) ovbitolina concava (Parker et Jones). Ce fossile d'une grande dureté appartient au terrain quaternaire et à la craie blanche. Le D' Ri golot a le premier rencontré ces grains à Saint-Acheul, où ils se trouvent en nombre considérable. Leur agglomération les fit regarder comme constituant des grains de collier. Les perforations naturelles avaient inspiré quelques doutes. Cependant rien de plus fréquent que les objets naturellement perforés employés comme grains de collier. Un examen plus attentif découvrit du reste des ouvertures artificielles. Cette circonstance paraissait trancher la question, bien qu'elle ne fût pas rigoureusement nécessaire. « En effet, dit Lyell, j'accorde bien qu'il y ait eu des cavités naturelles dans quelques-uns d'entre eux ; mais il ne s'ensuit pas qu'on n'en ait pas profité pour les enfiler en chapelets et qu'on n'en ait pas percé d'autres artificiellement1. » M. le Dr Hamy partage cette manière de voir. 11 signale en outre l'existence de ces pièces d'enfilage dans d'autres localités. « Ajoutons, dit-il, que des pièces semblables ont été ramassées à Khorsabad, dans les fouilles de Ninive, et que M. Milne Edwards a reconnu dans la collection déposée au Louvre, une espèce au moins identique à celle de nos alluvions profondes. L'usage de semblables ornements s'est maintenu très tard sans doute, car, dans une sépulture de l'âge du feràEquihem, nous avons trouvé, associées à deux rondelles en pâte de verre d'un assez beau travail, deux coscinopores per-