LES LANCES
Huit spécimens représentent la lance dans nos grottes. La lance est, comme on le sait, une arme caractéristique de l'époque néolithique. Les lances sont formées d'un éclat de silex détaché d'un nucléus et présentant un côté lisse sans retailles et un autre côté soigneusement travaillé. La partie finement ouvrée offre dans plusieurs exemplaires des points qui ont été polis. Ce travail de polissage se remarque surtout sur l'arête médiane,
La plus longue tète de lance, provenant des grottes de Villevenard, station de la Vigne-Basse, a 21 centimètres de longueur. Elle est en silex micacé du Grand-Pressigny (Indreet-Loire). C'est encore là une nouvelle preuve des relations qui existaient entre les différentes tribus de la période néolithique. Une partie considérable de cette arme est recouverte d'une patine bien accentuée que 1 on ne trouve point ordinairement sur les silex du Grand-Pressigny. Il y a lieu de croire que la tête de lance se trouvait placée dans un milieu favorable à la production de cette patine et qu'elle a ainsi revêtu un caractère inconnu au Grand-Pressigny. L'extrémité opposée à la pointe a été polie par l'usage. Il y aurait lieu alors de supposer qu'elle avait été employée comme poignard. Cependant le frottement de cette extrémité contre la hampe aurait pu à la rigueur produire ces traces d'usure. Cette arme revêt parfaitement tous les caractères signalés dans les définitions qui ont été données de la tête de lance. On voit parfaitement que l'éclat a été enlevé sur un nucléus et que la surface opposée au bulbe de percussion a seule été retaillée.
Les têtes de lance de la dimension que nous avons indiquée plus haut sont très-rares. Cependant diverses publications archéologiques ont décrit plusieurs pointes de lances trouvées
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Fig- 45-
dans différentes grottes : la lance de Villehonneur ; une autre trouvée en Touraine; M. de Caix de Saint-Aymour en a fait connaître deux. Toutefois ces armes ne sont pas aussi grandes que celles dont nous venons de parler. Il en est de même de
plusieurs autres que les Matériaux pour servir à l'histoire de l'homme ont successivement mentionnées.
Les autres têtes de lance de nos stations n'atteignent pas les proportions exceptionnelles que nous venons de citer. L'une d'elles en silex noir d'eau douce, provenant de la station du Trou-Blériot à Courjeonnet, mesure 16 centimètres. Cette remarquable pointe de lance ressemble beaucoup à celle trouvée à Sordes par M. Louis Lartet. M. de Mortillet la faisait connaître de la manière suivante : « Il y a entre autres une pointe de lance, dont la plus grande largeur, vers la base, n'atteint pas 3 centimètres, et qui pourtant est longue de 16 centimètres. La base est triangulaire, le sommet fin et délié, la taille est comme faite à coups de gouge; une arête vive suit tout le dos, la section étant triangulaire. Mais ce qui surtout caractérise cette pièce, tout à fait exceptionnelle, c'est qu'elle est très-finement dentelée sur les bords et polie sur la surface plane. Fait singulier, une pièce tout à fait analogue, quoique un peu moins bien taillée, a été découverte par M. Joseph de Raye dans les souterrains-sépultures de la Marne1.»
La station de Ra^et, à Coizard, a donné aussi une tète de lance d'une forme beaucoup plus déliée, d'un travail finement exécuté. Les bords de cette arme sont retaillés avec une grande régularité et sont pour ainsi dire dentelés. Une patine blanche qui la recouvre entièrement lui imprime un cachet d'une nuance insolite. La figure 43 reproduit cette tète de lance dans sa grandeur naturelle.
Moins longue, mais d'une épaisseur extraordinaire à sa base et sur toute son étendue, d'une force exceptionnelle, la quatrième tête de lance constitue un type spécial. Cette tête de lance revêt donc une puissance susceptible de résister à des chocs violents.
Une autre lance d'environ 12 centimètres, composée d'un silex de formation d'eau douce de provenance locale, n'a pas été retaillée avec autant de soin. L'instrument est privé de sa pointe.