‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 11 sur 112 · ART. 7. — ARCHITECTURE BYZANTINE · texte numérisé non relu

ART. 7. — ARCHITECTURE BYZANTINE

I. Comme le style byzantin est , en lui-même , toute une révolution architecturale dans Tart de bâtir les églises , et que , d'ailleurs , il n*a pas seulement régné en Orient , mais qu'il s'est répandu jusqu'en Italie , en Allemagne et même en France, où , pendant des siècles, il a profondément modifié l'art chrétien , nous en décrirons brièvement les principaux caractères , ceux surtout qui ont le plus influé sur les monuments religieux du moyen-âge.

IL Le style byzantin tire son nom de Byzance , autrement dite Constantinople , où il a pris naissance. Lorsque , en effet, Constantin eut transporté le siège de l'empire en Orient, les arts l'y suivirent naturellement : mais le style latin ainsi transplanté sur une terre nouvelle, s'y transforma aussitôt, y prit une physionomie toute orientale, et se para de la riche ornementation d'un climat où l'imagination est toujours vive et brillante ; et par là fut créé un style original , d'un type tout particulier.

La magnifique église de Sainte-Sophie , à Constantinople , étant le monument le plus remarquable et le plus intéressant de l'architecture bizantine , nous allons en donner l'histoire et la description, le plus succinctement possible.

III. Sainte-Sophie , bâtie par Constantin , agrandie et réparée par Constance , fut brûlée par les Ariens en 404. Réparée de nouveau par Théodose , elle fut encore brûlée , pendant une sédition qui coûta la vie à 35,000 hommes. Mais immédiatement , l'empereur Justinien résolut de la réédifier , et voulut qu'elle devînt le plus beau monument qui eût été élevé à la gloire du vrai Dieu, depuis la création. Pour cela , il y employa les plus habiles ouvriers de tout l'empire. Les architectes les

plus capables furent mis à la tête de cette entreprise vraiment colossale ; ils avaient sous leur direction cent maîtres-maçons qui , à leur tour , avaient chacun sous leurs ordres cent ouvriers , en tout dix mille ouvriers , dont cinq mille étaient occupés au coté droit de Tédifice, et cinq mille au côté gauche.

IV. L'église de Sainte-Sophie coûta des sommes énormes. Les murs n'étaient encore qu'à un mètre au-dessus du sol , que Justinien y avait déjà dépensé 452 quintaux d'or , soit , près de cent millions. Les décorations en furent d'une magnificence inouïe. L'or , l'argent , le bronze , les pierreries , les peintures en mosaïques y furent prodigués sur toutes les surfaces susceptibles d'être ornées. Les marbres les plus rares et les plus riches , les pierres les plus belles et les plus précieuses y furent employées à profusion. Aussi lorsque l'édifice fut achevé , ce fut un cri universel d'étonnement, d'admiration et d'enthousiasme. Et l'Empereur , au jour de la dédicace , crut pouvoir s'écrier , non sans quelque emphase : « Je t'ai vaincu , ô Salomon ! »

Aujourd'hui , Sainte-Sophie est une mosquée I

ART. 8. — PLAN DE s'^'-SOPHIE ET DES AUTRES EGLISES GRECQUES.

I. L'église de Sainte-Sophie, dans son ensemble, forme un édifice carré, plus long cependant que large (179). On arrive d'abord dans un parvis environné de portiques ; au milieu de la cour est un bassin dont les belles eaux sont jaillissantes ; au delà est un double portique ou nartex qui s'ouvre dans Tintérieur du temple par neuf portes ; le corps de l'église est partagé en^trois nefs, dont celle du milieu est d'une forme parfaitement ovale, et au centre s'élève la coupole portée sur quatre piliers carrés , très-forts.

Les basses nefs sont séparées de la nef principale par 40 colonnes qui supportent de grands arcs en plein cintre, dont les archivoltes sont ornées de riches feuillages.

Les chapiteaux des colonnes (33) n'appartiennent à aucun

ordre d'architecture, et offrent dans leur décoration des entrelacs, des galons, des perles, des feuilles élégamment découpées. Ils sont en airain bronzé ou argenté; le tailloir en est épais, orné de moulures, de croix, d'inscriptions, etc.

Les basses nefs sont encore divisées en trois vastes chapelles communiquant entre elles par des arcs élancés, au-dessus desquels règne une galerie continue , réservée aux femmes ; sa voûte , très-hardie pour l'époque , repose sur soixante belles colonnes.

IL Lorsque Sainte-Sophie servait au culte du vrai Dieu, l'ambon était placé à l'entrée de la grande nef; il était en marbre précieux et rare , et était surmonté d'un riche dais en forme de dôme , portant à son sommet une magniflque croix d'or ornée de perles fines.

Entre l'ambon et le sanctuaire, s'élevait l'autel fabriqué d'une matière unique en son genre, composée du mélange des métaux les plus précieux et des pierreries les plus rares , fondus ensemble. Au-dessus de l'autel s'élançait un ciborium en or, surmonté d'une boule et d'une belle croix du môme métal. Il était porté sur des colonnes et des arcs en argent, et les rideaux en étaient de la plus grande richesse.

Derrière l'autel et au fond de l'abside , était le trône du patriarche et les sièges des sept prêtres qui l'assistaient et l'accompagnaient dans les grandes cérémonies; le trône et les sièges étaient en argent. Tout, en un mot, dans ce temple magnifique, éblouissait les yeux et exaltait l'imagination. Il serait trop long de détailler en particulier les immenses richesses qui le décoraient.

III. Les autres églises orientales sont généralement bâties en forme de croix grecque , ou sur le plan simplifié de Sainte- Sophie. Elles sont ordinairement surmontées d'une belle cou-

• pôle placée au centre du transept et accompagnée souvent de quatre autres coupoles plus petites, placées aux extrémités de la croix. Dans certaines églises même, les coupoles sont extrêmement multipliées. La façade des basiliques grecques est ordinairement fort simple; mais l'intérieur en est toujours décoré avec magnificence.

IV. Le style byzantin pénétra de bien bonne heure en Occident, et y eut dès lors une très-grande influence sur l'art chrétien , surtout en Italie. On voit, en effet, à Ravenne, une église

byzantine qui remonte certainement au vi""® siècle. L'Allemagne suivit le mouvement , au moins dès l'époque de Charlemagne; en France, au contraire, jusqu'au xi"»« siècle, nos architectes nationaux ne puisèrent généralement leurs plans, leurs modèles et leurs principales idées que dans les traditions de l'art latin dégénéré des siècles précédents. On ne rencontre pas d'autres éléments dans les rares monuments qui nous restent de ces temps reculés. Mais à partir du xi"® siècle, l'art byzantin se révèle dans nos églises de la manière la plus heureuse, par l'apparition de la coupole sur pendentifs , les arcatures en décoration, les fenêtres géminées, les chapiteaux ornés d'entre-lacs, de perles, de feuillages divers, etc. La statuaire surtout et la peinture s'inspirèrent presque uniquement de l'art oriental, comme nous aurons souvent occasion de le remarquer dans la suite. Le style mauresque n'a pas été aussi sans influence sur notre architecture du moyen-âge , dans les décorations surtout dites arabesques, les arcs à fer de cheval et multilobés, etc., qu'on rencontre parfois dans nos monuments.

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