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L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usage

Le prêtre , en sa qualité même de prêtre catholique , est nécessairement Thomme du pdssé, comme il est essentiellement rhomme du présent et de V avenir. Jésus-Christ , dit saint Paul ( Heb. xiii , 8 ) , était hier, il est aujov/rd'hui et il sera dans tous les siècles. Et ce caractère du Sauveur est aussi le caractère du sacerdoce chrétien qu'il a fondé en son Eglise. Le ministre protestant , comme tel , n*a rien à voir , rien à étudier dans l'antiquité religieuse. Sa foi , ou plutôt son opinion religieuse , n'est que d'aujourd'hui , puisqu'il en est réduit , par la force même du principe du libre examen , à un individualisme pur. Il n'en est pas de même du prêtre catholique ; il est , par état , le dépositaire-né des traditions apostoliques ; il n'est qu'un anneau de cette chaîne auguste de pontifes et de prêtres , qui part du Golgothaet va, à travers les siècles chrétiens, aboutir à la grande vallée AeJosaphat ou du jugement. Hier , il a reçu des siècles écoulés tout ce qu'il transmet aujourd'hui aux siècles futurs. Pour lui, Yave- '^'ir existe déjà dans le passé de son Eglise. Or , le passé du catholicisme n'a pas été seulement écrit dans le Livre par

excellence , qui contient l'ancien et le nouveau Testament , dans la Bible ; il n'a pas été simplement formulé dans les sublimes et immortels ouvrages de ses Pères et de ses Docteurs , dans la Tradition écrite ou orale; mais il a été buriné sur l'airain des médailles , et sur l'or et l'argent des vases sacrés ; il a été gravé sur les pierres des tombeaux , sculpté sur les monuments religieux , et reproduit par la peinture et la mosaïque sur les parois des vieilles basiliques. Dès les premiers âges du christianisme , I'art a été appelé à transmettre , comme la parole et I'egriture, les enseignements sublimes du Sauveur ; à composer avec le bois , la pierre , les métaux et les couleurs , une grande Bible et un vaste Catéchisme à l'usage de tout le monde , du savant et de l'ignorant , du pauvre comme du riche. Car tous ont droit à se désaltérer , selon leurs besoins , aux sources limpides de la doctrine catholique.

Mais présenter l'Archéologie chrétienne sous ce point de vue , n'est-ce pas dire que le Prêtre qui , par état , est obligé de consumer sa vie entière à méditer et à approfondir les Saintes Ecritures, à nourrir son intelligence et son cœur de la moelle si substantielle des immortels ouvrages des Pères de l'Eglise , ne saurait convenablement négliger l'étude des monmuents religieux des siècles passés , de ces monuments remarquables qui , par leur symbolisme profond , et leur ichonographie merveilleuse , ne sont qu'une admirable traduction, aussi fidèle que pittoresque , de l'Ecriture et de la Tradition , un témoignage visible , palpable , irrécusable de l'antiquité et de la perpétuité de nos dogmes divins? La chose ne peut être douteuse que pour ceux qui ignorent encore quelles sources abondantes de précieux matériaux l'Archéologie chrétienne offre aux théologiens , pour la défense des doctrines catholiques. Mais qui ne connaît aujourd'hui , au moins parmi les Prêtres , le parti admirable que les Mamachi , les Perrone , les Marchi , les Gerbet , les Guéranger , etc. , ont su tirer des antiquités religieuses ?

D'ailleurs , le Prêtre est le gardien intéressé des monuments religieux. C'est lui qui préside communément , sous la haute surveillance de son Ëvéque , à la construction , aux réparations, à Tameublement et à la décoration de son église. Gomment pourra-t-il le faire d'une manière intelligente et convenable , s41 ne connaît pas même les premiers éléments de V Archéologie sacrée? Comment, sans le secours de cette science, pourra-t-il comprendre le style, Tâge, la valeur artistique et les richesses archéologiques du vieux temple qu'il dessert? Comment appréciera-t-il, à-peu-près au moins, la valeur parfois très-considérable de certains ornements , de certains meubles , vases sacrés , reliquaires et autres antiquités que renferme peut-être sa vieille sacristie? Ne sera-t-il pas souvent dupe des offres prétendues avantageuses et économiques d'un décorateur nomade et sans talent , ou des roueries lucratives d'un habile brocanteur , qui exploiteront adroitement son ignorance et sa simplicité aux dépens des intérêts de sa fabrique ou au détriment de l'art chrétien dans son église? Que de bévues énormes et impardonnables nous sont signalées , chaque année , par les bulletins du Comité des Arts , et qui auraient pu être facilement évitées par nos chers confrères , s'ils avaient étudié un peu sérieusement l'Archéologie sacrée !

