‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 10 sur 112 · ART. 5. — DES BASILIQUES CHRÉTIENNES PRIMITIVES · texte numérisé non relu

ART. 5. — DES BASILIQUES CHRÉTIENNES PRIMITIVES

I. La basilique chrétienne , lorsqu'elle était complète et avec toutes ses dépendances , formait un vaste édifice environné d'une enceinte appelée péribole. L'église (177) s'élevait au milieu , et tout ce qui n'était pas occupé par elle ou par se»

{*) Q\x Jpiidty ce qui serait plug conforme à la racine grecque.

dépendances , était consacré aux sépultures des fidèles. Une première porte, en forme de vestibule ou de portique et fermée par de riches rideaux , introduisait dans une cour carrée , entourée d'une galerie en péristyle , dont les entrecolonnements étaient souvent garnis de treillis en bois Caj. Dans cette cour, appelée parvis ( atrium, impluvium ) , ou nartex extérieur , étaient une ou deux fontaines destinées à se laver les mains et le visage, avant d'entrer dans le lieu saint ; et c'est de là qu'est venu l'usage de placer des bénitiers aux portes des églises catholiques.

Les pénitents publics (*) de l'ordre des Hivernants [Hiemantes) se tenaient ordinairement dans ce parvis et à découvert. Les pénitents de l'ordre des Pleurants ( Fientes ) se plaçaient avec les mendiants sous les galeries du péristyle, ou bien encore sous des galeries extérieures , qui régnaient quelquefois sur les côtés de la basilique ; mais lorsqu'il n'y avait ni parvis, ni galeries extérieures , c'est à la porte même de l'église qu'ils se tenaient.

II. L'église était divisée en quatre parties principales : le nartex intérieur, la nef, le sanctuaire et V abside. On y entrait par la porte dite royale , regia , speciosa (k).

Le nartex se composait souvent d'un double vestibule dont le premier était réservé aux catéchumènes et aux pénitents de l'ordre des Ecoutants , et le second, aux pénitents de l'ordre des Prosternés (b),

La nefl^navis) était divisée dans toute sa longueur en trois

(*) La pénitence publique , usitée en quelques églises , pendant les premiers siècles , pour les crimes les plus énormes et publics , donna occasion à l'établissement de certains ordres ou degrés de pénitence , selon que le crime était plus ou moins grave , ou que le pénitent était plus ou moins près de sa réconciliation. Saint Grégoire de Néocésârée distingue .quatre ordres de pénitents : !<> les Pleurants (Fientes) , qui demeuraient hors du temple et n'y entraient point ; 2» les Ecoutants {^udientes) , qui n'entraient dans l'église que pour entendre les instructions comme les catécbumènes; ^o les Prosternés ( Subsirati ) , plus avancés que les. Ecoutants , mais obligés comme eux de sortir après l'instruction ; 4o les Con" sistants {Consistentes] , qui assistaient au saint Sacrifice , mais n'y communiaient pas encore. Saint Grégoire ne parle pas des Hibernants, maie il en est question dans les canons du concile d'Ancyre de 313, et ailleurs.

parties, par un double rang de colonnes ou de piliers. La partie du milieu plus large et plus élevée (c) portait le nom de grande nef ^ et les deux autres , de nefs latérales , bassesnefs, bas-côtés.

La nef latérale à droite , en entrant , était destinée aux hommes. Celle de gauche , aux femmes. Les moines et les vierges se tenaient ordinairement dans des tribunes particulières qui faisaient partie du triforium , espèce de galerie qui régnait sur les basses-nefs , comme nos tribunes actuelles. Lorsqu'il n*y avait pas de triforium , les moines se plaçaient au haut de la nef des hommes , et les vierges au haut de celle des femmes.

La nef du milieu était réservée en partie pour les pénitents de Tordre des Consistants , et en partie pour les Ecoutants, les Prosternés et les catéchumènes pendant les instructions. Au haut de cette nef était le chœur (chorus) (e) avec les ambons (i) , espèces Aq pupitres ou de chaires dont nous parlerons plus tard , et les sièges des clercs inférieurs , des chantres, etc.

