CHAPITRE IL DES LIVRES LITURGIQUES EH PftRTICUUER
I. Le Sacramentaire. Sacramentorium , Codex sacramentorum. — Les anciens sacramentaires de saint Gélase et de saint Grégoire renfermaient non-seulement la série de toutes les messes de Tannée, mais encore les formes de tous les autres sacrements.
IL Le Missel. Missalis ou Uissale.— Le missel contient tou-
tes les prières du Saint-Sacrifice de la Messe à l'usage du prêtre qui la célèbre. Ce nom, déjà usité au commencement du ix* siècle, ne devait pas être nouveau alors ; mais il remonte probablement vers le v« siècle de TÉglise, où le moi missa [messe) était reçu. Au moyen-âge , il y avait trois espèces de missels : un missel qui ne contenait que les collectes , les préfaces et le canon. Le prêtre n'avait pas besoin du reste qui était chanté ou récité par les autres ministres sacrés ou par le chœur. Dans le second, il ne manquait que les épîtres et les évangiles qui étaient chantées ou récitées par le sous-diacre et le diacre. Le troisième était complet et s'appelait missel plenier. Il était nécessaire dans les petites églises où le prêtre n'avait ni sousdiacre ni diacre et devait tout dire lui-même.
Rome, Florence, Paris, possèdent des missels magnifiques* Le grand séminaire de Poitiers en a un orné de miniatures précieuses. La bibliothèque de la ville d'Avignon possède le superbe missel de Clément VIL
III. Le Bréviaire. Breviarium, Cursus. — Le bréviaire est un livre de prières , qui contient Tofilce canonial composé des heures suivantes : Matines, laudes, prime , tierce, sexte, none, vêpres et complies pour toute l'année. Son usage remonte aux premiers siècles de TÉglise ; mais il portait alors le nom de cursus [cours] , et était d'une longueur considérable.
Au XI* siècle , le pape saint Grégoire VII , excessivement occupé, en fit faire un abrégé pour l'usage de sa maison. Il prit , dès lors , le nom de Breviarium , et fut promptement adopté presque partout. Cependant, il fut encore un peu abrégé sous les papes Grégoire IX et Nicolas III ; et c'est ce dernier abrégé qui est le bréviaire romain actuel , corrigé par le pape saint Pie V.
Le DiURNAL est un extrait du bréviaire, et ne renferme que l'oflSce du jour sans les matines et les laudes.
Quelques bibliothèques possèdent des bréviaires du moyenâge extrêmement curieux.
IV. L'Ordre romain ou les Ordres romains. Qrdo romanusy Ordines romani. — On donne ce nom à plusieurs opusculesqui renferment, en partie plus ou moins considérable, l'ordre ou la série des principales cérémonies observées dans l'Église romaine, depuis les premiers siècles du christianisme jusqu'à
Diaitized bv
Qos jours. Ils sont au nombre de seize, composés à des époques très-différentes, puisque le plus ancien peut remonter au temps du pape saint Gélase (v® siècle), et que le dernier ne date que du XIV® siècle. (V. Migne, Patrol, t. 78.)
V.L'EvANGÉLiAiRE ouÉvANGÉLiSTAiRE.Corfeor evaniQ cUorum . — Il renfermait les leçons tirées des saints évangiles, qui se lisaient ou se chantaient pendant l'office sacré. Ce n*était souvent aussi que le recueil des quatre évangiles. Ce livre liturgique était celui qui était le plus honoré et le plus richement décoré.
Parmi les riches évangéliaires conservés dans les grandes bibliothèques, on cite celui de Toulouse, dit de Charlemagne. Voir aussi le beau travail de M. de Bastard à la bibliothèque de la ville de Nimes , et ailleurs. La ville de Montpellier possède un évangeliaire du ix® siècle.
On donne aussi le nom d'évangéliaire au riche étui qui servait à serrer ces Jivres.
VI. Le Lectionnaire. Lectionarium. — Il renfermait les leçons tirées des Prophètes , des épîtres et quelquefois aussi des évangiles. Le Lectionnaire portait aussi le nom d'ÉpistoUer. La bibliothèque de Villeneuve-les- Avignon en possède un fort beau de \ 699 , ainsi que plusieurs autres livres liturgiques de la dernière période du moyen-âge.
VII. Le Psautier. Psalterium. — Le Psautier contenait, comme aujourd'hui , les psaumes qui se récitaient ou se chantaient aux offices. Anciennement, tous les psaumes étaient partagés en cinq séries dont chacune se terminait par un des cinq psaumes qui finissent par fiât, fiât.
