SYNTHÈSE DU CLIMAT CALÉDONIEN
Tout ce qui tombe à la surface de la terre sous forme de pluie doit se partager, on le sait, entre l'évaporation, l'infiltration et le ruissellement. Quelle est la part de chacun de ces trois facteurs en Nouvelle-Calédonie? Il n'est pas facile de le déterminer exactement; c'est cependant de ce côté qu'il faut probablement chercher la clef des singularités du climat.
Par la quantité d'eau totale aussi bien que par le nombre de jours de pluie, le climat calédonien, on l'a montré, est plutôt un climat sec. Mais la sécheresse comprend deux termes : la quantité de pluie d'une part, qui est en quelque sorte la recette pour le sol, et d'autre part l'évaporation qui représente pour ainsi dire la dépense. Or, l'évaporation dépend de la température de l'air, de l'insolation qui échauffe le sol et dévore l'eau, de la sécheresse de l'air, laquelle dépend de la direction du vent. Les renseignements qu'on a donnés sur les précipitations ne suffisent donc pas pour faire connaître si la Nouvelle-Calédonie est un pays sec ou humide ; il faut encore se renseigner sur l'évaporation. L'étude de l'évaporation, un des agents climatériques les plus importants pour les géographes, n'a guère été faite par les météorologistes en aucun pays, et les résultats auxquels on arrive à cet égard sont contestables. M. Louvet * a cependant entrepris à Nouméa des observations atmidométriques. En 1884, la quantité de pluie reçue parle sol ayant été 888mm,4, la quantité d'eau évaporée par une surface liquide libre a été à peu près le double (1789mm), et M. Louvet pense que, par la voie du sol, cette évaporation aurait pu être évaluée à 2l69mm environ. En 1885, la quantité pluviale totale a été un peu supérieure à celle de 1884 (905mm,3); mais le déficit s'est trouvé encore relativement plus fort, puisque l'évaporation annuelle a été de 2164œm,45 pour une surface liquide libre, et de 2623mm environ par la voie d'un sol supposé toujours nu et humecté.
1. Louvet, Coup d'œil, p. 35. On sait qu'il n'exi3te pas de bon évaporomètre.
Il n'est donc pas surprenant que les colons se soient plaints de cette aridité; que les journaux de Nouméa aient été remplis de détails sur le dessèchement des cours d'eau et des mares, sur l'effrayante mortalité du bétail, sur les incendies de la brousse, sur le rationnement en eau potable de la population du chef-lieu. Les chaleurs ont été excessives et la radiation solaire intense en décembre 1884; M. Louvet a vu la température s'élever à 52° au soleil, et plusieurs jours de suite se maintenir au soleil des après-midi entre 45° et 48°, comme cela s'était produit en décembre 1868.
Le fléau de l'invasion des sauterelles ! a-t-il un rapport avec les grandes périodes de pluie et d'aridité? M. Louvet déclare n'avoir pas trouvé ce rapport de cause à effet. Il incline à penser que l'apparition des sauterelles suit les périodes estivales à radiation solaire excessive alternant avec des pluies peu copieuses. Les années de sauterelles sont des années relativement sèches au point de vue de la quantité d'eau reçue par le sol. Les plus terribles invasions ont été assurément celles de février et mars 1869 : « C'est vers le milieu de février, après les premières pluies, dit Heckel, qu'ont paru dans toute la presqu'île de Nouméa des nuées de sauterelles, dévorant en un clin d'œil les jeunes pousses, couvrant littéralement les rues du chef-lieu, au point d'entraver lamarche, ettapissant complètement les façades des maisons; les cadavres de ces insectes engendraient, partout où ils succombaient, une fétidité insupportable. » Or 1869 est l'année du minimum de pluie annuelle (749mm,3). Le rapport de cause k effet paraît donc plus évidentque ne le dit M. Louvet; s'il ne l'a pas découvert, c'est peut-être parce que des observations bornées à la seule ville de Nouméa sont forcément viciées et incomplètes, et ne peuvent faire connaître le véritable climat de l'île K En tout cas, la [possibilité de l'invasion des sauterelles dans un pays a toujours été regardée comme le signe d'un climat sec et presque désertique. Étrange climat que celui de cet archipel Calédonien, qui concilie des phénomènes réputés ailleurs contradictoires! de cette île du Pacifique qui a des sauterelles comme l'Australie et le Sahara, des cyclones comme le golfe du Bengale et la mer des Antilles !
Les années de grande sécheresse 1883-84-85 ont eu des pressions atmosphériques exagérées, des températures moyennes plus basses, des alizés plus constants et bien moins fréquemment interrompus par des vents de Nord ou d'Ouest, qui tendaient à être remplacés par des bourrasques de vent régnant.
Il paraît difficile que l'évaporation ne soit pas, en Nouvelle-Calédonie,