Et puis , le Prêtre n'est-il pas quelquefois obligé 4e voyager, . soit en France, soit à l'Etranger? Et alors, quel immense intérêt pour lui de pouvoir comprendre , analyser et étudier avec méthode et intelligence les monuments remarquables qu'il rencontre sur son passage? de pouvoir les classer , déterminer leur âge et leur caractère, en saisir tous les rapports avec l'histoire de l'art chrétien , avec l'ordre hiératique de la liturgie, avec les règles du symbolisme catholique, etc.? Négliger donc l'étude de l'Archéologie , ce serait se priver tout-à-la-fois et de précieuses ressources pour la religion, et de jouissances aussi nombreuses que variées pour soi-même. Mais l'étude de l'Archéologie est aujourd'hui trop répandue , même parmi les laïques un peu instruits ; le mouvement

vers rhistoire et les arts du moyen-âge est trop prononcé partout, pour que les ecclésiastiques puissent y demeurer étrangers ou indifférents , sans que Thonneur sacerdotal n'en souffre quelque atteinte fâcheuse , vis-à-vis des gens du monde. Le temps n'est plus où nos vieux monuments catholiques n'excitaient que le dédain et le mépris. L'engouement pour les idées et les formes païennes tombe et s'affaiblit tous les jours ; une grande réparation a commencé et elle s'accomplira. Il y a , en effet, à peine quarante ans, que l'anàthème passionné, lancé par l'hérésie et la philosophie contre le moyen-âge, pesait encore de tout son poids sur ces siècles si indignement calomniés , et dont pourtant la foi était si vive et si généreuse , et le génie si puissant et si fécond. On persistait encore à nous les montrer comme des siècles d'affreuse ignorance et de profonde corruption. Quelques voix isolées osaient à peine faire entendre une craintive protestation contre cette conspiration non moins anti-nationale que anti-catholique.

Enfin , Chateaubriant parut avec son immortel Génie du Christianisme. Et, dès-lors, une réaction, bien tardive il est vrai , mais puissante et énergique , se manifesta dans les hautes régions de la science , de l'histoire et de l'art. Et aujourd'hui tout nous porte à croire à une éclatante et complète réhabilitation des grands siècles qui nous ont donné saint Grégoire vu et Innocent m , Charlemagne et saint Louis , saint Bernard et saint Thomas d'Aquin , Godefroid de Bouillon et le Dante, etc., etc., qui ont créé les magnifiques cathédrales de Reims, de Paris, d'Amiens, de Strasbourg, etc., etc., tous ces monuments admirables qu'on n'entend plus appeler , par dérision , du nom dédaigneux de gothiques , mais que l'on se plaît à regarder généralement comme les plus beaux types de l'art catholique et national , comme de glorieux témoins de la foi et du génie de nos illustres ancêtres. Et nous espérons bien que ce ne sera pas là un engouement passager et une simple affaire de mode, quin'abou-

tira à rien de sérieux et de stable. Le mouvement est parti de trop haut pour qu'il s'arrête devant quelques vieux préjugés; l'histoire , Tartet la poésie, représentés par les homtnes les plus éminents , ont concouru et concourent encore trop puis samment à cette œuvre de réhabilitation^ pour que nous ayons à craindre le triomphe des idées païennes de la Renaissance.

