‹ L'Archéologie préhistoriqueChapitre 5 sur 131 · V homme tertiaire, par M. l'abbé Bourgeois, p · texte numérisé non relu

V homme tertiaire, par M. l'abbé Bourgeois, p

Alors M. l'abbé Bourgeois décrit avec soin l'état des terrains au point de vue de la stratigraphie, et indique quatre couches différentes où il a reconnu des gisements de silex taillés; puis il ajoute : « J'ai comparé minutieusement ces instruments tertiaires avec ceux que j'ai recueillis en si grand nombre à la surface du sol dans la même contrée, et je n'ai pas tardé à remarquer la complète identité des types fondamentaux... Mais, de même qu'à Saint-Prest, je n'ai pas rencontré la forme classique de Saint-Acheul. »

« Quoique l'aspect général de ces instruments dénote un travail grossier, néanmoins on y observe des retouches fines et faites avec habileté. Pour apprécier le talent des ouvriers primitifs qui les ont fabriqués, nous devons tenir compte de la nature des silex qu'ils avaient à leur disposition. C'étaient des nodules caverneux et à cassure esquilleuse, empruntés aux couches supérieures du terrain crétacé. Les silex à pâte fine et homogène de la craie turonienne à inocérames, qui furent si artistement travaillés pendant l'époque de la pierre polie, et qui sont encore employés aujourd'hui pour la fabrication de la pierre à fusil, n'existaient pas alors dans le pays. C'est pendant la période quaternaire qu'ils ont été amenés sur nos plateaux par les eaux du Cher. »

« Beaucoup de ces instruments ont été déformés par l'action du feu, et conséquemment il faut admettre que l'homme était en possession de cet élément. Je ne puis expliquer par la foudre un phénomène qui se présente avec les mêmes caractères et les mêmes circonstances dans plusieurs localités séparées par une distance de 30 à 40 kilomètres. On dirait que des habitations lacustres, semblables à celles de la Suisse, ont été détruites par un incendie. Ces silex, qui ne sont plus dans leur position originelle puisqu'ils proviennent de la craie, ont été transportés là par une cause quelconque. Pour un grand nombre, on peut invoquer l'action de l'eau, car on y remarque des traces d'érosion ; mais il en est aussi dont les arêtes sont vives et qui, par conséquent, n'ont pas été roulés. Quelquefois les arêtes sont vives à la partie de l'instrument qui devait recevoir le manche, et la partie

destinée à frapper ou à percer a été polie par l'usage. Enfin je trouve là presque tous les signes auxquels on reconnaît l'action de l'homme, savoir : les retouches, les entailles symétriques, les entailles artificielles produites pour correspondre à une entaille naturelle, les traces d'usure et surtout la reproduction multipliée de plusieurs formes. »

« La présence des silex taillés à la base du calcaire de Beauce est un fait étrange, inouï, de haute gravité, mais un fait indubitable pour moi1. »

Parmi les objets qui ont encore attiré son attention comme indices de l'existence de l'homme, M. l'abbé Bourgeois mentionne un galet, composé d'une pâte artificielle mélangée de charbon, trouvé associé à des ossements de mastodonte et de dinothérium dans une couche exempte de remaniement.

D'autres observations, qui ont été faites dans les mêmes terrains miocènes, établissent que les silex tertiaires de Thenay sont mêlés dans les strates à des coquilles perforantes. Cette association est caractéristique ; car elle indique un ancien rivage où le gisement de silex s'explique fort naturellement. Il est facile de reconnaître aussi une frappante infériorité dans le travail des silex relativement à celui des dépôts quaternaires de la même région. Enfin, M. l'abbé Bourgeois termine ainsi : « Quand ces faits auront été constatés par d'autres plus autorisés que moi, quelles conclusions devronsnous en tirer relativement à l'ancienneté de l'homme ? Au point de vue purement scientifique, la question me paraît impliquer de nombreux mystères, et je crois que nous ne devons rien affirmer sans la plus grande réserve. En effet, je crois pouvoir dire que nous ne possédons pas encore de chronomètres certains. »

Cette communication si calme fut, pour ainsi dire, le signal d'une profonde agitation parmi les géologues et les archéologues.

Les silex considérés comme ouvrés avaient-ils été certainement taillés de la main de l'homme? Des spécialistes

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