ART. 2. — DES ORDRES GRECS
§ I. L'ordre dorique,
I. L'ordre dorique (2) est le plus mâle, le plus simple et le plus solide de tous les ordres grecs ; il tire son nom de Dorus ,
(*) Il est constant , toutefois , que les anciens ne se sont pas tenus toujours à ces règles de proportion.
prince d'Achaïe , qui fit bâtir, dit-on , un temple de cet ordre en riionneur de la déesse Junon.
L'ordre total doit avoir 25 modules 4 minutes , ainsi distribués : le piédestal , 5 modules 4 minutes ; la colonne , 16 mpdules, dont 1 pour la base, 14 pour le fût et 1 pour lo chapiteau; Tentablement , 4 modules.
II. La frise dorique (a) offre une décoration particulière, qui sert à distinguer cet ordre au premier coup-d'œil : ce sont les triglyphes, parties saillantes sur lesquelles sont creusées deux cannelures et deux demi-cannelures. L'espace carré qui sépare les triglyphes se nomme métope; il est souvent orné de têtes d'animaux, de patères, d'armes, etc.; au-dessous des triglyphes sont de petites clochettes appelées gouttes.
III. Le chapiteau dorique se distingue par sa grande simplicité: le gorgerin , toutefois , est susceptible de recevoir des rosaces, des fleurons, des cannelures, etc.
Le fût de la colonne est fort souvent cannelé ; mais les cannelures se touchent et forment des arêtes aiguës , tandis que dans l'ionique et le corinthien, elles sont séparées par un filet ou listel.
Cet ordre convient principalement aux arcs-de-triomphe, aux arsenaux et autres monuments militaires. Il a été employé aussi chez les Païens dans la construction de quelque^ temples (*). Quelques églises chrétiennes sont pareillement de cet ordre.
§ II. L'ordre ionique.
I. L'ordre ionique (3) tient le milieu entre le dorique et le corinthien, c'est-à-dire, entre la force et la solidité du premier et la richesse et le luxe du second. Il a pour lui l'élégance et la grâce.
L'ordre total est de 28 modules 9 minutes , distribués comme
(*) Les Grecs n*ont donné d'abord que 8 modules à la colonne dorique; ils l'ont portée successivement à 13, et ce sont les Romains qui lui en ont donné 16.
il suit : le piédestal, 6 modules; la colonne, 18 modules, dont 1 module pour la base, 16 modules 6 minutes pour- le fût, 12 minutes pour le chapiteau; l'entablement, 4 modules 9 minutes (*).
II. La frise ionique peut recevoir des bas -reliefs et des sculptures de tout genre. La corniche est décorée de denticules ; les intervalles de celles-ci se nomment métatomes ou métoches.
Le chapiteau se distingue facilement par ses belles volutes (a), espèce d'enroulements en spirale.
Le fût de la colonne ionique est presque toujours cannelé.
Cet ordre gracieux convient également aux édifices particuliers et aux monuments publics, comme sont les Palais de Justice, les Hôtels-Dieu, etc.;' il existe un grand nombre d'églises modernes de cet ordre.
§ III. L'ordre corinthien.
I. L'ordre corinthien (4) est le système architectonique antique le plus parfait, le plus riche et le plus noble; son nom lui vient de la ville de Corinthe, où, dit-on, il a pris naissance (**).
L'ordre total a 31 modules 12 minutes , qui se partagent de la manière suivante : le piédestal, 6 modules 12 minutes ; la colonne, 20 modules, dont 1 module 1 minute pour la base, 16 modules 11 minutes pour le fût, 2 modules 6 minutes pour le chapiteau; l'entablement, 5 modules.
II. La frise corinthienne doit être richement décorée, sans perdre pourtant son caractère grave, noble et sévère. La cor-
(') La colonne ionique a varié, chez les Grecs, de 16 à 20 modules.
(^]Vitruve rapporte qu'une jeune fille étant morte, sa nourrice réunit tous les petits objets qu'elle avait le plus aimés et les mit dans une corbeille qu'elle plaça sur sa tombe, après l'avoir couverte d'une tuile carrée. Une plante d'acanthe naquit au pied de cette corbeille et l'environna gracieusement de ses belles feuilles. Callimaque, sculpteur habile, frappé de l'élégance de cet assemblage fortuit, le copia et en fit le chapiteau corinthien.
niche a non-seulement des denticulcs, mais elle est encore ornée de modillons élégants.
Le ehapiteau corinthien est remarquable par la noble élégance de sa corbeille : il est orné, comme Tionique, de volutes, mais bien plus petites et d*une forme différente ; son calice est entouré de deux rangs de feuilles d*acanthe; quelquefois, mais rarement , de feuilles d'olivier ou de persil.
Le fût de la colonne est d'une proportion parfaite et il doit être ordinairement cannelé. Les cannelures du corinthien sont souvent remplies, jusqu'au tiers de leur hauteur, d'une baguette appelée rudenture.
Cet ordre, aussi riche qu'élégant, convient parfaitement aux palais des grands, aux temples de la Divinité et aux arcs-detriomphe les plus beaux, etc.