IIL Le sanctuaire (f) s'appelait aussi bemxiL ou tribunal , saint des saints, etc., et était ordinairement entouré d'une balustrade fcancellumj. Au milieu s'élevait Y autel sous un ciboire ou baldaquin (ciborium) supporté par quatre belles colonnes ornées de riches rideaux qui se fermaient au moment le plus solennel du saint Sacrifice. A droite du sanctuaire (h) était une espèce de chapelle appelée diaconicum , remplacée aujourd'hui par la sacristie ; c'est là qu'on plaçait les vases sacrés et les autres objets nécessaires à la célébration de la sainte messe. A gauche (jj était lo, prothèse, aujourd'hui remplacée par la crédence. On y disposait les offrandes du pain et du vin eucharistiques et probablement aussi les vêtements sacrés.

Au-delà du sanctuaire était Y abside ou apside {g) , disposée en hémicycle. Au fond et derrière l'autel , s'élevait la chaire ou trône de l'évoque, ayant, à droite et à gauche, les sièges des prêtres fpresbyteriumj.

IV. En dehors du temple et sur ses flancs , se trouvaient d'autres constructions isolées ou adossées à l'édifice principal , et désignées souvent sous le nom générique i'exèdres. fexedrœ, cellœ, etc.) C'était la sacristie f secretarium) , destinée à

enfermer les vases sacrés, les reliques, etc. — ; les écoles fscolœjy lieu consacré à former les jeunes élèves du sanctuaire, sous les yeux de l'évoque; — la bibliothèque ; — le baptistère , édifice considérable alors à cause du baptême par immersion et dont nous parlerons ailleurs, etc. Enfin, plusieurs autres lieux destinés à servir d'habitations aux divers serviteurs de l'église et connus sous le nom de pastophoria.

Nota. — Le nom de basilique n'a pas été seulement donné aux belles et vastes églises du moyen-âge ; mais aux \^^ et VI™® siècles surtout, on le donnait aux églises monastiques, et même à de simples oratoires élevés sur des tombeaux de grands seigneurs. Ceux-ci étaient ordinairement en bois. Il en est question dans la loi salique.

ART. 6. — DE ^l'aRT DANS LES CATACOMBES ET LES PREMIÈRES BASILIQUES.

I. Les catacombes sont regardées avec raison comme le berceau de l'art chrétien. Aussi pour se former une idée exacte de ce qu'il était alors , il faudrait parcourir le vaste et curieux musée du Vatican destiné à recevoir tout ce que l'on découvre de plus intéressant , dans ces innombrables et mystérieux souterrains. Il faudrait ensuite descendre dans les catacombes mêmes ; y étudier et y décrire en détail les sculptures , les mosaïques et les peintures murales ou sur verre qu'elles renferment encore , après toutes les fouilles qu'on y a faites jusqu'à présent.

Mais le plan de cet ouvrage élémentaire ne comporte pas une pareille étude ; nous ferons remarquer, seulement, que dans le choix des décorations dont ils usèrent dans les catacombes , les premiers artistes chrétiens ne craignirent pas d'emprunter à l'art païen tout ce qui pouvait s'accorder avec les idées et les symboles du nouveau culte. Les fidèles , sans doute , avaient le plus grand éloignement pour tout ce qui , de près ou de loin , touchait à l'idolâtrie ; mais ne pouvant

absolument rompre avec la société au milieu de laquelle ils étaient obligés de vivre , manquant encore , d'ailleurs, d'ouvriers assez habiles pour créer , tout d'un coup, un art nouveau et purement chrétien ( ce qui ne pouvait être que l'œuvre des siècles) ils furent bien forcés de prendre , quelque part, des motifs et des modèles de sculpture et de peinture , pour décorer les lieux de leurs pieuses assemblées et les tombeaux de leurs martyrs. Ils prirent donc, dans Tart païen, tout ce qui pouvait avoir une signification au moins symbolique , en rapport avec les croyances catholiques.

