Erdgeschichte, II, p. 654. Antlitz, 1, p
Nouvelle-Calédonie. Mais ici, au lieu de plissements proprement dits, on a des ruptures d'une extrême puissance.
Un autre trait de configuration bien net, et qui, loin de contredire le précédent, en fournit au contraire la confirmation, est l'existence d'une longue chaîne d'Iles en festons sur la côte orientale d'Asie, du détroit de Bering à la Nouvelle-Guinée. Ces archipels décrivent une série de courbes dont la convexité est tournée vers le Pacifique, la concavité vers le continentd'Àsie. Telles sont la courbe des Àléoutiennes, la courbe des Kouriles, celle du Japon, celle de Liou-Kiou, celle de Formose, celle des Philippines. La courbe d'Australie, dont fait partie la Nouvelle-Calédonie, n'en est que la continuation, moins nette et moins marquée.
La Nouvelle-Calédonie parait bien être au premier chef ce que Hahn appelle une « île tectonique ». Nulle autre part sur le globe il n'existe autant de grandes îles que dans le Pacifique Occidental. Deux autres zones de dislocation sont seules comparables à celle-ci : celle de la Méditerranée américaine, avec les Antilles, et celle de la Méditerranée européenne, avec les îles turco-grecques. C'est la grande zone faible entre les continents du Nord et du Sud, où se sont produits les bassins d'effondrement des Méditerranées.
On ne se dissimule pas combien ces « homologies géographiques » sont hasardeuses. 11 faut tout le génie de Suess et l'abondance de preuves qu'il apporte pour les faire accepter. On n'a pas cru devoir négliger entièrement les analogies et les rapprochements que suggère la seule configuration de la Nouvelle-Calédonie; Neumayr parle à diverses reprises de ces hypothèses que suggère « l'aspect seul de la carte », et ne les trouve point méprisables. Mais il est clair qu'on doit demander aux profondeurs des mers, et surtout à la constitution géologique et orographique des terres émergées, des renseignements plus probants et plus concluants.
Les lignes qui apparaissent à la surface ne donnent qu'une idée imparfaite des véritables relations entre les masses continentales. Une carte bathymétrique conduit à d'autres conclusions sur la connexion des continents et des îles qu'une carte purement géographique.
Malheureusement, lanature etle relief du Pacifique sont encore, àl'heure qu'il est, très incomplètement connus, môme dans les grands traits. Malgré les progrès accomplis dans ces dernières années, les matériaux sont rares et surtout très inégalement répartis. C'est ce qui explique que les essais faits jusqu'ici pour en dresser des cartes bathymétriques différent les uns des autres d'une manière assez notable, car une grande part est laissée à l'hypothèse et à l'appréciation individuelle. On s'efforcera
autant que possible de déterminer cette part, de faire la distinction entre ce qui est certain et ce qui est seulement probable. On se demandera ensuite quelle est la signification des faits observés.
On se bornera à la région comprise à peu près entre la Nouvelle- Guinée, les Salomon, les Santa-Cruz au Nord, les Fidji, les Tonga, les Kermadec et la Nouvelle-Zélande à l'Est, le 40e parallèle au Sud, la côte australienne à l'Ouest : région dont la Nouvelle-Calédonie occupe à peu près le centre, et qu'on peut appeler Pacifique Sud-Occidental.
Les premiers sondages de mer profonde ont été faits dans ces parages pendant la belle campagne du Challenger* ; du 12 juin au 31 août 1874, il opéra 20 sondages entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande, 9 entre la Nouvelle-Zélande et les Fidji, 13 entre les Fidji et le détroit de Torrès. L'année suivante, d'août à décembre 1875, l'expédition de la Gazelle * traversa à son tour cette partie du Pacifique ; elle effectua 6 sondages seulement entre les Salomon, Brisbane et la Nouvelle-Zélande, gênée par de violentes tempêtes de Sud-Est et par le manque de charbon, puis 11 sondages entre la Nouvelle-Zélande et les îles Tonga. Le Tuscarora 8, en janvier-février 1876, fit 32 sondages entre les Fidji et Brisbane. Il s'approcha beaucoup plus près de la Nouvelle-Calédonie que les deux navires précédents, sondant au large de l'île Walpole et en vue de l'île des Pins.
Longtemps les connaissances bathymétriques furent bornées à ces trois expéditions et au petit nombre de profondeurs, fort éloignées les unes des autres, qu'elles faisaient connaître 4. Enfin en 1884, l'aviso français le Bruat 5 accomplit une série de sondages particulièrement intéressants pour l'archipel Calédonien; cette série, faite en vue de l'immersion du câble de la Nouvelle-Calédonie, va du cap Deverd, au Nord- Ouest de l'île, à Sandy Cape (Queensland), parallèlement aux sondages du Tuscarora. Elle comprend 39 sondages, auxquels il faut ajouter 17 sondages entre la baie de Yaté et l'île Mare des Loyalty, 9 sondages entre Mare et Lifou, plusieurs sondages entre la Nouvelle-Calédonie et l'île des Pins.
Mais ce sont surtout les travaux du navire britannique Egeria*, de juin à décembre 1888, d'avril à juin 1889, et de juin à septembre 1890, entre l'Australie, l'île septentrionale de la Nouvelle-Zélande, et le groupe des Phœnix, qui ont apporté quelque certitude touchant le relief
1. Challenger Reports, Narrative, vol. 1, first part, p. 463 et 465 ; second part, p. 1011.