Lubbock. Les origines de la civilisation^ pp. 36 et
isolé, soit en troupe. Une plaque de schiste nous offre une excellente représentation de Tours des cavernes; sur un os, nous avons celle du felis spelœa. Mais, de tous ces dessins à la pointe, le plus surprenant, sans contredit, est celui qui a été découvert dans la grotte de la Madeleine (commune de Turzac, arrondissement de Sarlat) : c'est une lame d'ivoire fossile où a été figurée, par une main fort inexpérimentée et qui s'y est reprise à plusieurs fois, l'image nettement caractérisée du mammouth, avec la longue crinière qui le distinguait de tous les éléphants actuellement vivants. Les troglodytes de cet âge se sont même quelquefois essayés à reproduire des scènes de chasse : un homme combattant un aurochs, un autre harponnant un cétacé, souvenir d'un passage de la tribu sur les bords du golfe de Gascogne, dans le cours de ses migrations nomades. Mais ils ont échoué d'une façon misérable dans ces tentatives pour dessiner la figure humaine.
La plupart des représentations ainsi tracées par les hommes contemporains de l'énorme multiplication du renne dans nos contrées sont fort grossières; mais il en est d'autres qui sont de l'art véritable. A ce point de vue, les sculptures qui ornent les manches de poignards en os exhumés des grottes de Laugerie- Basse et de Bruniquel, sont encore plus remarquables que les meilleurs dessins. Nous citerons le renne découvert à Laugerie-Basse par M. de Vibraye, le rhinocéros trouvé dans la même localité par M. Massénat, la pièce de Bruniquel, où M. de Mortillet a si ingénieusement reconnu le mammouth, et surtout les deux rennes trouvés par M. Peccadeau de l'Isle, dont l'auteur était certainement le Phidias de l'art quater-
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Le renne occupait à l'époque quaternaire un rang distingué. Aussi est-il représenté pour ainsi dire dans toutes les positions. On voit qu'il attirait puissamment l'attention des peuplades primitives. Il était du reste une des principales ressources de l'homme qui ne manquait pas de le célébrer en multipliant ses représentations. Cette disposition favorable
1. F. Lenormant. Les premières civilisations. 1874. T. , pp. 39,40, 41.
qui attachait un si grand prix au renne , semble expliquer l'habileté remarquable avec laquelle les diverses scènes de la vie de cet animal sont reproduites. Ce même talent est loin de briller dans les dessins qui ont la représentation de l'homme pour objet. En effet, dans le même sujet, le renne est représenté avec une grande perfection et l'homme est à peine grossièrement ébauché. Cette différence n'a échappé à personne.
La figure humaine a été plus avantageusement traitée sur un bois de renne de Laugerie-Basse. Un homme poursuit en le chassant un aurochs1. Les attitudes sont naturelles chez le ruminant qui semble épouvanté; quant à l'homme, probablement à cause de la forme du bois de renne, il laisse beaucoup à désirer. Quant au mérite du dessin, il faut le reconnaître, il est tout à fait relatif et l'ensemble est loin d'être satisfaisant. D'autres tentatives ont été faites pour représenter la figure humaine, mais les essais n'ont pas été plus heureux. On cite cependant la figurine en ivoire appartenant à M. le marquis de Vibraye, mais la Vénus de Laugerie-Basse est loin de faire songer à la Vénus de Milo2.
Les statuettes découvertes par M. Dupont, en Belgique 3, et M. l'abbé Landesque dans le Périgord 4 , ne sont pas capables de modifier la réputation d'insuffisance que l'art quaternaire s'est acquise dans la représentation de la figure humaine.
Le renne, dont le rôle est si caractérisé, n'est pas toutefois le seul animal que la sculpture ait pris pour sujet. Le cheval a été représenté fréquemment", l'on connaît aussi le Bouquetin6 provenant de Laugerie-Basse, l'Aurochs7 et le
i. Pozzi. La terre et le récit biblique, p. 171. a. Compte rendu de V Académie des sciences. 1864.