J. Garnier, Nouvelle-Calédonie, côte orientale, p
- La présence des chauves-souris et des rais ne peut assurément être regardée comme une exception pour la distribution géographique ; mammifères au point de vue de la classification zoologique, les Chéiroptères ont évidemment, grâce à leurs ailes, un pouvoir de dispersion très différent de celui des autres animaux de ce groupe. Les rats, par leur petite taille, leur régime omnivore et la facilité avec laquelle l'homme les transporte involontairement, sont des animaux tout à fait cosmopolites. Déjà avant l'époque historique, ils ont dû suivre les Malais et les Polynésiens dans leurs migrations.
Des chiens et des cochons donnés par Cook1 n'ont pas laissé de traces, détruits sans doute par les Canaques. Les Européens ont introduit, en fait d'animaux vivant à l'état libre, le lièvre, le cerf-axis de la Réunion2, quelques kangourous8; parmi les bœufs, les cochons, les chats et même les chiens, un certain nombre tendent à redevenir sauvages.
On peut donc dire que la Nouvelle-Calédonie est totalement dépourvue de mammifères indigènes, et rien n'indique qu'il n'en ait pas toujours été ainsi4. Il y a là un premier caractère négatif fort important, se retrouvant dans la Nouvelle-Zélande, qui n'a pas fourni un seul ossement de mammifère non aérien. Quant à l'Australie, elle manque, comme la Calédonie, des principaux ordres de mammifères placentaires : singes, pachydermes, ruminants, etc. Elle est en revanche, comme on sait, le continent des marsupiaux et des monotrèmes 5. Ces derniers mammifères, sauf quelques représentants dans l'Amérique du Sud, y sont actuellement confinés ; ils s'avancent seulement par quelques espèces dans l'est de l'archipel Malais, la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Irlande 6. La « marsupialité », qui est le caractère distinctif de la mammalogie australienne, ne se rencontre pas aux Hébrides; ces lies comptent seulement un porcidé (sans doute le cochon introduit et retourné à l'état sauvage), qui fait défaut en Calédonie, en Polynésie et en Nouvelle-Zélande.
Comment expliquer ces faits? De l'absence en Australie de tous mammifères autres que les marsupiaux, Neumayr conclut que la séparation de l'Australie d'avec le continent asiatique a eu lieu à l'époque mésozoïque, et que depuis ce temps la faune est restée isolée de celle du reste du globe. L'absence de mammifères en Nouvelle-Zélande et en
1. Brainne, Nouvelle-Calédonie, p. 208. Germain, Bull. Soc. Acclimat., 1875, p. 384. ?. Introduit en 1862.
3. Frauenfeld, Verhandl. der k. k. zool. Gesellsch. in Wien, 1867, p. 483.
4. La prétendue découverte d'une dent de rhinocéros fossile est très problématique, pour ne pas dire apocryphe (V. Filhol, Ann. Se. natur., 6« série, t. 3, p. 34).
5. Sur la distribution géographique des mammifères, v. le récent article de Sclater, Geogr. Journal, 1894, t. III, p. 95.
6. D'après Meinicke (t. I, p. 30), les marsupiaux s'avanceraient jusqu'aux Salomon.
Calédonie doit donc s'expliquer par un isolement plus ancien encore1* M. Jouan2 estime que « si quelques communications ont jamais existé entre la Nouvelle-Zélande, la Calédonie et l'Australie, elles ont dû cesser avant l'époque où les mammifères ont commencé à se montrer dans cette dernière contrée ». L'union, dit Wallace8, doit remonter jusqu'à une époque où l'Australie elle-même n'avait pas reçu les ancêtres de ses marsupiaux et de ses monotrèmes actuels4. Balansa6 rapproche l'absence de mammifères en Calédonie de l'absence des graminées et des autres familles qui, dans toutes les flores du globe, tiennent le premier rang : « Ces familles, dit-il, forment presque partout la base des pâturages; aussi, en considérant que les mammifères manquent à cette terre, on serait tenté de ne voir là qu'un effet et sa cause. » L'explication est juste et ingénieuse, mais elle ne contredit nullement la précédente ; la faune comme la flore est en grande partie de l'époque secondaire et manifeste un isolement très ancien.
La faune erpétologique, si elle est un peu plus riche, n'est pas beaucoup plus originale. On ne rencontre en Calédonie aucun reptile venimeux terrestre 6. On trouve seulement 7 un certain nombre de Platydactyles, de la famille des Geckoïdiens, et quelques Lézards. M. Bavay compte dans ces deux familles des Geckoïdiens et des Scincoïdiens, une vingtaine d'espèces, mais plusieurs ne sont sans doute que des variétés.
Beaucoup de ces espèces sont spéciales à l'île, d'autres étant au contraire tout fait cosmopolites. La plus remarquable est un énorme gecko blanchâtre, de 3 à 4 décimètres, qui vit sous les vieux arbres. Un des petits geckos calédoniens pénètre aux fies Huon et Surprise8, ce qui est le meilleur indice de sa facilité d'expansion. Quant aux Amphibiens, ils manquent totalement en Calédonie.
1. This continent dates back to a time when mammals were not in existence in the Pacific région, just as Australia dates froni a time when ODly marsupial inam mais were in existence (Jukes Browne, Nalural Science, 1893, 1. 11, p. 192).