‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 69 sur 112 · PATÈNES · texte numérisé non relu

PATÈNES

(Patenùy Platina, Platena, Patelin. ^

ï. rÉvangile ne nous dit point si, à la dernière Cène, N. S. Jésus-Christ plaça le pain consacré dans un vase en forme de plat ou de disque. Mais , si nous en croyons une pieuse tradition , la chose serait certaine. La ville de Gênes possède un vase précieux qui aurait, dit-on, servi au Sauveur du monde pour rinstitution de l'adorable Eucharistie. En voici Thistoire. Lorsque les Croisés s'emparèrent de Césarée, en 1160, ils trouvèrent, parmi les plus précieux objets du butin qu'ils y firent , un superbe vase fait d'une seule émeraude. Les chrétiens de Césarée, qui avaient la plus grande vénération pour ce vase, apprirent aux Croisés qu'il avait été donné à Salomon par la reine de Saba ; que les rois de Juda se l'étaient transmis de génération en génération; qu'il était ainsi parvenu à N. S. Jésus-Christ issu de la famille royale, et que le divin Sauveur s'en était servi à la dernière Cène , la veille de sa mort. Sur ces données, le doge de Gênes le demanda et l'obtint pour sa ville, où il se trouve encore aujourd'hui, après avoir été gardé à Paris depuis 1 803 jusqu'en 1 81 4, époque où il fut rendu aux Génois.

Ce vase est taillé en forme de plat, d'un hexagone régulier; il a environ 19 centimètres de hauteur et 38 de diamètre, près de 10 centimètres de creux et 7 millimètres d'épaisseur. Il est muni de deux anses , et la couleur en est fort belle, pure et transparente. C'est une magnifique pierre. Quelques-uns ont cru que Notre Seigneur s'en était servi pour manger l'Agneau pascal ; d'autres ont dit que ce vase avait servi à recevoir la tête de saint Jean-Baptiste , lorsqu'il fut décapité. D'après

quelques évangiles apocryphes , il aurait servi à Joseph d' Arimathie pour recueillir le sang et l'eau qui coulèrent du côté du Sauveur. Quoi qu'il en soit de ces traditions, c'est ce vase mystérieux qui a été connu sous le nom de San Catino et de Saint-Graal. C'est même sous ce dernier nom qu'il a été célébré pendant le moyen-âge par une infinité de poètes. A cette époque, on en fit un grand nombre de copies en marbre, en pierres plus ou moins précieuses, en métal, etc., et les copies, également appelées Saint-Graal, ne furent pas moins renommées ni moins miraculeuses.

II. L'usage des patènes remonte aux premiers siècles de l'Église, puisqu'il en est question dans la liturgie de saint Jacques, et qu'elle a été nécessaire pour le pain eucharistique, comme le calice pour le vin. On s'est servi pour les faire des mômes matières que pour les calices; mais communément, elles ont dû être en or ou en argent; elles recevaient des décorations et des ciselures plus ou moins riches , selon les moyens des églises. On y voyait souvent des figures symboliques, des images du Sauveur , des apôtres , des patriarches , etc (241 ). Jusque vers le xi® siècle , les patènes étaient bien plus grandes que celles dont on se sert aujourd'hui (*) , et l'on en distinguait de plusieurs sortes ; ainsi , outre la patène du sacrifice , il y avait encore :

1® Ldi patène ministérielle fpatena mmisterialisj, destinée à donner la communion aux fidèles; l'usage des ciboires actuels n'étant pas encore établi. Cette patène était fort grande, et était munie de deux anses pour qu'on pût la porter commodement; aussi était-elle ordinairement fort lourde. Anastase, dans ses Vies des papes ^ parle de plusieurs patènes en or et en argent ornées de pierres précieuses , qui pesaient jusqu'à 25 ou 30 livres. Constantin en avait donné à la basilique de Latran sept en or et quinze en argent , pesant chacune 30 livres.

2® La patène à offrande foffertorium) , dans laquelle on recevait les pains que les fidèles appoi:taient pour le Saint-

es) C'est parce que ces grandes patènes pouvaient gêner le célébrant que les sous-diacres les tenaient en dehors de l'autel pendant une partie de la messe ; ce qui s'observe encore aujourd'hui , bien que la raison prenoiière n'existe plus .

Saiiit-Sacrifice; elle devait être très-grande aussi. Il y en avait on or, en argent et en cuivre. Il paraît que ces grands bassins en cuivre , fort anciens , que Ton rencontre en certaines églises et qui servent aujourd'lmi à recevoir les offrandes et les quêtes , avaient été primitivement de véritables patènes à offrandes.

3<^ Une espèce de patène plus petite , ronde et profonde , appelée écuelle fscutellaj. On la plaçait sous le menton des communiants , pour recevoir les parcelles qui tombaient de la sainte Hostie. De là T usage de tenir la patène du Sacrifice sous le menton des communiants , et de placer un vase en forme de bassin , ou une grande patène , à la grille des chapelles de certaines religieuses pendant qu'elles y communient (*). Dans certaines paroisses où Ton a conservé Tusage de porter toujours la patène en donnant la sainte communion aux fidèles , on a fait faire des patènes munies d'un anneau , afin que le célébrant pût tenir tout à la fois le ciboire et la patène de la main gauche. On fait aussi aujourd'hui des ciboires dont le couvercle , en s'ouvrant, sert de patène.

En Orient, les patènes consistent encore en de grands bassins garnis de couvercles attachés au moyen de charnières. Les Arméniens seuls ont pris des patènes comme les nôtres.

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