LES INSTRUMENTS TERTIAIRES
a diversité des opinions exprimées au sujet des silex tertiaires divise les archéologues en deux camps opposés. Les uns ne voient dans les silex préconisés que des jeux de la nature et des formes capricieuses dues à l'action fortuite et aveugle des forces matérielles. Pour ces premiers , l'existence d'une époque archéologique tertiaire n'est même pas un problème, ils se prononcent dans le sens d'une négation absolue. La solution est nette, point de travail humain, partant point d'instruments, point d'outils. D'autres, au contraire, n'admettent pas même la possibilité du doute. Ils présentent avec confiance une série d'objets qu'ils placent au même rang que les instruments des époques postérieures généralement admis sans discussion.
Au point de vue de l'histoire du travail humain , il est indispensable de faire connaître les pièces qui rappellent par leur type les instruments pour ainsi dire classiques, constn tuant l'outillage des époques de la pierre plus rapprochées.
Cette question ne préjuge rien concernant la solution à intervenir. L'insuffisance de la chronométrie géologique ne permet pas aujourd'hui, il est vrai, de dater sûrement les silex tertiaires. D'un autre côté, la comparaison des meilleurs types qu'ils présentent avec les silex travaillés dans la durée de
l'âge de la pierre n'autorise pas plus à leur refuser le rôle d'instruments préparés pour l'usage de l'homme.
Les silex, objets de la discussion, ne sont pas seulement des indices vagues du travail humain, parce que l'observateur y reconnaît des retailles analogues à celles qui caractérisent les instruments en pierre de l'époque la plus perfectionnée. Ils sont des instruments réels, discutables au point de vue de leur origine , il faut bien l'admettre , en présence de la polémique dont ils ont fourni la matière, mais difficiles à renier comme outils, surtout pour certaines pièces. M. l'abbé Bourgeois, qu'une savante réserve dirige dans toutes ses communications, a largement fait pressentir son opinion à ce sujet. Il n'a pas dénommé ni décrit les instruments tertiaires ; ce détail n'était pas, du reste, nécessaire à la démonstration de sa thèse. Il s'est borné à dire qu'il a remarqué la complète identité des types fondamentaux, et que, comme partout ailleurs et comme à toutes les époques subséquentes, ce sont des outils pour couper, percer, racler ou frapper. L'usage de l'instrument est nettement affirmé. L'opinion de M. Bourgeois a une valeur considérable , car il a fait son travail de comparaison avec un soin rare et dans de vastes proportions. Il a examiné, manié tant d'instruments en pierre!
M. de Valroger, dont le témoignage ne saurait être suspect , parle en ces termes de l'auteur de la découverte de Thenay : « Même parmi les observateurs qui se sont dévoués à l'étude persévérante d'une seule localité , il en est certainement bien peu qui puissent offrir une garantie égale à celle que présentait M. Bourgeois. » Aussi dit-il ailleurs : « Je n'ai jamais mis en doute ni la conviction sincère de M. Bourgeois, ni même la vérité possible de son opinion1. »
Les grattoirs signalés parmi les silex recueillis à Thenay ont particulièrement attiré l'attention. Ces grattoirs n'offrent généralement qu'une partie travaillée. Les retailles sont fines ordinairement. Ce ne sont que des éclats de très-petite dimension , qui ont été enlevés le plus souvent sur les bords à l'ex-
i. Revue des questions historiques, 1876, pp. 427 et 429.
clusion des autres surfaces. Cette disposition particulière a souvent suggéré l'idée d'expliquer les cassures par des chocs dont la nature offre de très-fréquentes occasions. Cependant le docteur Hamy n'hésite pas à tirer cette conclusion : « Si, après avoir étudié le travail de ces pierres, on examine les grattoirs quaternaires placés à côté des précédents , l'on retrouve avec une exécution bien plus habile les mêmes formes générales1. »
Précédemment il avait dit que certaines formes choisies parmi les silex de Thenay, comme ayant une plus grande puissance de démonstration, avaient été rangées par M. de Mortillet auprès des types analogues de l'époque quaternaire provenant de la même région, et que ce rapprochement est de nature à lever bien des doutes 2.
Ce qui attire le plus l'attention, c'est la fréquence de ces mêmes types de grattoirs. La physionomie générale est assez frappante , on remarque un ensemble de même origine ; mais nous nous demandons si la ressemblance des pièces est aussi évidente? La nature du silex pourrait facilement expliquer l'imperfection relative du travail.
Le procédé employé pour préparer ces instruments pourrait également expliquer la nuance entre les types des deux époques tertiaire et quaternaire. Quelques archéologues prétendent effectivement que le silex était préalablement chauffé pour faciliter l'enlèvement des éclats. Cette manière d'opérer ne semble pas toutefois avoir été suffisamment étudiée. N'est-il pas nécessaire de rappeler les effets produits par le feu sur les silex sérieusement soumis à son influence? Le silex décrépité se brise irrégulièrement ; c'est lorsqu'il a été réduit à cet état qu'il devient difficile à l'ouvrier d'obtenir la répétition du même type , puisque l'habileté et la volonté sont réduites à l'impuissance par l'état physique de la pierre. On obtient aisément par le feu un silex facile à réduire en mille fragments, mais il est presque impossible d'obtenir des formes répétées