Pelatan, p. 11, 28, et renseignement oral
traversant les couches de terre dure et compacte de la surface, divisent les couches schisteuses sous-jacentes et préparent leur transformation en argiles.
Dans la région que parsèment les bouquets de niaoulis, la végétation est presque exclusivement formée de plantes humbles et herbacées ; les Graminées, les Légumineuses, les Composées, y formentde vastes prairies. Trois plantes, au dire de Balansa1, sont la base de presque tous les pâturages calédoniens :i° Andropogon Allionii, la plus rustique et la plus commune des graminées calédoniennes, plante à aire géogra-
maoulis : presqu'île d'arama, hlne ao. Photographies communiquée par M. L. Pelalan.
phique très vaste, presque cosmopolite, et qui se retrouve même dans le midi de la France ; elle couvre les sommets et les pentes arides des collines schisteuses. 2° Andropogon cinctus, excellente plante fourragère, dans les terres profondes et riches ; 3° Imperata Kœniyiiy dans les bas-fonds humides à sous-sol peu perméable. Si on ajoute une Composée, Wollaslonia, une Légumineuse, Pachyrhizus textilis (magnagna), on a les plantes composant la majorité des pâturages. Les terrains sédimentaires de la côte ouest sont seuls favorables à la croissance des Graminées, qu'on ne rencontre ni dans les forêts vierges, ni dans les immenses étendues de terrains de formation éruptive. Les pentes arénacées des terrains crétaciques sont couvertes d'herbages et parsemées de niaoulis. Sauf
I. Bull. Soc. Géogr., 1873, p. 117. Bull. Soc. Bot an., t. XIX, p. &I5.
quelques mornes escarpés, d'un grès trop friable pour permettre à la végétation de prendre pied, qui piquent le paysage du blanc éclatant de leurs sommets dénudés, le pays est verdoyant1.
Çà et là quelques îlots véritablement boisés, d'essences autres que le niaouli, assiégés en quelque sorte par la mer des Graminées, subsistent dans les plaines et sur les collines, sur tous les points où les schistes dominent. Mais dans son ensemble la région du niaouli et des graminées peut être qualifiée de savane calédonienne. « La végétation, dit Balansa ', n'a rien de tropical; on croirait, en cheminant à travers ces plaines, parcourir certaines contrées de la France et de l'Orient. »
4° La région qui correspond aux parties les plus infertiles et les plus sèches de la grande formation serpentineuse a un caractère presque désertique. Cette aridité reconnaît pour cause tantôt la composition chimique du sol et la quantité excessive de fer qui y est contenue, tantôt la raideur des pentes : « Une terre qui manque d'épaisseur est infertile, absolument soumise aux influences atmosphériques, et notamment incapable de résister à la sécheresse. Deux terres inégalement fertiles diffèrent souvent plus par leur épaisseur que par leur composition3. »
Le plateau des Lacs est la région la plus stérile de toute la Nouvelle- Calédonie ; sa forme de plateau à bordure est essentiellement défavorable, et surtout sa constitution chimique le rend en général impropre au développement de la végétation. Les argiles ferrugineuses, lavées par les pluies torrentielles, laissent à nu Ja roche éruptive ou le minerai de fer (fer peroxyde et chromate de fer), tantôt en blocs énormes, massifs et solides, tantôt en grains ou en sables. Il en est de même à l'île Ouen : les fragments de fer* de forme sphéroïdale y ressemblent à des boulets assemblés pêle-mêle ; les indigènes s'en servaient dans leurs guerres en faisant rouler ces galets sur les assaillants. La quantité de fer contenue dans le sol de la région des Lacs est tellement considérable que, par suite des déviations extraordinaires de l'aiguille aimantée, la boussole ne peut servir à se guider dans ces parages.
Cette région si originale a été souvent décrite: « Rien ne saurait rendre5 l'indéfinissable sensation de solitude profonde et de morne abandon qui étreint le cœur en présence de ce panorama inoubliable du plateau des Lacs. Derrière soi, on a de hautes montagnes abruptes et désolées ; devant soi, la plaine à perte de vue, silencieuse, immobile ; au