OBJETS D'ART
L'industrie s'exerçait sur une plus grande échelle. Ce n'était pas seulement pour préparer des objets de première nécessité ou de vulgaires ornements sans importance, il y avait de véritables œuvres d'art. La pierre, l'os, les bois de renne, surtout à l'époque de la Madeleine, étaient remarquablement bien travaillés. Les sculptures, en effet, forment une série trèsintcressante d'objets aussi en os, en ivoire et en schiste. Les dessins sont souvent d'une grande correction. En général ce ne sont pas précisément des sculptures, mais bien plutôt des ciselures obtenues avec la pointe des silex.
La station de Laugerie-Basse a donné un poignard taillé dans un bois de renne d'un travail étonnant. Les formes naturelles de la matière mise en œuvre ont été habilement utilisées. Les bâtons de commandement forment une série d'objets travaillés très-intéressante et d'une grande variété d'inspiration. La station de la Madeleine recelait pareillement de ces instruments ornés de différentes figures d'animaux.
Lartet a mis au jour une quantité considérable de plaques en ivoire, en schiste, portant la représentation de divers animaux, comme l'ours, le mammouth, le renne dans des attitudes inspirées par une observation intelligente de la nature et savamment rendues.
M. Piette, dans les fouilles de Gourdan, a trouvé d'autres pièces traitées avec habileté, qui indiquent énergiquement l'existence d'un art réel1. La femme au renne est encore un autre spécimen remarquable du même art2. Le fameux renne de
i. E. Piette. Sur de nouvelles fouilles dans la. grotte de Gourdan. 1875'.
2, Bulletin monumental '} 1875, p. 758. — Bull. soc. d'anthrop. de Paris^ communie, de M. Piette sur la grotte du Gourdan. — Matériaux pour servir à l'histoire de l'homme.
5o ÉPOQUE QUATERNAIRE.
Thaïngen *, qui a été l'objet de tant d'études spéciales et si bien interprété, appartient à l'industrie de cette époque.
Cet art, qui révèle des connaissances si peu en harmonie avec la civilisation de l'époque quaternaire, a été l'objet de quelques réserves. Mais si l'on veut bien se reporter par la pensée vers les objets semblables que l'on trouve chez les sauvages des temps modernes, il sera facile de se convaincre que la perfection de l'art n'est pas une raison suffisante pour refuser de les attribuer à des peuples encore dans un état primitif. Les comparaisons ethnographiques ont fourni à Sir Lubbock l'occasion de conclure à l'authenticité de ces sculptures. Il dit en effet : « Les Esquimaux sont assez bons dessinateurs », et plus loin : « Ils gravent sur leurs armes et beaucoup d'autres instruments une variété de figures d'hommes, de bêtes, d'oiseaux, etc., ayant une vérité et un caractère qui prouvent que cet art est commun parmi eux. Ils représentent ordinairement les rennes en troupeaux, dans un de ces dessins un homme les poursuit, il porte des souliers à neige ; dans nu autre il s'est approché plus près de son gibier et tend son arc 2 . »-
Les faits relatifs à l'art quaternaire ont été commentés par M. Lenormant : « L'homme, dit-il, qui menait alors dans les cavernes du Périgord, de l'Angoumois et du Languedoc la vie de troglodyte, ne maniait pas seulement la taille avec habileté; il réussissait, avec ses outils de pierre, à fouiller et à ciseler l'ivoire et le bois de renne, ainsi que l'établissent de nombreux spécimens. Enfin, chose plus remarquable, il avait déjà l'instinct du dessin, et il figurait sur le schiste, l'ivoire, l'os ou la corne, avec la pointe d'un silex, l'image des animaux dont il était entouré.
Les espèces qu'on a le plus souvent tenté de reproduire dans ces essais d'un art qu'on pourrait presque dire antédiluvien, sont le bouquetin, l'unis ou bœuf sauvage, le cheval, alors à l'état de liberté dans nos contrées, et le renne, soit
i. Revue archéologique. T. XXVII, 1874, p. 290. — Mittheilungen der antlquarischtn Geselhchaft. Zurich. 1874.