PENDELOQUES
L'usage de ces ornements était très-répandu. On rencontre en effet les pendeloques sous les formes les plus variées. Plusieurs de ces parures provenant des stations de la vallée du Petit-Morin sont en os ou en corne. Elles ont été disposées en cône allongé terminé par une tête ronde et quelquefois par
une ouverture pratiquée avec soin, destinée à les suspendre. Cette ouverture habilement pratiquée n'altère pas la forme géométrique. Nous avons trouvé sept de ces objets surmontés d'une petite sphère aplatie (fig. 52). Un seul spécimen provenant de Vert-la-Gravelle était percé à son sommet. Il se trouvait dans un crâne où il avait été volontairement introduit par le trou occipital.
M. Perrault, dans sa publication : Note sur le foyer de Chassej', a mentionné et représenté une pièce semblable. L'objet est indiqué dans les termes suivants : « Je figure ici, en demi-grandeur, un manche formé de l'extrémité d'un andouiller, qui a été polie avec soin et travaillée de manière à former un bouton terminal parfaitement sphérique 5 c'est évidemment dans une intention d'ornementation que ce travail a été fait1. »
Un autre genre de pendeloque a été aussi trouvé dans les grottes néolithiques de la Marne. Cet ornement est formé des restes fossiles de bélemnites. Les bélemnites sont, comme on le sait, des fossiles des terrains crétacés. Celles qui ont été utilisées dans nos régions appartiennent à la craie blanche, où elles sont assez communes. Les bélemnites ont été diversement travaillées de manière aies approprier à leur rôle. Quelques-unes ont été conservées dans leur état naturel, c'est-à-dire telles qu'on les trouve dans les couches calcaires du pays. D'autres, au contraire, ont été polies soigneusement, ont pris une teinte ambrée et sont pour ainsi dire translucides. Dans cet état, il en est qui ont été percées d'un trou de suspension évasé à ses deux orifices. Celles qui sont ainsi munies d'une ouverture ont été divisées et forment de la sorte un corps demi-cylindrique. La perforation d'une bélemnite entière eût du reste offert de très grandes difficultés. Le moyen de suspension pour d'autres spécimens a été simplifié : il se borne à une rainure destinée à retenir le fil suspenseur. Quelquefois on remarque sur les bélemnites, comme ornementation, uniquement un trait circulaire. Nous avons conservé aussi des bélemnites dont la conformation naturelle avait été profondément modifiée par un travail énergique, qui avait pour but de leur donner la forme de quelques grains de collier réunis. Cette pièce pouvait être portée telle qu'elle existe présentement, ou bien elle était destinée à faire des grains de collier qui devaient être isolés et détachés par un dernier travail.
Il existe aussi des pendeloques composées de différentes
1. Perrault, Note sur un foyer de l'âge de la pierre polie } p. 1 j.
formations minéralogiques d'un aspect extraordinaire, bizarre, ayant des cavités ou des perforations naturelles qui en rendent la suspension facile. Dans ces circonstances, le type est toujours unique et ne fournit que des spécimens isolés.
L'arragonite a aussi fourni la matière d'une pendeloque qui a été trouvée dans une grotte de la station de Ra^et. L'arragonite a une cristallisation qui donne des reflets brillants; il est probable que cette particularité devait la faire rechercher comme nous l'avons déjà dit. Du reste son aspect était de nature à le faire remarquer par les populations néolithiques,
Fig- 53.
qui s'emparaient avec avidité des matières qui leur paraissaient aptes à former un ornement par leur singularité.
Le schiste fut aussi très fréquemment employé pour confectionner un genre de pendeloque qui a été en grand usage et qui paraît avoir joué un rôle considérable. Ces sortes de parures devaient jouir d'une importance marquée dans l'appréciation des populations qui habitaient les stations de la pierre polie dans la vallée du Petit-Morin. Ces ornements étaient conservés avec le plus grand soin. Les accidents qui en altéraient les formes étaient réparés plusieurs fois, comme on peut encore le voir. Lorsque les trous de suspension étaient détruits par l'usage, d'autres ouvertures étaient pratiquées sur un autre point. C'est pour cette raison que ces pièces portent des brèches
et ont été réduites à des proportions bien différentes de celles de la forme primitive. Ces pendeloques n'étaient pas uniquement destinées à servir d'ornement: il y a lieu de croire qu'elles servaient à aiguiser les pointes en os qui étaient alors en usage. La forme primitive de ces objets formait un demi-cercle ou représentait l'arc d'un cercle (fig.$3) et portait une ou deux perforations aux extrémités.
La série de ces objets que nous avons réunie se compose de trente et un spécimens. Vingt-quatre ont deux perforations; six ne portent qu'une perforation et un seul est dépourvu de trou de suspension.
Sur un exemplaire de ces pendeloques, on voit une encoche allant d'un trou à l'autre ; cette rainure est évidemment le résultat du frottement du cordon suspenseur. Une nouvelle preuve de l'usage de porter ces parures ressort de cette particularité.
Deux objets de même forme sont en serpentine. Ils ont un aspect plus ornemental, qu'ils doivent à la matière même. La substance étant étrangère au pays, les pièces de ce genre sont plus rares.
Des objets en schiste de la môme catégorie ont été remarqués dans différentes autres localités. M. de Caix en a découvert à Vauréal, dans les monuments mégalithiques qu'il a explorés1. D'autres ont été trouvés à Meudon, Argenteuil2, Compatis et dans les grottes du Chaffaud (Vienne), à Mizy et à Tours-sur-Marne (Marne)3.
M. Chauvetcite également un de ces objets qu'il a trouvé dans la Charente4.
1. De Caix, Etudes sur quelques monuments mégalithiques de la. v allée de l'Oise, p. 29.
2. De Mortillet, Promenades au musée de Saint-Germain, p. 129 et 130.