Chambeyron, B. S. Géogr., 1875, p
rend aptes à recevoir et à conserver une plus grande part d'humidité, présentent, au lieu des broussailles d'aspect désertique, de belles forêts exploitables, où dominent les araucarias (Araucaria Cookii et Araucaria Rulei), les chênes-gommes (Spermolepis gummifera), les kaoris ou dammaras (Dammara lanceolata, D. ovata). Le Spermolepis gummifera surtout est aussi caractéristique, par son extrême abondance, de la région serpentineuse, que le niaouli de la région nonserpentineuse. M. Heckel1 a pu subdiviser en huit zones distinctes cette région méridionale de la Nouvelle-Calédonie. Néanmoins, la carte qu'il donne * montre combien est relativement faible la place qu'y occupent les espaces boisés.
D'autres régions de la Nouvelle-Calédonie présentent un caractère analogue, bien qu'à un moindre degré. La végétation y est formée de Dilleniacées, d'Épacridées, de maigres Fougères, d'une Cypéracée à feuilles raides et coupantes, Fimbristylis. Les espèces végétales varient avec l'altitude ; mais partout où le sol est trop aride et trop ferrugineux, la végétation reste maigre, les grands arbres se réduisent à l'état de buissons.
C'est cette région, assez analogue en certaines de ses parties au scrubb australien, que Balansa a très bien nommée la Calédonie Pétrée*.
5° Il ne faudrait pas croire, comme certains écrivains, géologues ou botanistes, tendraient à le laisser supposer, que la formation serpentineuse se présente uniquement sous cet aspect lamentable. Le plateau des Lacs est assurément la partie la plus désolée de la région serpentineuse et de la colonie toute entière. Comme il est très voisin de Nouméa, qu'il a été par suite connu plus tôt et plus complètement, qu'il se présente tout d'abord aux yeux du nouvel arrivant, explorateur ou colon, on a une tendance à se figurer toute l'île à sa ressemblance. C'est surtout cette partie qu'avait en vue M. Garnier lorsqu'il parlait 4 de ces « sites désolés, de ces terrains bouleversés, abrupts, difficiles à la marche, recouverts d'argile rouge au milieu de laquelle végètent çà et là quelques bouquets d'arbustes chétifs. » « Tous les points, dit-il, où dominent les éruptions serpentineuses sont inhabités et inhabitables. » Ces descriptions sont vraies surtout du plateau des Lacs. Dans le reste de l'île, les serpentines, sans avoir un aspect très engageant, sont un peu moins arides. Il faut se garder à cet égard de toute exagération.