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REGARDES COMME INDICES DU TRAVAIL HUMAIN

A paléontologie humaine, dont les rapides développements embrassent aujourd'hui de si vastes horizons, semble, par de récentes découvertes, devoir encore reculer les limites de son spacieux domaine. Les silex observés dans les couches tertiaires de Thenay ouvrent de nouvelles perspectives.

M. l'abbé Bourgeois, si connu dans la science par son infatigable persévérance, a découvert et signalé au monde savant, des silex dont la forme se rapproche de plusieurs instruments de l'âge de la pierre. Ces indices du travail humain ont été recueillis par lui dans la couche miocène de Thenay (Loir-et-Cher).

L'intérêt de cette étonnante découverte, destinée à exercer une puissante influence, s'est rapidement décuplé par l'émotion qu'elle a causée parmi les savants. Les opinions des géologues et des archéologues se sont énergiquement

partagées à son occasion. Les uns ont admis les faits préconisés par M. l'abbé Bourgeois avec enthousiasme. Les autres les ont récusés avec une insurmontable opiniâtreté. Depuis huit ans environ, les démonstrations, les discussions, se sont succédé avec une animation qui donne la mesure de la gravité du sujet.

Malgré le rang élevé où cette question a été placée et l'intérêt croissant qu'elle inspire, l'observateur calme, sans idées préconçues, qui cherche avant tout la vérité, ne saisit pas encore d'une manière précise le progrès qu'elle a pu faire dans le sens d'une solution définitive généralement admise. L'état de stagnation dans lequel demeure un problème d'une importance hautement proclamée, s'explique par la haute portée des conséquences qui découleraient nécessairement de l'admission des traces de l'industrie humaine dans les couches miocènes.

Les faits se présentaient et s'imposaient aux investigations de la science ; au lieu de les étudier avec tout le soin qu'ils méritaient, des paléontologistes ont envisagé avec une sorte d'épouvante la révolution qui naîtrait de leur introduction dans le domaine de la paléontologie. Les pièces découvertes furent donc négligées et perdirent ainsi leur part légitime de l'attention, qui était détournée vers les résultats prévus du jugement à intervenir en leur faveur.

Quel que soit le sort réservé dans la science à ces découvertes d'une importance évidente, il n'est pas permis de les tenir dans l'ombre. Elles offrent un sujet d'examen et de recherches qui s'impose forcément. En effet, la publicité savante s'en est fréquemment inspirée avec de visibles préoccupations émanant des tendances les plus opposées. Ce retentissement considérable dont elles ont été l'objet leur a conquis le droit de cité dans l'histoire de la paléontologie.

Cette intéressante question des silex tertiaires, si diversement débattue, se place donc naturellement en première ligne dans notre essai d'archéologie préhistorique. Nous espérons ainsi contribuer à vulgariser sa notion. De nouveaux

combattants prendront part à la lutte, et surtout des juges exempts de préjugés et suffisamment éclairés par les débats de ces derniers temps, surgiront pour porter avec impartialité un arrêt impatiemment attendu. L'honneur de prendre part à cette mêlée scientifique n'est pas sans péril, mais le danger ne doit jamais faire déserter l'arène où les intérêts de la vérité sont en jeu.

Pour inaugurer dans ces pages la découverte désormais célèbre des silex tertiaires de Thenay, nous laisserons parler lui-même M. l'abbé Bourgeois. Tout le monde sait combien il porte noblement le drapeau de l'honneur scientifique : « J'ai trouvé, dit-il, au village de Thenay, près Pontlevoy, à la base du calcaire de Beauce, et près des limites de l'ancien lac, une grande quantité de silex taillés par la main de l'homme. J'y ai rencontré les types* ordinaires, c'està-dire des instruments pour couper, pour percer, pour racler, pour frapper. Plusieurs ont évidemment subi l'action du feu, quelques-uns présentent des traces de percussion ou d'usure, comme ceux qu'on recueille à la surface du sol1. »

Cet exposé si clair et si simple tout à la fois se borne, on le voit, à révéler un fait constaté. 11 était difficile de porter à la connaissance d'une réunion de savants, une découverte d'un ordre si élevé, avec des accents plus convaincus et dans un langage plus modeste en même temps.

Précédemment, au Congrès International d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris, M. l'abbé Bourgeois avait ainsi introduit la question : «J'ai signalé, le 7 janvier 1867 (comptes rendus de l'Académie des sciences), l'existence de silex taillés dans le dépôt à Elephas meridionalis de Saint-Prest, là même où M. Desnoyers avait déjà recueilli des ossements qui lui paraissaient avoir été incisés par l'homme. Depuis, j'ai dû naturellement porter mes investigations sur des terrains de date plus ancienne, et c'est le résultat de ces recherches que je me propose de vous communiquer aujourd'hui2. »

1. .M. l'abbé Bourgeois, Mémoire sur l'Archéologie préhistorique } p. 4.

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