IL II est même avéré qu'ils ne se contentèrent pas seulement d'emprunter au paganisme une foule d'allégories profanes, mais qu'ils s'emparèrent encore d'un grand nombre de monuments romains , auxquels ils donnèrent une destination toute chrétienne ; purifiant ainsi , sanctifiant et spiritualisant les richesses et les dépouilles des Egyptiens , en les faisant servir à la gloire du vrai Dieu et à la majesté du culte chrétien.

III. Cependant cet art , né de la nécessité et en partie païen dans sa forme , devait enfin subir , comme le monde antique , une transformation complète par le christianisme. Comme l'empire romain , il devait tomber et périr pour renaître , au moyen-âge, régénéré , plus vigoureux , plus parfait, plus spiritualisé surtout. Aussi remarque-t-on , à partir du second siècle , une décadence rapide et progressive dans l'art des catacombes ; plus les peintures et les sculptures sont anciennes , plus aussi elles sont riches , parfaites ; et bien que l'artiste s'y montre assez peu habile dans les traits, il est un grand nombre de ces antiques peintures qui le disputent aux plus belles et plus mystiques figures des siècles suivants ; plus au contraire elles sont récentes , plus aussi elles sont imparfaites et grossières ; mais , par contre , plus généralement chrétiennes , plus généralement spiritualisées. On sent que l'art se transforme ; qu'il va descendre dans le tombeau pour en sortir bientôt , animé d'une vie nouvelle , glorieuse et pleine d'avenir.

IV. Quant à l'architecture des basiliques , il est constant que l'art de bâtir qui , surtout à partir du règne des Antonin, avait graduellement dégénéré, se trouvait dans un état de dégradation très-avancée , lorsque Constantin fit con-

struire les premières basiliques chrétiennes. Aussi , sous le point de vue de l'art , ces édifices n'offraient rien de bien remarquable. A l'extérieur , ils se distinguaient par une grande simplicité. Les murs percés de fenêtres semi-circulaires , régulièrement espacées , n*étaient décorés ni de colonnes, ni de sculptures (*). A l'intérieur , les colonnes qui séparaient les nefs étaient le plus souvent tirées de divers monuments antiques , de sorte qu'elles étaient de formes et de dimensions différentes. L'archivolte avait complètement disparu, et sur les chapiteaux des colonnes venaient s'appuyer immédiatement des arcades , au-dessus desquelles , s'élevait un mur uni et percé de fenêtres. Souvent les nefs latérales étaient voûtées ou plafonnées en bois , enrichies de peintures et de dorures ; mais la nef du milieu montrait ordinairement sa charpente ïiue , décorée parfois avec une grande somptuosité. Les absides et les parois latérales étaient souvent couvertes de mosaïques ou de peintures. Aussi , malgré ses défauts , la basilique chrétienne présentait souvent , dans son ensemble , une simplicité , une pureté de lignes , une magnificence de décoration intérieure et une harmonie , qui lui donnaient un air de grandeur et de majesté que n'ont pas , tant s'en faut, la plupart de nos églises modernes.

Nota. — * Les inscriptions tumulaires ou autres peuvent aider à déterminer rage des monuments ; nous les recommandons à l'attention des jeunes archéologues. Les lettres des inscriptions antérieures au vp® siècle sont en majuscules romaines , mais les panses des B , P , R , etc. , sont loin de toucher à la haste , et dans M , le premier jambage et la seconde partie de la traverse sont faiblement indiqués.

Dès-lors, cependant, les lettres onciales ou arrondies étaient usitées , au moins dans les manuscrits. On a désigné sous ce nom des lettres majuscules , qui avaient un pouce de haut ; aujourd'hui on donne ce nom à des lettres majuscules tirées des majuscules romaines , mais à contour arrondi ; ce qui se re-

(^) Cependant Eusèbe , dans sa f^ic de Constantin y nous apprend que les fenêtres de certaines basiliques étaient garnies de treillis du plus beau travail (Uv. X, chap. tiv.). Les verres étaient déjà usités pour les fe* nêCres.

marque surtout dans les A ,^ D , E , G , H , M , Q , T , V. (Voyez aux figures n° 305). A la fin de cette [première partie, nous donnons un dictionnaire des abréviations usitées dans les inscriptions chrétiennes.

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