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LA FAUNE CALÉDONIENNE

La faune delà Nouvelle-Calédonie, pas plus que la flore, n'a fait l'objet d'aucun travail d'ensemble. Quelques remarques générales de MM. Vieillard et Deplanche, Montrouzier ; des notices de MM. Verreaux et des Murs, Jouan, Marie pour les oiseaux; de M. Bavay pour les reptiles; de MM. Fauvel, Montrouzier pour les insectes; de M. Gassies pour les mollusques d'eau douce; de MM, Jouan, Milne-Edwards, Fischer, etc., pour les animaux marins, ne sont que des contributions isolées et fragmentaires * : ce sont les matériaux d'une étude générale qui reste à entreprendre.

Pour la faune de l'île Canaque, comme pour la plupart des autres phénomènes envisagés dans leurs rapports avec la géographie, deux traits paraissent tout à fait caractéristiques et rendent compte des anomalies que l'on constate. Le premier de ces traits est l'extrême isolement, qui explique l'apparence fragmentaire, l'aspect étrange et l'évolution spéciale de la faune comme de la flore. Le second est le caractère mixte qui fait de la Nouvelle-Calédonie une terre mi-tropicale, mi-tempérée, échappant, par sa situation à la limite du tropique et surtout par sa grande altitude relativement à son étroitesse, aux classifications traditionnelles en matière de climat. D'où il résulte qu'elle tolérera côte à côte non seulement des plantes, mais des animaux qui d'ordinaire paraissent s'exclure et qui sont regardés comme appartenant à des faunes différentes.

On ne trouvera pas ici cette vie intense, cette exubérance qui caractérise beaucoup de contrées intertropicales ; pour la faune comme pour le climat, on peut se demander si on est en présence d'un pays tropical, ou d'un pays tempéré ; comme pour le climat, on est amené à reconnaître la médiocre valeur de ces classifications, et à dire que la faune calédonienne est surtout celle qui convient à un pays très isolé et montagneux.

Mais l'isolement aura produit des effets d'autant plus importants qu'il

1 . Voir la longue liste de ces travaux dans Léon Vallée, Essai d'une bibliographie de la Nouvelle-Calédonie, 1883, in-18.

aura été plus prolongé et plus continu. Pour comprendre le caractère de la faune calédonienne, il ne suffit donc pas d'indiquer ses relations avecla nature du sol, le relief, le climat, la flore, tels qu'ils se présentent actuellement ; « c'est une erreur, dit Wallace, de croire que la distribution des animaux est due uniquement aux différences de climat et de végétation. » Il faut examiner quelles relations la faune calédonienne présente avec les faunes des autres contrées, si elle paraît s'être trouvée, à une époque plus ou moins reculée, en contact avec ces faunes, et avec lesquelles.il faut distinguer entre les divers groupes d'animaux suivant leurs moyens de dispersion, et suivant l'époque à laquelle ils ont paru sur le globe. Il faut enfin jeter un coup d'œil sur l'ensemble du règne animal et ne pas se borner, comme on l'a très justement reproché à Wallace1, aux mammifères et aux oiseaux, qui sont les groupes d'animaux les moins instructifs à bien des égards, particulièrement dans les archipels du Pacifique.

En ce qui concerne la faune terrestre, un premier fait très frappant est l'absence de mammifères2 en Nouvelle-Calédonie. Les seules exceptions sont celles de trois ou quatre espèces de chauves-souris et d'un ou deux rats. Deux espèces (ou variétés) de chauves-souris sont des Roussettes ou Vampires. La roussette 8 a environ 25 centimètres de long, une grosse tête, avec des oreilles couvertes de longs* poils au sommet, et un museau en pointe armé de dents formidables, rappelant en miniature la tête de l'ours ou du renard : aussi l'appelle-t-on parfois renardvolant. Les yeux sont vifs et intelligents; tout le corps est couvert d'une fourrure fauve et noire, formée de poils assez longs. Les ailes sont des membranes noires soutenues par de grêles phalanges qui courent en divergeant, et se terminent par une griffe solide dont l'animal se sert pour s'accrocher aux branches. Ces ailes sont assez longues pour que la roussette, lorsqu'elle les déploie, atteigne parfois jusqu'à un mètre d'envergure. Elle vit ordinairement dans les montagnes et au milieu de l'obscurité des hautes forêts ; elle est inoffensive, se nourrissant de préférence des graines de niaoulis et de banians ; mais elle est un véritable fléau pour les arbres fruitiers.

1. Von Jhering in Transact. and Proceed. of the New-Zealand Instilute, 1891, t. XXIV, p. 431* La plupart des erreurs de Wallace proviennent delà, et de sa doctrine sur la permanence des Océans. La véritable base de la géographie zoologique, dit von Jhering, en opposition avec la théorie de Wallace, est de considérer la distribution des animaux en tenant compte de l'âge de leur apparition sur le globe.

2. Jouan, Mém. Soc. se. Cherbourg, 1863, p. 89. Vieillard, Bévue mar. et col., 1863, t. VII, p. 81.

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