En Orient , ils sont partagés en vingt stations ou pauses.
VIII. L'Antiphonaire , Antiphonier. Antiphonarium. — Il contenait tout à la fois, et les antiennes , et les versets, et les répons y qui se chantent aux divers offices religieux. On rappelle aussi quelquefois Responsonarium.
On cite un très-bel antiphonaire du moyen-âge, du xv® au XVI® siècle , à Toulouse.
IX. Le Graduel, Graduaire. Graduale, Graduarius. — Le Graduel renfermait, comme il renferme encore aujourd'hui, les introits, les graduels, etc., qui se chantent à la messe.
La bibliothèque de Nimes en possède un du xii® siècle.
X. Le Trophonaire. Trophonarius. — C'était le livre des tropes. On entendait par là les proses, les séquences et autres
chants entremêlés qu'on plaçait autrefois , par exemple, avant V introït, entre les kyrie, comme kyrie rex splendens , etc. M. Morelot, professeur à l'Assomption à Nimes, en possède un fort ancien.
XL L'Ordre du baptême. Baptisterium. L'Ordre de la PÉNITENCE. Canones pœnitentiales. — Ces livres renfermaient les règles et les cérémonies à suivre dans l'administration de ces deux sacrements. Ils sont remplacés par le Rituel,
XIL Le Comput ecclésiastique. Computus. — Ce livre traitait du calendrier ecclésiastique , et il se trouve maintenant en tête des missels et des bréviaires, dans VOrdo, etc.
XIIL Le Passionnal ou Passionnaire. Passionarius , Passionale. — Il contenait les actes des confesseurs et des martyrs, et se lisait à leurs fêtes. Il est remplacé par le Martyrologe , fort ancien d'ailleurs dans l'Église.
XIV. Le Légendaire. Legendd, Legendarinm, — Ce livre contenait les vies des saints. Ces deux derniers ouvrages sont fondus dans le Bréviaire.
XV. L'HoMÉLiAiRE. Homeliœ, — Il contenait les homélies des Saints-Pères.
XVI. Le Sermologue. Sermologus,Sermonarium. — C'était le recueil des sermons que les papes , les pères et autres saints personnages avaient composés. Il est remplacé par nos sermonaires.
XVII. La Bibliothèque. Bibliotheca, — C'était une collection des livres de l'ancien et du nouveau Testaments , la Bible.
XVIII. Le Pontifical. Pontificale, — C'est le livre qui contient les formules et les cérémonies des sacrements que les évêques administrent eux-mêmes , comme la Confirmation et l'Ordre , ainsi que les consécrations et les bénédictions qui leur sont réservées.
XIX. Le Cérémonial des évêques. Ceremoniale episcoporum. — Il contient toutes les cérémonies de la messe , des vêpres, etc., à l'usage des évêques.
XX. Le Processionnal. Processionale. — Il renferme les chants et les prières usités dans les processions, etc.
Nota. — 1° On trouve encore quelques exemplaires précieux de ces anciens ouvrages. Nous recommandons avec instance aux ecclésiastiques de les conserver soigneusement. Ils deviennent de plus en plus rares.
2** Les fidèles ont à leur usage des Heures , des Eucologes^ des Paroissiens y des Offices ^ etc., et môme des Missels et des Bréviaires.
Parmi les Heures manuscrites du moyen-âge avec vignettes et miniatures , on cite celles de la reine Emma , d'Anne de Bretagne , de saint Louis. Parmi celles qui furent imprimées aux xv« et XVI® siècles avec gravures sur bois, on signale celles de Simon Vostre, dont il existe plusieurs exemplaires. Le se minaire de Nimes en possède un , etc.
Nota. — Les lettres employées dans les manuscrits des livres liturgiques pendant le moyen-âge, sont la capitale romaine, Fonciale, la minuscule et la gothique. Les manuscrits entièrement écrits avec les capitales romaines sont antérieurs au IX® siècle. Il en est de même des manuscrits entièrement écrits en lettres onciales. Cependant, quelques-uns de ces derniers peuvent être du ix® et même du x® siècles.
La capitale et Tonciale continuent toutefois à être employées dans les titres, les rubriques, etc., après même qu'elles ont cessé d'être employées dans toute la teneur des manuscrits, jusque dans le xii® siècle. Lorsqu'on n'employa plus la capitale ou l'onciale d'une manière continue dans les manuscrits liturgiques , on se servit de la minuscule plus ou moins régulière jusqu'à l'adoption des lettres gothiques, qui eut définitivement lieu au xiii® siècle.