‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 95 sur 112 · DES LIVRES LITURGIQUES EH GEHERHL · texte numérisé non relu

DES LIVRES LITURGIQUES EH GEHERHL

I. Pendant les premiers siècles de l'Eglise, au milieu des persécutions les plus cruelles, les livres liturgiques, comme on le comprend, devaient être fort peu nombreux. Il est probable même qu'avant les iv® et v® siècles on ne mit par écrit ni la liturgie sacrée , ni l'ordre de la messe , ni les formules des autres Sacrements, pour ne point les exposer à la curiosité et aux profanations des païens ; on se contentait de les confier à la mémoire des évoques et des prêtres (*). Cependant s'il n'y avait pas encore de rituels proprement dits, il n'est pas moins avéré qu'il existait déjà certains livres destinés aux usages du culte catholique , tels que des extraits des prophéties , des leçons tirées de l'Ancien-Testament , des Evangiles et des Epîtres des Apôtres, et autres recueils qu'on lisait ou qu'on chantait dans les assemblées religieuses.

Au iv« siècle , le pape Damase, saint Grégoire de Nazianze, etc. , composèrent et écrivirent quelques parties de la liturgie.

Au v® , les papes saint Célestin et saint Gélase écrivirent des sacramèntaires. Les Grecs eurent quelques-unes de leurs liturgies particulières , et la France reçut la liturgie gallicane écrite et composée , en partie, par Musée , prêtre de Marseille, à la prière de son évêque.

(*) Le Père dom Guéranger croit qu'il devait exister quelques ritaelf écrits pour remédier aux ioDOTations ou au défaut de la mémoire ; mais ih étaient rares et tenus secrets .

Au VI*' siècle, saint Grégoire-le-Grand retoucha, corrigea et augmenta les sacramentaires de ses prédécesseurs , et donnai des règles pour le plain-chant , etc.

Dès lors il y eut des livres liturgiques en assez grand nombre.

Au Concile d'Aix-la-Chapelle de 816, on en compta douze tous différents.

Au XIII® siècle, Durand de Mende^ y en ajoute quatre autres. Nous en parlerons au chapitre suivant.

II. L'Eglise a toujours eu pour les livres liturgiques le respect le plus grand. Les saints Evangiles surtout ont été de tout temps environnés d'un certain culte religieux , qui s'étendait plus ou moins à tous les autres livres employés dans l'office divin. On en prenait autant de soin que des vases sacrés. Comme ceux-ci, ils étaient enfermés dans des armoires fort propres , et souvent très-ornées , confiées à la garde des lecteurs ; et tout chrétien assez lâche pour les livrer aux païens, même pour sauver sa vie, était regardé comme un impie et un sacrilège. Dès les premiers temps du Christianisme on s'appliqua à les orner avec la plus grande magnificence , on y employa les matières les plus recherchées , le velin le plus beau, les couleurs les plus brillantes , et on choisit pour les faire les calligraphes les plus habiles. Ce sont les moines qui , de bonne heure, furent chargés de les exécuter avec toute l'adresse et toute la patience dont ils étaient capables; et, il faut l'avouer, ils firent des chefs-d'œuvres de calligraphies , qui nous étonnent encore aujourd'hui. Rien, en effet, n'est beau en ce genre comme ces admirables manuscrits du moyen-âge, enrichis de magnifiques lettres ornées, avec un goût et un soin infinis , de miniatures merveilleuses où l'or, l'argent et les couleurs les plus vives le disputent à la beauté, à la variété et à la délicatesse des ornements et des dessins. Les couvertures elles-mêmes étaient d'une richesse de matière et d'un luxe d'ornementation qui étonnent. Ce sont parfois des tablettes d'ivoire découpées à jours ou sculptées avec la plus grande délicatesse ; d'anciens diptyques d'un rare travail , adaptés à ce nouvel usage ; de ' plaques en métal riche et précieux, en or, en argent, en cuivre doré, et relevées en bosses, sculptées et ciselées avec un talent très-remarquable; il y en a qui sont entièrement en or pur, ou ornées de lames et d'ornements en argent ; d'autres sont ornées de belles peintures , de mosaïques , de pierres fines , de

perles , de camées , de diamants du plus grand prix. Sur les unes sont représentés des feuilles , des fleurs , des fruits , des enroulements, des oiseaux, des animaux réels ou fantastiques; sur d'autres ce sont des personnages , des scènes sacrées de l'ancien , du nouveau Testaments , ou des légendes des saints.

Dans les plus anciens, on remarque le labarum ou le monogramme de Notre Seigneur. D'un côté est le mot ops, c'est-àdire opus {travail^ œuvre). Cependant, quelques reliures ne sont qu'en bois plus ou moins sculptées , ou couvertes d'un cuir doré orné de dessins variés, etc. (298.)

Quelques couvertures des livres liturgiques renfermaient des reliques de saints richement encadrées.

Pour conserver ces riches manuscrits , on avait soin de les enfermer ordinairement dans des étuis souvent aussi richement décorés que les manuscrits eux-mêmes. Il y en avait en or, en argent, en ivoire, sculptés et ornés de pierreries.

On trouve encore quelques-uns de ces précieux livres liturgiques dans les grandes bibliothèques. Nimes, Villeneuve-les- Avignon, Avignon, Montpellier, etc., en possèdent quelques-uns qui ne sont pas sans intérêt; mais Paris, Rome, Florence, possèdent de véritables trésors en ce genre. (V. à la m® partie ce que nous dirons des miniatures ; et pour plus de détail, voir le 3® vol. Aes Institutions liturgiques, de D. Guéranger.)

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