LES GRATTOIRS
Les grattoirs qui se rencontrent si fréquemment à la surface du sol ne se rangent pas d'une manière tranchée dans la catégorie des instruments ayant un rôle funéraire, dans nos grottes sépulcrales. En effet, le grattoir court, arrondi, de forme discoïdale, se trouve en grande quantité dans les ateliers et sur les plaines fréquentées par les tribus néolithiques. Au contraire, les grottes nombreuses de la vallée du Petit-Morin
n'ont donné que quatre de ces instruments. Il résulte de ces faits que les grattoirs, répandus sur la surface du sol, ne se trouvent que d'une manière exceptionnelle dans nos grottes.
Les grattoirs de forme allongée sont plus abondants. Cette particularité seule pourrait faire pressentir un emploi différent. Leur forme rappelle, dans une certaine mesure, les couteaux, malgré leur épaisseur qui est beaucoup plus considérable. L'extrémité, arrondie par les retailles, présente des traces d'usure qui ressemblent à une sorte de polissage. Ces instruments sont parfois munis vers le milieu de deux entailles parallèles destinées à en rendre le maniement plus facile. Les grattoirs de ce genre fournissent des spécimens qui ont été employés des deux côtés. Dans ces circonstances, il devient évident que la queue opposée à la partie discoïdale n'était pas destinée à recevoir un emmanchement.
Nos grottes ont fourni aussi deux grattoirs d'une autre forme (fig. 44). Ils méritent sous plusieurs rapports d'être
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signalés à l'attention des archéologues. Ce sont, comme il est facile de le voir, des silex retaillés de forme oblongue pourvus d'une échancrure à chaque extrémité. Ces instruments ont d'abord été remarqués dans l'atelier du Grand-Pressigny ; ils
furent désignés sous le nom de la localité où ils furent trouvés. Dans la suite, d'autres spécimens furent rencontrés dans divers autres ateliers ou mieux à la surface du sol. Dans ces conditions, les instruments isolés n'avaient aucune date. Plus tard, leur présence dans les grottes de la vallée du Petit-Morin où ils étaient associés à des haches polies fut un motif sérieux de les classer naturellement dans l'outillage néolithique. L'abbé Bourgeois désigne ces instruments sous le nom de racloirs. « Ce sont, dit-il, des lames larges, retouchées sur les bords, avec une entaille à chaque extrémité. Cette forme, que je proposerai de nommer type du Grand-Pressigny, est commune et très-bien caractérisée dans cette station1. »
Les grattoirs sont généralement considérés comme ayant servi à la préparation des peaux. C'est par suite d'un rapprochement ethnographique que cet emploi leur a été attribué. On sait en effet que les Esquimaux en font encore usage aujourd'hui. La variété des formes ne répugne nullement à l'admission d'un rôle multiple, varié. M. Evans, tout en concluant que, malgré la diversité possible des emplois, le terme de grattoir leur est très-justement appliqué, n'exclut pas la multiplicité des rôles auxquels ils étaient affectés. « Ces instruments servent, dit-on, à racler les peaux, usage pour lequel ils paraissent très-propres, si l'on pose verticalement sur la peau la face plate de la pierre. Toutefois les manches sont mieux adaptés pour pousser les grattoirs en avant sur une surface plane et, à en juger par l'usure des manches, on doit les employer de cette façon. Sir Edward Belcher les appelle des rabots, et il m'a affirmé que les Esquimaux s'en servent pour fabriquer leurs arcs et d'autres objets en bois.
« Les Pennacooks de l'Amérique septentrionale se servaient d'un grattoir à bords droits pour racler les peaux, et, bien que chez les Esquimaux certains de ces outils aient pu servir de rabot, il est certain que beaucoup ont servi à la préparation des peaux.
« D'ailleurs, soit que les instruments tenus verticalement
1. Abbé Bourgeois, Mémoires sur l'archéologie préhistorique. 1873, p. 14.
servent de grattoirs, soit que tenus horizontalement ils servent de rabot, le terme grattoir leur convient admirablement, et il n'y a pas de raison pour ne pas donner le même nom aux antiques outils qui leur ressemblent, d'autant que les bords de ces derniers sont, dans bien des cas, comme nous le verrons tout à l'heure, usés de façon à indiquer qu'ils ont servi à racler ' . »