Le gouvernement lui-même, mieux éclairé , encourage aujourd'hui le retour aux vieilles traditions du moyen-âge. Les artistes les plus distingués lui consacrent leurs veilles et leurs talents. Mais ce qui lui assure surtout un triomphe complet et final, c'est que le clergé, si fort intéressé d'ailleurs à faire connaître la salutaire et puissante influence des doctrines catholiques sur tous les éléments civilisateurs de la société , a apprécié convenablement ce mouvement providentiel , s'y est généreusement associé , et a compris admirablement que c'était à lui à le diriger et à le féconder. Lui seul , en effet , peut lui donner la vie et lui promettre l'avenir. Un art aussi éminemment religieux que celui du moyen-âge ne saurait aucunement se passer du concours actif des ministres de la Religion. Il n'a guères d'application pratique qu'au point de vue catholique ; et ce n'est que dans la cathédrale , la basilique ou l'église paroissiale des villes et des campagnes , qu'il trouve réellement à se développer, comme architecture, peinture , sculpture , ornementation , etc. Aussi, est-ce l'art chrétien du moyen-âge , qui a principalement attiré l'attention et les investigations des archéologues, tant laïques qu'ecclésiastiques. Déjà des ouvrages du plus haut mérite existent sur toutes les branches de l'art catholique, et d'autres se continuent ou se préparent dans le silence du cabinet. Plusieurs d'entre eux sont dûs à la plume savante et exercée de Prêtres aussi pieux que savants, dont les noms sont dans la bouche de tous les hommes de la science. D'un autre côté, l'Episcopat provoque et favorise , autant qu'il est en lui , cette précieuse et intéressante étude. Plusieurs de nos Prélats ont fondé dans leurs séminaires des cours d'Archéologie sacrée.

Quelques uns ont déjà établi dans leurs diocèses des covfirmissions archéologiques , dans l'intérêt de la science et de la conservation des monuments religieux du moyen-âge. D'autres se proposent de les imiter. Et, certes, cette coopération éclairée de nos vénérables Evêques ne peut qu'être infiniment favorable aux progrès des études scientifiques et au développement de l'idée catholique et du sentiment religieux, dans tous les arts qui concourent à construire , à décorer ^ à meubler ou à réparer nos grandes basiliques comme nos plus petites églises de village. Ce qui , au reste , doit être le but principal que doivent se proposer non-seulement les ecclésiastiques , mais encore tous les artistes praticiens , afin de se mettre en état de répondre convenablement à l'appel de la Religion dans les constructions ou réparations de ses édifices sacrés.

Ce n'est pa&, certes, que nous veuillons négliger absolument l'étude de l'art païen, surtout dans nos contrées du Midi si riches en monuments romains. Nous professons, pour ces vieilles et majestueuses ruines, un culte d'admiration qu i n'est nullement affaibli par notre légitime préférence pour les monuments chrétiens du moyen-âge. Nous ne sommes pas exclusifs , et nous aimons le beau et le bien partout où nous le trouvons. Mais il n'est pas moins vrai que, tout préjugé à part, les édifices sacrés des grands siècles du catholicisme doivent avoir, pour des Prêtres et des Français, un bien plus vif intérêt que les débris du monde païen , quelque admirables qu'on les suppose. Car, enfin, les monuments romains ne sont pas à nous ! ne proclament pas notre gloire nationale, la gloire de nos vieux ancêtres! Ils sont bien plutôt des témoins fâcheux de la conquête et de la domination de l'étranger au milieu de nous ! une flétrissure humiliante au front de nos pères! Ils appartiennent à des mœurs, à des usages, à un culte et -à des croyances en pleine contradiction avec nos mœurs, nos usages et nos croyances. Ils rappellent à nos souvenirs le règne malheureux de l'esclavage, de la

tyrannie, de la force brutale, de la dissolution la plus effrénée et de la superstition la plus grossière. Ces théâtres et ces arènes n'ont servi, le plus souvent, qu'à des spectacles infâmes ou sanglants, à des combats meurtriers de gladiateurs, à des luttes horribles contre des tigres et des lions, et souvent, hélas! au martyre, aussi barbare qu'injuste, des premiers chrétiens, de nos frères dans la foi! !

