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UN FILON DE NICKEL

Photographie communiquée par M. L. Pclalan.

avec les riches mines récemment découvertes de Muéo et de Poya. G0 L'alignement du mont Koniambo au mont Katépahié. On voit que Thio, qui est le grand centre de « l'empire du nickel » à l'heure qu'il est, est bien loin d'être le seul district exploitable.

Le minerai calédonien a produit une véritable révolution dans l'industrie du nickel, non seulement par son abondance, mais par sa nature, sa richesse, et le perfectionnement du traitement métallurgique. C'est un silicate de nickel, tandis que les minerais exploités auparavant étaient des arséniures ou des pyrites de fer magnétique; il contient de 6 à 10 p. 100 de nickel, tandis que les minerais précédemment connus n'en contenaient pas plus de 2 à 4 p. 100 ! ; enfin M. Garnier trouvait

I. DeLaunay, Statistique, p. 4i. Fuchs et de Launay, Traité, p. 44.

un procédé de traitement du minerai et résolvait la question de la métallurgie à bon marché du nickel calédonien. Des usines se créaient pour la production des fontes et des mattes, ainsi que pour raffinage du nickel, les unes en Calédonie même, à Nouméa et à Thio, les autres en Europe, au Havre et à Glascow1.

Aussi les usages du nickel9, longtemps peu nombreux, se développaient par suite de l'abondance et du bon marché. Tant que les gisements d'Europe étaient seuls exploités, donnant soit un minerai pauvre, soit un minerai riche mais en filons minces, les applications étaient forcément limitées, et le nickel restait un métal de laboratoire. L'un des plus anciens emplois est la fabrication des monnaies d'appoint, soit en nickel pur, soit en alliage. Beaucoup d'États ont déjà des pièces de nickel ; leur adoption en France emploierait environ 600 tonnes de nickel. Mais d'autres usages plus importants se sont créés : étuis des balles de fusil, ustensiles de ménage, remplaçant le cuivre ou la porcelaine, instruments divers, plaques de blindages, etc. Un grand débouché paraît surtout se créer pour le nickel dans la métallurgie de l'acier3. Il semble appelé à remplacer le cuivre presque universellement, et le fer partiellement. Malgré les pessimistes qui déclaraient 4, que « le nickel est un métal trop cher pour entrer dans les usages vulgaires, et pas assez beau pour devenir un métal riche », l'industrie du nickel a sans doute devant elle un assez bel avenir.

On ne s'étonnera pas des crises qui se sont produites et qui pourront encore se produire, si l'on songe que la consommation du nickel affiné double presque tous les quatre ans depuis 1870. Vers 1878 5, elle n'était encore que de 400 tonnes environ pour le monde entier; l'Angleterre, l'Allemagne et la Scandinavie en avaient le monopole. Dès 1880, la production du nickel affiné s'élève à 1200 tonnes, en 1884 à 2000 tonnes. En 1887, elle pouvait être évaluée pour le monde entier à 3000 tonnes, et la Nouvelle-Calédonie était presque le facteur unique de cette production, puisqu'elle donnait environ 2600 tonnes : les mines d'Europe et d'Amérique ne pouvaient soutenir la lutte, et étaient à peu près abandonnées.

Mais, depuis 1888, la Nouvelle Calédonie a h compter avec un concurrent nouveau, le Canada, où l'on est arrivé à traiter économiquement, par la fusion, des pyrrhotines nickelifères. Les exploitations

1. Fuchs et de Launay, Traité, p. 55 ; et brochure de la Société Le nickel.

2. De Launay, Statistique des gîtes métallifères, p. 4L Fuchs et de Launay, Traité, t. Il, p. 41.

3. Levât, Progrès de la métallurgie du nickel [Ann. des mines, 1889, p. 209).

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