Loco citatOj p
3i6 LES HACHES POLIES.
lement encore dans nos contrées, ont été importés par les peuplades qui, selon les plus anciennes traditions, émigrèrent du continent asiatique pour pénétrer dans les diverses parties de l'Europe. La présence de ces objets sur le sol de notre continent serait, à leur avis, une preuve matérielle à l'appui des inductions morales tirées de la tradition et des données historiques.
Cette hypothèse n'est pas dénuée de vraisemblance; mais elle a trouvé des contradicteurs. D'autres archéologues considèrent comme plus probable : i° que les peuples répandus sur les divers points du globe, dans les temps préhistoriques, ont façonné les instruments à leur usage avec les seuls matériaux que mettait à leur disposition la nature minéralogique des terrains placés dans leur rayon d'activité: 2° qu'il a dû exister en Europe un ou plusieurs gisements de jade-néphrite et de jadéite. Si ces gisements ne se retrouvent plus actuellement, c'est parce qu'ils ont été épuisés par les hommes de ces premiers âges du monde, ou bien parce qu'ils ont disparu, ensevelis sous des éboulis ou des alluvions nouvelles; qu'enfin des recherches poursuivies avec attention et persévérance pourront les faire retrouver sur les terrains qui les recèlent encore1.
En présence de cette divergence d'opinions, il reste toujours vrai que les haches en roches étrangères au pays où elles se trouvent indiquent des rapports entre les diverses peuplades. Il n'y a pas à douter des relations commerciales, sinon pour les contrées lointaines, au moins pour les populations néolithiques de l'Europe.
Les haches qui sont ordinairement considérées comme les principaux témoins de l'âge de la pierre ont été retrouvées dans quelques circonstances avec des instruments en métal, et ces particularités ont paru suffisantes pour nier l'existence de l'âge de la pierre. Les stations de la vallée du Petit-Morin suffiraient pour attester une période pendant laquelle le métal était inconnu. Ces nombreuses grottes intactes dont les parois ont été retaillées avec le silex, ne contenant que des instruments en
i. Matériaux pour servir à l'histoire de l'homme, p. 503 et 504. 1878.
pierre ou en os, excluent énergiquement la connaissance des métaux.
Au Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences, tenu au Havre, M. le Dr Hamy a démontré que les nègres eux-mêmes avaient eu leur âge de pierre. « Se basant sur ce que les nègres ont connu et utilisé le fer depuis la plus haute antiquité, l'égyptologue Ebers a émis l'idée qu'ils n'avaient pas passé par l'âge de pierre. Idée fausse 5 évidemment les nègres doivent avoir eu un âge de pierre. Cela est prouvé par la linguistique. Dans diverses langues ou tout au moins idiomes de l'Afrique centrale, hache et pierre sont désignés par les mêmes mots, ou par des mots à peu près identiques. L'observation directe des faits vient confirmer cette déduction de la linguistique. Au musée de Copenhague, il y a trois haches en pierre polie de l'Afrique. Il y en a également trois au musée de Leyde. Toutes les six proviennent de la côte d'Acra. Ce qu'il y a de très-curieux, c'est que ces haches, d'après les étiquettes du musée de Copenhague, sont appelées haches de Dieu et, d'après celles du musée de Leyde, pierres de foudre. Il n'existe donc plus chez les nègres de souvenir de l'emploi de ces instruments, et on les a considérés là, de même que chez nous, comme des amulettes ou des produits du tonnerre. Lubbocka également signalé des haches polies provenant d'Acra. Le Muséum de Paris possède aussi trois haches polies provenant du haut Sénégal. L'une d'elles en minerai de fer, mais en minerai employé comme roche et non comme métal, a été donnée dans le pays à M. Regnault, comme tombée du ciel. M. Hamy montre le moulage des trois haches du Muséum, en avançant qu'elles ont des formes étrangères à l'Europe.
« La linguistique, d'après M. Hovelacque, suffirait seule pour établir l'âge de la pierre chez les nègres, où le mot pierre et hache est le même, comme dans nos langues indo-européennes l. »
L'existence d'un âge de pierre dans des pays où le fer fut si anciennement connu ne permet pas le doute pour les régions