Loco cïtato
été trouvé en France, dans un milieu préhistorique de l'époque de la pierre polie. C'est un simple fait. Mais le fait est un jalon. Il signale la présence de l'ambre à une époque où il n'avait pas été remarqué jusqu'à présent.
« On a même prétendu que l'ambre ne se rencontrait pas dans les milieux préhistoriques privés de métaux.
a D'un autre côté, si l'on ne peut considérer cet ambre comme indigène, il met en vue un point géographique où l'ambre, importé des régions du Nord, serait parvenu.
« La nature de l'ambre recueilli pourrait, jusqu'à un certain point, autoriser à le considérer comme indigène, car il est très-pur. En outre, le département de l'Aisne, qui confine avec la Marne, renferme de nombreux dépôts contenant du succin. Cette cosidération n'a pas cependant une grande portée ; caria présence de l'ambre, constatée dans les temps modernes, n'admet pas nécessairement qu'il était connu dans les temps préhistoriques. L'industrie des époques suivantes, qui en faisait un abondant usage, n'en aurait pas, il le semble du moins, si complètement perdu l'usage et le souvenir. Je suis très-autorisé à tenir ce langage, car j'ai trouvé dans des sépultures franques de nombreuses parures en ambre, composées parfois de grains de forte dimension et d'une épaisseur considérable ; cet ambre, à mon avis, n'est pas d'origine française, et il se rencontre dans les mêmes parages que celui trouvé dans le milieu préhistorique. J'ai de plus été en position de comparer cet ambre avec des échantillons d'ambre français, et j'ai noté des différences essentielles.
« Il résulte donc de ce fait que l'ambre se rencontre en France dans les grottes de l'époque de la pierre polie, contrairement aux assertions de plusieurs archéologues. De plus, cet ambre, il y a lieu de le croire, vient du Nord. La région septentrionale delà France offre cette matière dans les sépultures gauloises etfranques. Or il n'en estpasde même dans le Midi. Cependant on devrait le rencontrer dans cette partie de la France, s'il venait de régions plus méridionales, puisque les communications étaient plus faciles et la fréquentation plus ancienne.
« Tout le monde sait avec quelle facilité les cavaliers ger-
mains vinrent au secours des Rémi, lorsque Jules César mit le siège devant Reims. On sait également avec quelle rapidité ils reprirent la route de leur pays après la défaite. N'était-ce pas là le chemin du Nord connu depuis long-temps, par lequel l'ambre était venu en Champagne sans môme passer par la Belgique comme l'ont supposé plusieurs archéologues l ? »
\Jarragonite a été aussi portée comme ornement sous forme de grain de collier par les hommes de la pierre polie, dans les stations de la vallée du Petit-Morin. L'arragonite qui n'est rien autre chose que la chaux carbonatée dure, avec une addition de carbonate de strontiane, est remarquable par ses prismes rectangulaires. Ses cristaux ont de l'éclat sur leurs faces. C'est probablement par ces feux qu'ils ont attiré l'attention. L'arragonite se trouve dans les gypses de l'île de Chypre, des Alpes et des Pyrénées. Les gîtes les plus rapprochés sont en Auvergne dans les terrains volcaniques. On la trouve aussi dans les mêmes conditions en Sicile.
Nous avons remarqué dans une grotte de la station de la Vigne-Basse à Courjeonnet une grande quantité de petites rondelles ou grains de collier en schiste et en nacre mélangés ; ils alternaient dans la parure qu'ils formaient. Nous avons pu en conserver un certain nombre qui sont entiers. Le temps avait profondément altéré ces pièces d'enfilage. La grotte était en effet accessible aux infiltrations, parce que la voûte était tombée ensevelissant tout ce qui avait été déposé sur l'aire delà caverne. Ces grains étaient formés des exfoliations de la partie nacrée d'un coquillage et de lamelles de schiste. Il y a lieu de croire qu'ils avaient été percés et préparés en conservant toute l'épaisseur du coquillage. De môme une couche de schiste avait été arrondie et perforée, ensuite les grains avaient été détachés grâce à la texture lamellaire de la matière minérale. Le travail sur une substance d'une si grande fragilité aurait été très-difficile, presque impossible môme, avec l'outillage imparfait des temps néolithiques. Les grains se trouvaient répandus sur toute la surface du crâne comme s'ils avaient formé une résille. Nous
i. Congrès intern. d'anthrop. et d'urchéol. préhistoriques de Stockholm } p. 811 et 812.
n'aurions pas soupçonné un pareil usage si, depuis, M. Rivière n'avait rencontré des coquilles appliquées sur la tête de l'homme de Menton et n'avait fait connaître cette parure qui devait coiffer la tète à la manière d'une véritable résille1. Quelles que soient du reste les raisons qui motivent la présence de ces rondelles, il est toujours important d'en constater le genre et la situation. L'opinion que nous formulons n'est pas sans fondements. Nous voyons dans l'ouvrage de M. Joly, /' Homme avant les métaux : « Quant aux coquilles d'espèces vivantes ou fossiles, elles étaient employées non seulement à faire des colliers, des bracelets, des anneaux, mais encore à orner des résilles pour la tète, ou les vêtements eux-mêmes, comme on l'a vu chez les hommes de Menton et de Langerie-Basse2. »
Comme objet de parure formant colliers, nous signalerons trois grains en quartz trouvés dans une grotte de la station d'Oyes. Deux d'une parfaite limpidité sont en cristal de roche. Le troisième, transparent, coloré en violet par les oxydes de fer et de manganèse, forme une belle améthyste. Ces grains sont polis d'une manière très imparfaite et portent le cachet de leur origine toute primitive. Ils ont été en outre percés dans leur longueur. Les perforations sont irrégulières, évasées à l'orifice. On voit que le travail a été difficile et très péniblement exécuté. Ces grains sont fort rares, ils constituaient assurément une parure recherchée. 11 est inutile de faire remarquer que le pays ne produit point de cristal de roche. Le gisement le plus rapproché paraît être le Dauphiné; les quartz que nous possédons peuvent venir des roches primitives où ils sont disséminés en petits fragments. La présence de ces objets de luxe, il faut le constater, affirme des relations avec les contrées éloignées. Les ornements en cristal de roche n'ont pas été fréquemment découverts. Néanmoins on a retrouvé un collier, dans un tombeau de la Vieille-Verrerie (Var), qui était orné de deux pendeloques en cristal de roche3.