Bull. Soc. d'anthrop. de Paris, IIe série, t. IX, p
La pratique de la trépanation et l'habitude de porter des fragments crâniens ne sont pas circonscrites exclusive-
Fig. 28.
ment dans la période néolithique. Les populations gauloises de la Champagne avaient conservé ces coutumes longtemps après. Nous possédons deux rondelles crâniennes qui étaient suspendues à un torques trouvé dans une sépulture gauloise
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à Wargemoulin (fig. 28). La collection de M. Morel, àChâlonssur-Marne, renferme aussi des amulettes crâniennes de la même époque. Une de ces pièces est en forme de trèfle. Elles proviennent des cimetières gaulois de Vatry et de Wargemoulin J (Marne). Il est tout à fait digne de remarque que les sépultures de Wargemoulin aient ainsi donné trois amulettes crâniennes.
M. de Mortillet cite aussi une amulette gauloise de même nature provenant de la Marne et conservée au Musée de Saint-Germain2.
Notre attention, depuis longtemps attirée par ces os crâniens travaillés, n'avait pu laisser échapper les rondelles crâniennes de l'époque gauloise. Ces pièces nous paraissaient un prolongement de la coutume que nous avions constatée dans les temps néolithiques. Nous nous sommes empressé d'en signaler l'existence à la Société d'anthropologie de Paris. Dans la séance du 2 mars 1876, nous disions: « La coutume de porter des amulettes crâniennes, si énergiquement accusée en Champagne à l'époque de la pierre polie, ne saurait plus faire l'objet de la moindre réserve, en présence de nombreux faits constatés. Dans le mois de novembre dernier, une nouvelle grotte que j'ai ouverte à Coizard a donné trois de ces amulettes crâniennes, percées de deux trous, et, de plus, un fragment crânien portant les traces évidentes de l'instrument qui l'avait détaché du crâne, mais encore à l'état brut.
« Cet usage n'est pas exclusivement propre à l'époque néolithique, il se retrouve à l'époque gauloise. J'ai l'honneur de vous présenter le dessin d'un torques gaulois trouvé à Wargemoulin (Marne) dans une sépulture gauloise. Il porte, suspendu par un fil de laiton, un fragment crânien où trois perforations ont été pratiquées. Ce même collier portait, de plus, un autre fragment crânien de plus petite dimension affectant la forme triangulaire. Ce dernier est percé d'un seul trou. Le fil métallique suspenseur a été détruit par l'oxydation. M. Morel, de
t. Bull. Soc. d'anthrop. de Paris. 1876, p. 125. 2. De Mortillet, Amulettes gauloises. 1876, p. 125.
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Châlons; a aussi recueilli clans des sépultures gauloises de la Champagne d'autres fragments crâniens qui sont conservés dans sa collection. Voilà donc des faits qui paraissent autoriser à considérer l'habitude de porter des amulettes crâniennes comme établie parmi les populations gauloises de la Champagne1. »
Après cette courte communication, M. Broca fit remarquer que ces amulettes étaient les seules de ce genre qui avaient été rencontrées jusqu'alors en France. Plus tard M. de Mortillet signala les amulettes de M. Morel et du Musée de Saint-Germain.
Les faits mentionnés dans ce chapitre établissent que la trépanation était pratiquée pendant la période néolithique ; que les os du crâne humain étaient l'objet d'un travail méthodique, soumis à certaines règles fixes dont l'observation reproduisait fréquemment les mêmes types.
La coutume de porter des fragments crâniens comme amulettes ne ressort pas moins des nombreuses découvertes relatées précédemment. Enfin il résulte des premières études qui ont été faites sur ce sujet que les rondelles crâniennes, les fragments crâniens, étaient affectés à un usage religieux et symbolisaient vraisemblablement des croyances en une autre vie.
Nous trouvons ainsi dans ce nouveau sujet d'études, à peine exploré jusqu'à ce jour, la révélation de plusieurs traits caractéristiques des mœurs, des croyances des tribus néolithiques dont l'existence enveloppée d'obscurité pique si vivement la curiosité.
La question relative à l'existence de la trépanation et des pièces crâniennes fut assez mal accueillie dans ses débuts. Elle dut subir les épreuves d'une fort dure quarantaine dans certaines régions de la science archéologique. Nous-même nous avons dû essuyer des sévérités dont le souvenir nous est très agréable. Mais les préjugés se sont dissipés insensiblement; le succès si brillant obtenu au Congrès de Buda-Pesth lui a conquis