‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 38 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

kUTELS.

I. Autel. Altare, Ara, Mensa sacra ^ Sacrificaêorium. r*- Le plus ancien autel chrétien qui existe est , sans contredit , celui que l'on conserve précieusement à Saint- Jean-de-Latran à Rome, et sur lequel N. S. J.-C. célébra la sainte Cène et consacra , pour la première fois , l'adorable Eucharistie. C'est une table. en bois, sans ornements, qui peut avoir .environ quatre mètres de long sur deux de large et dont les planches ont à peu près trois centimètres d'épaisseur.

Les Apôtres ne durent pas changer généralement la forme primitive de la table sacrée ; ce qui le démontre , c'est l'autel dont saint Pierre se servait à Rome et que Ton conserve aussi à Saint-Jean-de-Latran. C'est encore une table en bois de sapin, simple, n'ayant pour tout ornement qu'une croix sculptée sur la partie antérieure ; elle ne renferme point de reliques.

On peut donc croire que primitivement tous les autels étaient en bois , de forme à peu près carrée et sans gradins. Il était par là très-facile de les enlever et de les transporter ailleurs pendant les persécutions. Il y en eut cependant bientôt d'ornés

avec goût et magnificence , et couverts de riches étoffes brodées en or et en argent , etc. Lorsque , en effet , la paix fut rendue à l'Église, sous Constantin, les pontifes romains commencèrent à prohiber les autels de bois qui ne furent plus guère tolérés que dans les chapelles , et encore rarement. Cependant , la première prohibition authentique connue est celle d'un concile de Paris , de 509 , ou d'Épône , de 51 7.

II. Dans les catacombes , l'autel ne fut souvent qu'un tombeau de martyr, recouvert d'une table de porphyre , de marbre on d'une simple pierre. Quelquefois même on se servait d'un sarcophage païen qu'on purifiait et dans lequel on plaçait un ou plusieurs corps de martyrs, ayant soin toutefois d'y graver dessus quelques signes chrétiens, comme une croix , le mono gramme de J.-C, Y alpha et V oméga, etc., ou bien en altérant les signes symboliques païens qui s'y trouvaient , pour leur donner une signification chrétienne.

On a également trouvé, dans les catacombes, de petits autels, en terre cuite, plus ou moins décorés et certainement fabriqués pour cet usage (185). Ils étaient accompagnés de deux lampes attachées à leurs côtés, comme on le voit sur la figure. Il y en avait d'autres en pierre , carrés et ornés de bas-reliefs et d'attributs pris dans l'ancien et dans le nouveau Testaments ; ceux qu'on y rencontre encore sont presque toujours élevés sur une marche et sont ordinairement enfermés dans une balustrade. Souvent, il y en a plusieurs dans une môme salle ou chambre (cubicula.)

III. Dans les premières basiliques, l'autel continua d'être quelquefois en bois , tantôt sous la forme d'une table , tantôt sous celle d'un coffre carré qui pouvait se fermer et s'ouvrir , probablement pour y renfermer les objets destinés au culte et pour y recevoir aussi des reliques de saint. Le plus souvent, il consistait en une table de porphyre, de jaspe, de marbre ou de simple pierre, portée sur un pied unique ou sur deux, trois et jusqu'à six colonnettes ou petits piliers. C'était sa forme ordinaire, toutes les fois qu'il était placé sur une crypte ou confession-, comme aussi, lorsqu'à défaut de crypte, il devait renfermer la châsse de quelque saint qu'on voulait laisser à découvert (181, 186).

Ces sortes d'autels étaient ordinairement entourés de panneaux richement ornés, ou de draperies précieuses destinées à

mettre les reliques à l'abri de la poussière , etc. Quelques-uns étaient en forme de coffres carrés composés de plaques de marbre plus ou moins précieux (191). Mais les piliers existaient toujours en-dedans et servaient à soutenir et à appuyer les pièces de marbre. Souvent aussi, dans les basiliques, l'autel n'était qu'un sarcophage comme dans les catacombes. Il y en avait parfois d'extrêmement riches , en argent et môme en or , ornés de perles et de pierreries du plus grand prix.

IV. Pendant toute la période latine ou romane primitive , les autels furent à peu près ce qu'ils avaient été dans les premières basiliques. Il y en eut de carrés , en forme de table ou de coffre , de ronds , de semi-circulaires , etc. , plus ou moins ornés de moulures de l'époque , généralement fort grossières et accompagnées quelquefois d'inscriptions extrêmement curieuses (*); mais le plus grand nombre de ces autels étaient , comme précédemment, en forme de tables supportées par des piliers ou des colonnettes. Lorsqu'ils n'étaient pas placés sur des cryptes et qu'ils ne renfermaient pas des châsses de saints, ils recevaient, par-dessus ou sur le devant, une ouverture plus ou moins grande , destinée à recevoir des reliques qu'on y scellait avec du mortier béni ou de la cire. Ce n'est qu'au V® siècle que l'Eglise ordonna que les autels reçussent une consécration particulière. Jusque-là le Saint-Sacrifice seul suffisait pour les consacrer et les sanctifier.

Jusque vers le ix® siècle , on ne souffrait sur l'autel que le livre des saints Evangiles , la Croix et la sainte Eucharistie ; mais , vers cette époque , on commença à y placer des reliquaires. Ce ne fut que vers le xii® siècle que l'on y mit des fleurs ; jusque-là , on s'était contenté d'en faire des guirlandes qu'on suspendait tout autour de l'autel , ou le long des murs du sanctuaire.

Les chandeliers mêmes ne furent pas d'abord placés sur l'autel ; ils étaient posés à terre ou portés par des acolythes qui , pendant le Saint-Sacrifice , se tenaient devant l'autel , en dehors du sanctuaire. Plus tard , on en mit deux, puis quatre

{*) Les deux autels de la figure 4 83 sont de cette période ; il y en avait beaucoup de ce genre , ornés d'une croix entre deux agneaux ou du monogramme du Christ avec deux colombes , etc.

sur Tautel même, un à chaque coin. Vers le xii« siècle , ils furent placés sur un seul rang, au fond de Tautel , deux ou trois de chaque côté de la croix : ce qui n'arriva , toutefois , que lorsque le prêtre qui , jusque-là , avait eu la face tournée vers le peuple , eût changé de place en se mettant devant l'autel comme aujourd'hui. Les gradins n'ont été ajoutés à l'autel que vers le xvi« siècle.

Voir Dyptique, Tabernacle , Retable.

Nota. Aujourd'hui, pour avoir un autel sans gradins, et où le prêtre soit tourné vers le peuple , il faut une permission du Pape , même à Rome où ces autels ne sont pas rares.

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