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Marquis de Nadailhac, L'ancienneté de l'homme

marche pas de pair avec la compétence. Il est, du reste, impossible, en lisant plusieurs thèses contraires aux silex découverts par M. l'abbé Bourgeois, de ne pas se heurter contre les preuves (Tune précipitation qui nuit puissamment à la considération que l'on voudrait avoir pour l'opinion de quelques opposants. 11 faut le répéter avec M. l'abbé Bourgeois : « Ainsi qu'il arrive toujours, les plus ardents pour la négation furent ceux qui ne vinrent pas voir1.»

L'action du feu remarquée sur un grand nombre de silex, par l'auteur de la découverte, a été également l'objet de vives discussions. Quelques paléontologistes refusent de voir l'intervention du feu, ou au moins de reconnaître que ce feu avait été allumé par l'homme. Leur répugnance ne saurait s'expliquer que par l'idée exagérée qu'ils ont conçue de l'importance de la possession de cet élément. Mais le feu n'est pas chose si extraordinaire, ni si difficile à rencontrer dans la nature. Combien de causes ne peuvent-elles pas le produire et ainsi le livrer à l'homme, auquel il serait facile de le conserver? Sous un autre point de vue, il faut bien le reconnaître, les traces de feu pourraient s'expliquer par des incendies déterminés par la foudre, le frottement, la percussion ou une concentration accidentelle des rayons solaires. Ne peut-on pas aussi supposer des combinaisons chimiques dans le gigantesque laboratoire de la nature? On aurait ainsi de puissants foyers de calorique capables d'agir sur les silex. L'étendue des gisements ne répugne pas absolument à ces hypothèses, car les silex ont pu être chauffés sur un point, puis transportés par les eaux, et disséminés dans les couches où ils sont déposés. Toutefois, il importe de remarquer que de bons esprits n'ont pas hésité à reconnaître, dans les silex craquelés, une preuve que l'homme était en possession du feu.

Le terrain considéré stratigraphiquement a aussi donné lieu à plusieurs remarques. En effet, la couche de calcaire de Beauce qui recouvre les strates pliocènes, miocènes et

i. Congrès International d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques. Bruxelles, 1872, p. 82.

éocènes, ne se développe pas sur les assises où les silex ont été recueillis jusqu'à présent. 11 semble qu'il existe là une garantie de moins. La présence des silex devient susceptible de plusieurs interprétations, et ne revêt pas un caractère aussi indiscutable aux yeux de quelques géologues. L'observateur rigoureux est tenté de se demander si les silex auraient pu pénétrer, par différentes causes, dans la couche qui les renferme. Enfin les couches tertiaires elles-mêmes ne présentent pas, de l'avis de plusieurs savants, cette puissance de développement qui seule saurait les mettre au-dessus de toute discussion.

Quoi qu'il en soit, les indices de l'existence de l'homme dans les terrains tertiaires ont attiré l'attention d'un grand nombre d'archéologues. La lutte est engagée et se continue, les uns militent pour démontrer les faits 5 les autres combattent pour les atténuer et leur refuser toute valeur scientifique.

La solution de ce grand problème encore à l'étude pourra se faire attendre longtemps. Les annales de la science ont enregistré les phases progressives de la découverte de M. Boucher de Perthes; on sait tout ce que cet observateur convaincu dut soutenir de contradictions. Les silex tertiaires sont étudiés avec un soin persévérant. La dignité de la science est engagée, des faits d'une aussi haute portée s'imposent et ne souffrent pas l'oubli.

L'initiative de cette vaste discussion appartient à M. l'abbé Bourgeois. C'est à lui que revient le mérite de la découverte, et surtout l'honneur d'avoir réuni les éléments destinés à donner à ses recherches la place qui leur convient dans la science. Cependant d'autres ont pareillement signalé des observations faites dans le même ordre de choses.

M. Desnoyers a, depuis longtemps, saisi le monde savant du résultat de ses recherches sur les ossements provenant des strates pliocènes de Saint-Prest. Des ossements, en quantité notable, appartenant à l'Elephas meridionalis, à l'Hippopotamus major, au Rhinocéros leptorhinûs, à plusieurs ruminants, darmi lesquels le Megaceros carnutorum, portaient des

entailles, des traces d'incision, d'excoriation ou de choc et différentes stries. Ces traces, selon la description donnée par le savant géologue, paraissaient tout à fait analogues à celles que produiraient les outils de silex tranchant à pointe plus ou moins aiguë, à bords plus ou moins dentelés. De l'avis de Sir Lubbock, quelques-unes de ces traces, au moins, semblent d'origine humaine; cependant il ajoute : Dans l'état actuel de nos connaissances, je ne serais pas prêt à affirmer que ces traces n'ont pas pu être faites d'une autre façon1. Quoi qu'il en soit, les incisions sur les ossements des animaux ont attiré l'attention des paléontologistes et ont paru dignes des préoccupations des savants. A Saint-Prest, les ossements incisés ont une signification plus importante qu'ils empruntent à la présence des silex qui les accompagnent.

M. Ribeiro, chef des travaux géologiques de Lisbonne, a présenté au Congrès de Bruxelles, en 1872, des silex portant des retailles, trouvés dans les terrains miocènes et pliocènes du Portugal. Le savant géologue a fait un remarquable exposé de sa découverte, et donné des détails stratigraphiques pleins d'intérêt. Les silex, qu'il considère comme des instruments préparés par l'homme, n'ont pas obtenu le même succès. M. l'abbé Bourgeois a reconnu un seul de ces silex comme travaillé. M. Franks en a admis plusieurs qu'il regarde comme taillés de main d'homme.

Les gisements qui recèlent ces silex ont été l'objet de réserves de la part des archéologues. Cette attitude n'a rien qui doive influer sur le jugement à porter. Quant à M. Ribeiro qui a examiné les terrains, l'authenticité du gisement ne fait pas le moindre doute pour lui.

M. le baron von Ducker a plusieurs fois provoqué l'attention des savants, sur des ossements d'animaux qu'il croit avoir été brisés par l'homme. 11 affirme avoir trouvé dans le terrain miocène de Pikermi (Grèce) des ossements brisés artificiellement. Ces os portent les traces d'une cassure méthodique pratiquée pour extraire la moelle. La grande

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