‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 68 sur 112 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CtLICES.

I. De tout temps , TÉglise a désiré qu'on employât, pour les vases sacrés, les matières les plus précieuses ; et si quelquefois elle a toléré que Ton se servît de calices en verre ou môme en bois , ce n'est que dans des circonstances particulières où , par exemple , la misère des églises était telle qu'il n'était pas possible d'en avoir de plus riches et de plus convenables ; ou bien lorsqu'on des temps malheureux, il fallait vendre les vases sacrés d'or ou d'argent, pour secourir les pauvres et racheter les captifs ; mais , en dehors de ces cas extraordinaires , on se servait communément de calices d'un métal précieux et d'un travail souvent très-soigné.

Le divin Sauveur lui-même, si nous en croyons Baronius et le vénérable Bède , se servit , la veille de sa Passion , d'une

coupe en argent , pour la consécration de son sang adorable. Après un pareil exemple , les Apôtres et leurs premiers successeurs ne durent pas craindre de manquer à la pauvreté évangélique , en se servant de vases d'or ou d'argent pour le Saint-Sacrifice de la messe. Aussi trouve-t-on dans l'histoire de l'Église et la tradition, des preuves irrécusables de l'usage de calices extrêmement riches, dès le berceau de notre sainte religion. (V. Bergier, Dict. au mot calice.)

II. D'après le vénérable Bède, la coupe dont le Sauveur se servit à la sainte Cène, et qui existait encore à Jérusalem de son temps , était d'une hauteur médiocre , semblable à peu près aux coupes ordinaires; seulement elle était munie de deux petites anses. Il est bien probable que ce calice a dû , autant du moins que les circonstances le permirent , servir de modèle aux premiers calices qui furent confectionnés exprès pour les sacrés Mystères (*). Cependant, aux mauvais jours des persécutions et dans des circonstances particulières , l'Église dût tolérer qu'on se servit de vases faits dans tout autre but et souvent de matières moins précieuses. Voilà pourquoi l'on trouve dans les premiers siècles du christianisme, et des calices en or et en argent extrêmement riches , et des calices en bois, en verre, en corne, etc. La figure (238) représente un calice primitif en verre blanc ; il y en avait aussi en verre bleu , etc.

D'après Tertulien (lib. vi de Pudicitiaj l'on gravait sur les calices en métal , l'image du Bon-Pasteur. Ceux qui étaient en verre portaient la même image représentée en émail. A mesure que les ressources des églises devinrent plus considérables, les souverains pontifes et les conciles exigèrent plus rigoureusement que les vases sacrés fussent riches et plus convenables. Bientôt on prohiba les calices en bois , comme peu propres , à cause de leur trop grande porosité , à contenir le précieux sang ; plus tard, on rejetta les calices en verre à

(^) Ne pourrait-on pas conclure des paroles mêmes de la consécration dans le rit romain , que saint Pierre conserva pour lui la coupe même dont s'était servi le divin Sauveur. On y lit, en eifet, accipietisethunccalicemy CE CALICE que je tiens dans mes mains, et non eadcem seul, comme il semble qu'on aurait dû dire d'après le texte de rÉvangile. Et tout le monde sait que la liturgie romaine remonte à saint Pierre ,

cause de leur fragilité, et ceux en cuivre à cause de leur grande facilité à s'oxider. Néanmoins, les calices en verre et en cuivre furent encore tolérés quelquefois, jusqu'au xviii* siècle. Mais, en général , on ne souffrit plus que des vases sacrés en or , en argent, ou tout au plus en étain. Les calices en corne étaient déjà prohibés au viii® siècle.

On permit cependant quelquefois de se servir de calices en pierres précieuses, en agate, en cristal de roche, et môme en marbre et en pierre fine. Il en existait un à Hildeshem, en Allemagne, qui était fait d'une seule pierre d'onyx, et un autre en cristal de roche. Celui dont on se sert encore à Rome, à la chapelle Sixtine, pour lereposoir du Jeudi-Saint, est également en cristal de roche, orné de ciselures en or et de deux rangs de pierres fines. Les calices d'or et d'argent étaient fort souvent d'un poids considérable. Pascal I«' en fit faire quarante-deux en argent, qui pesaient ensemble 281 livres. La cathédrale de Mayence en possédait plusieurs en or, qui pesaient plus de neuf livres chacun, etc.

