Ibidem } p
3o EPOQUE TERTIAIRE.
et surtout un instrument solide capable de résister au moindre choc. La cassure, résultat de l'étonnement, devient impraticable pour le silex qui a été soumis au feu. Un nucléus trèsremarquable'., faisant partie de la collection des silex de Thenay, n'a pas été chauffé. Les lames qui en ont été enlevées l'attestent, car il serait impossible de les tirer d'un silex décrépité. Le silex chauffé éclate spontanément, et les éclats sont généralement impropres à former des instruments.
Ces observations sont loin de tendre à nier les impressions du feu remarquées sur les silex tertiaires. Ils ont pu parfaitement être craquelés après avoir été taillés. C'est, du reste, l'opinion exprimée par M. l'abbé Bourgeois lorsqu'il déclare qu'il semble que des habitations lacustres , semblables à celles de la Suisse, auraient été détruites par un incendie dans l'ancien lac de Beauce1.
Le grattoir, qui constitue une des plus belles pièces trouvées par M. l'abbé Bourgeois, n'a certainement point été traité par le feu. Ce type de grattoir, trouvé plus récemment, est bien caractérisé et possède une puissance de démonstration supérieure aux grattoirs primitivement recueillis.
Les autres instruments sont des perçoirs, leurs formes sont incontestablement moins expressives. Aussi ont-ils été l'objet de doutes de la part des savants les plus disposés à admettre la découverte. D'autres silex ont été décorés trop pompeusement peut-être du nom de pointe de lance et de flèche. Il ne faut pas oublier, néanmoins, que plus tard des silex coupants ou affilés et peu retaillés ont été employés comme projectiles.
Les percuteurs formant une nombreuse collection, laissent peu apercevoir les traces de l'usage. Il faut une grande attention pour y découvrir ces marques de percussion si faciles à reconnaître dans les instruments similaires des autres époques. Les formes globuleuses ne sont point accusées , on ne voit pas cet effacement des angles résultant des chocs réitérés. Ces instruments, en somme, sont peu caractérisés.
Si l'on veut conserver à ces silex la qualité d'instrument,
i. V Homme tertiaire, par M. l'abbé Bourgeois, p. 4.
il faudrait probablement se ranger à l'opinion de M. de Mortillet, qui les considère comme des casse-tète dont l'emploi était fréquent dans d'autres temps.
Le nucléus trouvé dans les couches miocènes de Thenay pourrait être une démonstration du travail de l'homme, puisque les lames enlevées sont parfaitement attestées par ses facettes bien accusées. Mais ce sont précisément ces lames dont on regrette l'absence dans les terrains tertiaires. Ce nucléus offre parmi les silex tertiaires une physionomie qui le détache et le singularise. Le travail humain s'y affirme , mais avec un caractère différent de celui qui distingue les silex tertiaires en général.
L'outillage tertiaire est, comme on le voit, peu varié, composé de pièces d'une importance infime. Le fait capital se résume donc principalement dans la répétition de certaines formes.
Nous avions depuis longtemps terminé cet exposé de l'époque tertiaire lorsque nous avons lu les lignes qui suivent: « On a découvert depuis vingt ans, dans les terrains meubles qu'on appelle diluviens, quaternaires, tertiaires supérieurs (pliocènes) ou même tertiaires moyens (miocènes), un grand nombre d'objets fossiles qu'on rapporte vaguement à l'homme pour des motifs plus ou moins vraisemblables1. »
Le même auteur, dans une autre publication , semble aussi disposé à considérer les silex tertiaires comme le travail du précurseur de l'homme. En effet, dit-il : « L'idée de ces précurseurs mystérieux du règne humain peut être chimérique, mais elle n'a rien d'hétérodoxe. Elle peut être arbitrairement encadrée dans des théories matérialistes, athées, polygénistes, qui la compromettent; mais elle peut être dégagée de tout mélange funeste, de tout voisinage dangereux'2. »