Les monuments du moyen-âge, au contraire, sont à nous! Ce sont nos ancêtres qui les ont élevés ! ils font la gloire de notre patrie ! et seront à jamais les témoins vénérables de la grande foi et du génie créateur des siècles catholiques. Ils son consacrés au seul vrai Dieu que nous adorons. Nos pères sont venus prier sur ces dalles que nous foulons encore sous nos pieds 1 C'est là que reposent leurs cendres; c'est sur ces autels que sont vénérés ceux d'entre, nos frères qui se sont le plus distingués par leurs saintes et héroïques vertus! Ces hommes admirables qui , tout en édifiant le monde par leur vie céleste, ont passé sur cette terre comme leur divin Maître en y faisant beaucoup de bien , et ont laissé souvent après eux des institutions de bienfaisance et des œuvres de charité qui témoigneront à tout jamais de leur immense et généreux amour pour leurs semblables ! Voilà ce que rappellent les monuments religieux du moyen-âge, ces temples du christianisme ! religion toute de charité, de poésie, de science, de civilisation et de véritable hberté ! ! Et ce sont ces monuments sacrés qu'on nous avait appris à mépriser , à regarder comme des œuvres d'ignorance, de superstition et de mauvais goût ! Ces monuments qui, seraient -ils aussi pitoyables sous le rapport de l'art qu'on avait voulu nous le faire croire , devraient encore nous être infiniment chers par leurs souvenirs religieux et leurs traditions historiques et nationales ! Heureusement que tout a à gagner dans ce culte d'amour que nous professons pour nos vieilles basiliques: l'art, la religion et le sentiment national. Déplorons donc à jamais cette fâcheuse réaction païenne qui se manifesta au xvi™® siècle contre l'art chrétien du moyen-

âge et qu'on osa parer du nom fastueux de Renaissance. Epoque désastreuse et fatale où , comme le dit si bien Châteaubriant, aux monuments de notre foi et de nos mœwrs, nous avons substitué, par une déplorable affectation de l'architecture bâtarde romaine, des monuments qui ne sont ni en harmonie avec notre ciel, ni appropriés à nos besoins. (Etud. hist., p. 562.)

Heureusement que cette inintelligente et anti-catholique réaction a fini par provoquer, de nos jours, une réaction plus légitime et plus chrétienne; une réaction qui portera à juste titre, dans Thistoire de l'Archéologie chrétienne, le nom de Renaissance de l'art catholique et national au xix"® siècle. Puisse le Clergé du Gard contribuer pour sa part à ce renouvellement des saines traditions de l'art chrétien dans nos contrées ! C'est uniquement dans ce but que nous avons composé et que nous lui offrons ce Cours élémentaire d'Archéologie catholique, résumé aussi substantiel que nous avons pu le faire des meilleurs ouvrages qui ont paru jusqu'à présent sur les diverses branches de l'art catholique au moyen-âge.

PLAN ET DITISIOnr DE rOIJ¥RA«E.

I. V Archéologie t prise dans son sens le plus étendu, se définit la science des antiquités, et se divise en quatre branches principales :

4<» L'Archéologie proprement dite, qui s'occupe de Tarchitecture monumentale;

2** La Numismatique, qui traite des monnaies et des médailles ;

3^ La Paléographie, qui cherche à déchiffrer et à expliquer les anciennes écritures ;

4® La Glyptographie , qui s'occupe des pierres gravées, soit camées, soit intailles.

On pourrait y ajouter VEpigraphie, qui étudie les inscriptions, et Y Iconographie, qui décrit et explique les images, les bas-reliefs, etc., et rentre par là dans Tarchéologie proprement dite.

L'Archéologie monumentale se divise en archéologie profane, qui traite des monuments civils et militaires, et en archçologie sacrée, qui embrasse les monuments religieux de tous les peuples.

Notre but n'étant que d'étudier l'archéologie dans ses

rapports avec le christianisme, il ne sera pas question, dans cet ouvrage, de la partie qui traite de l'art profane ou païen. Toutefois, comme plusieurs de nos églises sont construites d'après les règles de l'architecture grecque et romaine , et que d'ailleurs nos contrées méridionales sont extrêmement riches en monuments romains ou gallo-romains, nous donnerons, en commençant, quelques notions abrégées des cinq ordres qui caractérisent cette architecture. Le reste de notre travail sera divisé en quatre parties. Dans la première, nous traiterons de l'architecture monumentale religieuse, à partir du premier siècle de l'ère chrétienne; dans la seconde, de l'ameublement et autres parties accessoires des églises du moyen-âge; dans la troisième, nous donnerons quelques notions sur leur décoration, sur l'iconographie et le symbolisme chrétien; enfin, dans la quatrième, nous exposerons quelques principes pratiques relativement à la construction, aux réparations , à la décoration et à l'ameublement des églises actuelles.

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