Les calices, pendant le moyen-âge, étaient ordinairement renfermés dans une espèce d'étui souvent fort riche , ayant le la forme d'une petite tour.

IIL Pendant les premiers siècles du moyen-âge, il existait plusieurs espèces de calices qu'il est nécessaire de distinguer. Indépendamment donc du calice sacerdotal destiné à la célébration des saints Mystères , il y avait :

1® Un grand calice appelé calice ministériel (scyphusy calix ministerialisj , servant à donner la communion aux fidèles, lorsque encore ils communiaient sous les deux espèces. Il était ordinairement muni de deux anses , afin que le diacre put le présenter plus facilement aux communiants. La cathédrale de St-Omer en possède un dont la coupe peut avoir de 16 à 17 centimètres de profondeur et sa patène de 32 à 33 centimètres de diamètre. Il en existe ailleurs, surtout en Allemagne.

2° Un calice particulier, dans lequel on consacrait souvent le vin destiné à la communion du clergé et des fidèles ; et c'est de celui-ci que l'on tirait le précieux sang pour le mettre dans le calice ministériel, en plus ou moins grande quantité, selon le nombre des communiants. Ces deux espèces de calice étaient souvent extrêmement riches, ornées de perles fines, de pierres précieuses et de guirlandes de fleurs délicatement ciselées;

quelques-uns étaient garnis de petites clochettes destinées probablement à réveiller, par le petit son qu'elles rendaient, l'attention des fidèles. Il y en avait de très-grands et de si lourds qu'il fallait être robustes pour les soulever. Charlemagne en donna un en or au pape Léon III , enrichi de pierreries, du poids de 52 livres ;

3° Le calice baptismal, dans lequel on mettait le lait et le miel que Ton faisait goûter alors aux nouveaux baptisés ;

4° Enfin , un calice destiné à porter la communion et le Saint- Viatique aux malades ; mais ce vase pouvait bien n'être qu'une espèce de ciboire. (V. le chap. III.)

IV. Nous avons vu ci-dessus que les calices primitifs étaient fort bas et ressemblaient assez à certaines coupes ou à certains verres à pieds, tels qu'on en fait encore aujourd'hui. Pendant toute la première et seconde période du moyen-âge , ils continuèrent à être bas (239).

Au xni® siècle, ils conservent leurs anciennes proportions, mais les moulures et les décorations changent et prennent le caractère de l'époque ogivale; le pied devient octogone et les ciselures qui l'ornent, ainsi que la tige et la coupe, sont différentes des ciselures des calices antérieurs (240). A mesure que l'on avance vers le xiv® siècle et surtout pendant le xv«, leur décoration devient plus riche et plus délicate. Ce sont des clochetons, des pinacles, des niches, des statuettes, etc., de la plus grande beauté. La tige s'allonge progressivement et l'ensemble du vase sacré prend une forme extrêmement agréable. Nous donnons le dessin d'un calice roman à la figure 240. C'est celui de saint Bonaventure, tel que nous l'avons trouvé dans une de ses vies. Le calice figuré au n® 242 , ainsi que sa patène n® 241 , est du XIV® au XV® siècle. Le trésor de Saint-Jean de Lyon, possède plusieurs calices du moyen-âge fort curieux. L'église de Gordes (Vaucluse) en a un fort beau, qui a servi, dit-on, à saint Bernard. Génolhac (Gard) en possède un également fort ancien, dans le style roman, etc.

A partir de la Renaissance, les calices se rapprochent de plus en plus de la forme actuelle. Sous Louis XV, il s'en fit d'une grande magnificence , et d'un travail exquis. Le séminaire de Nimes en possède un de cette époque d'une grande richesse de ciselures et orné de pierres précieuses.

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