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DE CONCESSIONNAIRES ET NOMBRE TOTAL DES PERSONNES ÉTABLIES SUR LES CONCESSIONS.
à'pas le travail des nouveaux concessionnaires. » La Notice insiste ensuite sur la difficulté qu'il y a souvent pour un homme seul à défricher un lot de 4 à 5 hectares, placé parfois au milieu des forêts, sur des terrains encombrés de niaoulis, de lantanas et même de très gros arbres. « Mais ce qui est encore plus difficile, ajoute-t-elle, et c'est ici l'écueil 4e la colonisation pénale, c'est de rendre laborieux des individus qui ont passé de longues années dans l'oisiveté et la débauche, et qui ont contracté au
bagne des habitudes pernicieuses qu'ils préfèrent aux rudes travaux des champs. »
Cette surveillance plus active ne donnant pas encore les résultats attendus, on préfère actuellement employer la main-d'œuvre des pénitenciers pour construire la case, défricher le terrain, faire des chemins. Le colon n'a plus qu'à s'installer... et à cultiver. D'autre part, depuis quelques années, la durée des allocations de vivres a été réduite de 30 mois à 6 mois *.
Quelle est, somme toute, la population d'origine pénale (hommes, femmes et enfants) que l'administration est parvenue par ces moyens à fixer au sol? La figure ci-contre en fait voir la progression.
La première tentative pour créer un centre de population par l'élément pénal est l'essai de phalanstère de Yaté en 1864*. La frégate la Sybille venait de débarquer un convoi de transportés ; l'administration choisit vingt individus, tous exerçant une industrie différente : un papetier, un mécanicien, deux ferblantiers, etc. Le gouvernement donna à la communauté 300 hectares, soit 15 hectares par personne, et tout le nécessaire à l'exploitation : vivres, outils, graines, bétail. Pour maintenir quelque émulation parmi les associés et éviter que les paresseux ne fussent rétribués aux dépens des travailleurs, les bénéfices futurs devaient se partager en deux parts : l'une distribuée par parties égales, l'autre au prorata des journées de travail. Malgré ce tempérament apporté aux idées phalanstériennes, la tentative échoua sans avoir jamais eu un moment d'éclat. Le gouverneur avait lui-même encouragé et exhorté les sociétaires, qui débarquèrent à Yaté le 15 janvier 1864. Huit jours après, un incendie réduisait en cendres le campement et les provisions. On se remit cependant à l'œuvre, et on répara ces pertes. Mais l'association de Yaté périt bientôt. Au bout d'un an, les [associés se séparèrent, pleins d'aigreur les uns contre les autres.
On a beaucoup ri de ce phalanstère : l'emplacement, le stérile plateau du Sud, et la saison, celle des chaleurs et des pluiea, étaient mal choisis. La tentative reposait cependant sur une idée juste, la séparation, dès leur arrivée dans la colonie, des transportés susceptibles d'amendement. D'ailleurs l'amiral Guillain, le gouverneur Saint-Simonien et philanthrope auquel était due cette idée, a marqué de son empreinte toute la création pénitentiaire en Calédonie. Les dépôts, les centres de concessionnaires, sont-ils autre chose que des phalanstères? Surtout, le relâchement delà discipline, qui, pendant si longtemps, et jusqu'à ces dernières années,
1. Bull. Soc. prisons, 1891, p. 109 et 912. Un pécule de 200 francs est exigé du condamné concessionnaire : c'est à la fois une garantie pour l'avenir et une preuve de sa bonne conduite passée. Enfin, on s'est montré plus sévère dans ces derniers temps pour le choix des concessionnaires.