CHAPITRE PREMIER
IMBON.
I. L'xuBOfi , Ambo , Analogium, était une espèce de chaire ou de tribune (1 80) plus ou moins élevée et qui servait à prêcher, à lire les homélies des Pères , à chanter ou réciter les épîtres et les évangiles , etc. On y parvenait par deux escaliers dont l'un était placé à gauche et Tautre à droite de Tambon. Le diacre y montait par le côté de Tévangile , et le sous-diacre par le côté de Tépître. La forme et la disposition des ambons ont beaucoup varié pendant le cours du moyen-âge. Ils étaient ordinairement octogones , ronds ou carrés , en marbre , en pierre ou même en bois. Souvent, ils étaient ornés de sculptures et de mosaïques fort riches ; ils avaient du côté de Tévangile une petite colonne torse ou droite, ordinairement élégamment décorée ; d'après les uns , elle était destinée à porter le cierge pascal , et d'après d'autres, elle n'était qu'un chandelier symbolique qui figurait la lumière évangélique, et qui, très-probablement, servait encore à éclairer les lecteurs.
II. Il n'y eut d'abord dans chaque église qu'un seul ambon, placé tantôt sur un des côtés du chœur, tantôt au milieu et vis-à-vis de la grande nef. Plus tard , quand il y en eut deux , un pour l'épître et l'autre pour l'évangile , on en plaça un à droite et l'autre à gauche du chœur , vers la balustrade ou cancel qui séparait cette partie de l'église du reste de l'édifice.
Lorsqu'il n'y avait qu'un seul ambon , il était souvent divisé,
à l'intérieur , en deux compartiments , et portait alors deux pupitres , Tun pour Tépître et Tautre pour Tévangile. Il était parfois assez grand pour recevoir un autel où Ton pouvait dire la sain te. Messe en certaines circonstances.
On a vu quelques ambons ménagés dans le ciborium qui couvrait Tautel, mais cette disposition était fort rare.
Dans réglise de Saint-Clément à Rome, il y a jusqu'à trois ambons ; deux sont tournés vers l'autel et le troisième vers le peuple. Celui-ci est destiné à la lecture des psaumes , des prophéties et autres leçons de l'ancien Testament; l'un des deux premiers est plus élevé que l'autre et sert à chanter l'évangile ; le plus petit est destiné au chant de Tépître.
III. Vers le xni« ou xiv« siècle, les ambons prirent de telles dimensions qu'ils occupèrent toute la largeur de la grande nef et s'élancèrent gracieusement d'un pilier à l'autre, tantôt en ne formant qu'une seule arcade , tantôt en en formant trois , selon la largeur de la nef , le génie et la hardiesse de l'architecte (183). Lorsqu'il y avait trois arcades, celle du milieu seule était ouverte; sous les deux autres étaient ordinairement placés des autels.
Quelquefois ces ambons étaient assez lourds et assez massifs. Ils ne donnaient alors accès dans le chœur que par une ou deux portes ; mais le plus souvent ils étaient de la plus grande élégance et d'une légèreté admirable. Les artistes du moyenâge se plaisaient à les orner des plus belles sculptures , des peintures les plus magnifiques et même de riches dessins dorés et en mosaïques. Ceux qui ont échappé au vandalisme de la Renaissance et des temps postérieurs font encore aujourd'hui l'admiration et l'étonnement des hommes de l'art.
IV. Ce sont ces ambons transformés en magnifiques clôtures qu'on est convenu d'appeler jubés , du premier mot que prononce le lecteur au commencement des leçons : Jubé domne benedicere. On y montait, comme aux ambons primitifs, par un ou deux escaliers ordinairement apparents, souvent en spirale et sculptés à jour. Presque toujours, on plaçait au sommet des jubés un grand crucifix accompagné parfois de statues de saints (202). Les arcades en étaient fermées par des portes à claires -voies garnies de portières ou de riches rideaux qui se fermaient aux moments les plus solennels du sacrifice.
Parmi les jubés c[ui ont été conservés jusqu'à ce jour, on cite ceux de Saint-Étienne-du-Mont, à Paris ; de la Madelaine à Troyes ; de la Cathédrale d*Alby, etc.
Nous donnons celui de la belle église de Brou à la fig. 184. Il est du commencement du xvi® siècle. Les deux petits autels qui s*y trouvent n'étant d'aucun style , nous les avons remplacés par deux autels de la période latine.
Nota. — Aux grandes solennités, on était dans l'usage, pendant le moyen-âge, de placer des luminaires sur \es jubés ; et à Noël et à Pâques , on les ornait de feuillages et de fleurs.