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ORIGINE ET CLASSIFICATION DES ILES

Les questions qui se posent dans une étude géographique de la Nouvelle-Calédonie sont de telle nature, qu'il a paru nécessaire de rappeler sommairement les principaux essais de classification des îles. Les conditions assez exceptionnelles, assez rares que présente l'archipel Calédonien, sont un des principaux arguments invoqués tantôt pour appuyer une classification, tantôt pour démontrer l'imperfection d'une théorie. On fera plusieurs fois allusion à cette notion des catégories d'îles, très en faveur chez les géographes allemands et anglais : il convient de résumer leurs doctrines.

Qu'est-ce qu'une île? C'est là une question qui ne mérite pas une longue étude. Il est difficile de donner des îles une définition satisfaisante et de marquer en quoi se distinguent une grande île comme Madagascar et un petit continent comme l'Australie *. Les développements sur ce sujet ne peuvent mener qu'à des discussions purement formelles et scolastiques. « De definitione cum nemine certabo », conclut Varenius : c'est la parole la plus sage qu'on puisse dire en pareille matière. On peut se contenter, faute de mieux, de la définition de Richthofen ' : « Une île est une saillie de l'enveloppe solide de la planète, entourée

1. Les définition» dé Kant (Schriflen zur Naturwissenschaft, Abth. 2, Leipzig, 1889, p. 223), d'H. Wagner (Uhrb. der Geophysik, I, p. 85), de S. Gùnther (Lehrb. der Geophysik, II, p. 483), de Ratzel [Anthropogeograptiie% t. I, p. 90) sont fort peu satisfaisantes, obscures, naïves ou incomplètes.

2. Richthofen, Fûhrer fUr Forschungsreisende, Berlin, 1886, p. 378.

par l'océan jusqu'à une hauteur que détermine le niveau actuel de la mer, et occupant une situation plus ou moins séparée par rapport aux protubérances plus grandes et plus cohérentes des continents. »

Plus importante est une bonne classification des îles. Un simple regard jeté sur une carte montre en effet que les îles ne sont pas distribuées au hasard, et que certains types d'îles se reproduisent dans des conditions tout à fait comparables. Certes les montagnes aussi, et les volcans, et les profondeurs océaniques, ne sont pas semés sans ordre sur le globe ; mais le phénomène est plus complexe, les lois plus difficiles à découvrir. L'ordonnance des îles est bien plus manifeste. Pour opposer l'un à l'autre des types qui présentent des différences tranchées, qu'y a-t-il de commun entre les innombrables petites îles des côtes de Norvège, d'Ecosse, du Chili, et les archipels, nombreux aussi, mais si différents par l'étendue et la configuration, de l'Australasie ou des Antilles? Dans certaines régions, on ne trouve guère que des îles basses, dans d'autres, les îles sont presque toutes montagneuses et élevées. L'Atlantique est pauvre en îles, le Pacifique en est tout parsemé. Enfin les îles allongées, qui forment comme des guirlandes le long des continents, et dont le type est si bien représenté par les Kouriles, les Aléoutiennes, par toutes les séries qui bordent l'Asie orientale, présentent un ordre des plus évidents.

Deux principes sont en présence pour la classification des îles, deux méthodes peuvent être employées : la méthode morphologique et géologique d'une part, la méthode biologique de l'autre. La première examine les rapports de position des îles entre elles et avec les continents, leur configuration, la nature des roches qui les composent, leur relief, les profondeurs des mers qui les entourent; elle cherche à s'éclairer ainsi sur leur genèse. La seconde s'occupe surtout des particularités et des anomalies que présentent la flore et la faune des îles ; c'est de cet ordre de phénomènes qu'elle attend des renseignements sur leur passé. Ni l'une ni l'autre de ces deux méthodes ne peut conduire à une certitude absolue, car l'une et l'autre impliquent des hypothèses sur les problèmes les plus difficiles (et pourtant fondamentaux) des sciences naturelles. Nous, savons mal ce qu'est une époque géologique ; nous ne savons pas beaucoup mieux ce qu'est l'espèce en botanique ou en zoologie, les limites de sa variation, les causes de Tendémisme. La question de la permanence des océans, la question des rapports entre les flores actuelles et les flores tertiaires, d'autres encore, sont impliquées dans une classification des îles. — Mais toutes les sciences en sont là : l'absence de définition des parallèles n'empêche pas la géométrie d'exister.

Une critique détaillée des différents systèmes de classification des îles pourrait faire l'objet d'un volume; on n'a pas l'intention de l'entreprendre ici. Bien qu'on rencontre dans les géographes anté-

rieurs des indications parfois curieuses f, c'est à Wallace et à Peschel qu'on doit les premiers essais importants de groupements systématiques.

En 4863, Wallace, dans une communication à la Société de géographie de Londres ', exposait ses idées sur la séparation du monde asiatique et du monde australien, et cherchait à déterminer l'âge des îles d'après le caractère d'originalité de leurs formes végétales et animales. Peschel, peu de temps après, esquissait son système de classification des lies *. La division repose sur une différence fondamentale établie entre deux classes d'îles que distinguaient déjà d'ailleurs Hoffmann et Darwin : les fragments séparés d'un continent antérieur (Bruch$tûcke fruherer Festland), et les îles n'ayant jamais fait partie d'un continent (fnseln die niemats Festland waren). Ces catégories, ainsi que les subdivisions introduites par Peschel, doivent se distinguer selon lui par leur flore et leur faune en même temps que par la composition de leur sol.

Wallace, poursuivant ses études de géographie biologique, a fait connaître les résultats de ses recherches dans ses trois grands ouvrages sur V Archipel Malais, sur la Distribution géographique des animaux et sur la Vie insulaire \ Les îles, dit-il, peuvent avoir deux origines : ou bien elles ont été séparées des continents : ce sont les îles continentales; ou bien elles n'ont jamais fait partie d'un grand groupe de terres : ce sont les îles océaniques. Cette différence d'origine conduit à des dissemblances dans leur faune. Les îles continentales, d'après Wallace 5, sont toujours plus variées dans leur formation géologique, contenant des roches stratifiées anciennes ou récentes. Elles sont rarement très éloignées d'un continent, et renferment toujours quelques mammifères terrestres et quelques amphibies, ainsi que des représentants très variés des autres classes et ordres zoologiques. La profondeur des mers, le

1. On trouve dans Strabon les premiers essais pour classer les lies d'après leur genèse (I. II, ch. 5. § 19, p. 200 du t. 1 de la traduction Tardieu). Varenius a fait sur les Iles des remarques judicieuses {Geographia generalis, Amstelodami, 1650, p. 625). Zimmermann peut être considéré comme le fondateur de la méthode zoologique {Spécimen zoologue geographicx, Lugduni Batavorum, 1777, p. 623). II est digne de re marque que son attention fut attirée sur la pauvreté de la faune dans les lies du Pacifique par les grands voyages du xviii» siècle. Forster aussi en avait été frappé. Buffon (Oist. nat., II, p. 250, 1785) s'est également occupé de classer les lies. Dans notre siècle, Léopold de Buch (in Leonhard, Miner. Taschenb., 1821, p. 391), F. Hoffmann (Physikalische Géographie, Berlin, 1837, p. 101), Darwin (les Récifs de corail, 1842, Recherches géologiques sur les i/es volcaniques, 1844), etc., ont entrevu le problème.

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