‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 130 sur 393 · Chambeyron, p · texte numérisé non relu

Chambeyron, p

Les courants du canal de la Havannah ' et de la passe de la Sarcelle, à l'extrémité méridionale delà Nouvelle-Calédonie, sont des courants de marée, mais ce sont les plus forts et les plus irréguliers que Ton rencontre dans l'archipel. Ils méritent une mention spéciale. Il se produit dans la Havannah des remous extrêmement violents, qui se déplacent continuellement et rendent la mer tellement dure et clapoteuse, que la chaîne des récifs semble ininterrompue de la Grande-terre à l'île des Pins. Le mascaret (tel est le nom qu'on donne à ces remous en Nouvelle- Calédonie), élevé parfois de plusieurs mètres, barre toute la grande passe de son écume blanche et offre l'aspect d'une colossale écluse de moulin. Ce phénomène s'explique par la différence d'heure de l'établissement du port sur les deux côtes ; la mer est pleine à Yaté trois heures avant de l'être à la Havannah. Pendant la moitié du flot et la moitié du jusant, il existe donc deux courants contraires qui se rencontrent presque à angle droit devant la Havannah. À l'époque des vives eaux, le flot et le jusant ont une vitesse de 4 à 5 milles à l'heure dans la passe. Naturellement, l'intensité du phénomène est fort accrue lorsque régnent des vents violents de sud-est, qui lancent les lames à rencontre du courant de jusant sortant de la Havannah. C'est, disent les indigènes, pendant que poussent les ignames que ce phénomène arrive, mais il faut aussi qu'on ne voie point la lune, et qu'il y ait eu la veille une grande brise de sud-est : superstition qui repose sur trois faits exacts, le mascaret se produisant surtout pendant la saison chaude, aux grandes marées de nouvelle-lune, et après des coups de vent de S.E.

Le Grand-Passage * joue, par rapport aux courants de marée, le même rôle dans le nord de la Nouvelle-Calédonie que la Havannah dans le sud. Les six passes qui existent dans le récif de Cook semblent constituer un déversoir préalable qui diminue un peu dans le passage la violence des courants de marée. Néanmoins le mascaret s'y fait sentir, la mer devenant promptement grosse et clapoteuse.

L'heure du plein et la direction des courants présentent d'ailleurs beaucoup d'autres irrégularités encore mal connues, particulièrement dans le Grand-récif du nord, où les marées sont tantôt fort en avance, tantôt légèrement en retard sur Nouméa.

Ainsi la marche des vents, la profondeur des mers, l'orientation des terres, donnent lieu dans le Pacifique occidental et dans les parages calédoniens à de singulières diversités de détail, à une foule de remous . et de déviations, aussi bien pour les courants marins généraux et locaux que pour les courants atmosphériques.

1. Chambeyron, Instructions nautiques , p. 14. Jouan, Mêm. Soc se. Cherbourg, 1864, p. 266. Bouquet de la Grye, Une exploration en Nouvelle-Calédonie, Paris 1891, iû-4% p. 9.

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